Entre le lendemain du premier tour de l’élection présidentielle en France et le début de cette semaine, tout un chacun a pu entendre de la part de Nicolas Sarkozy et des caciques de son parti, l’UMP, des propos formulés essentiellement pour séduire l’électorat du Front national. Cet abandon de la ligne fixée par Jacques Chirac — pas question de négocier quoi que ce soit avec le FN — a heurté quelque peu des adhérents à la droite républicaine. Cela n’a pas empêché Sarkozy et ceux qu’on nomme ses porte-flingues d’en rajouter hier une louche si grosse que c’est à se demander si ces derniers n’ont pas comme désir secret la transformation de l’UMP en une Action française nouveau genre adossée au FN.

Dans la matinée d’hier, au micro d’une radio parisienne Sarkozy a affirmé qu’il y avait trop d’immigrés en France, pays, faut-il le rappeler, qui, avec les États-Unis, a toujours été une terre d’immigration. Passons pour mieux souligner que ce propos n’a pas eu la suite logique, le constat attendu. À savoir de combien le président estime le nombre de ces immigrants qui dépasse le niveau « normal ». Dans la même journée, il est allé jusqu’à marteler que nul ne peut contester l’héritage chrétien de la France. Un coup parti, il aura pu embrayer une dissertation sur le concept du « Christ Roi. »

Ensuite ? Dans la foulée de sa navigation louvoyante sur la mer du travail, on pense évidemment à son étrange sacralisation du vrai travail comme s’il y avait un « faux travail », comme si tous les chômeurs étaient très heureux de l’être, il a effectué une OPA quelque peu agressive sur le 1er mai, fête du travail. Pendant que des mandarins de l’UMP faisaient écho à son exposé sur les immigrants, à cette nécessité soudainement urgente d’instaurer des frontières. Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, Jean-Philippe Moinet, ex-président de l’Observatoire de l’extrémisme, rappelle ce que tout ce beau monde sait pertinemment, soit que « toutes les études disponibles montrent que les étrangers contribuent autant que les Français (voire davantage, par exemple pour les retraites) aux comptes sociaux ». Ce n’est pas tout.


Ministre de la Défense, Gérard Longuet a accordé une entrevue à l’hebdomadaire d’extrême droite Minute dans lequel il fait un amalgame plus que douteux entre le parti de François Hollande et le « pacte germano-soviétique qui a débouché sur la tragédie de la Seconde Guerre mondiale ». Quoi d’autre ? Il juge que Marine Le Pen doit être considérée comme un « interlocuteur » de l’UMP. Comme quoi le principe qui dit que pour réduire l’influence de l’extrême droite il ne faut pas la combattre, mais puiser dans son corpus idéologique, s’est installé à demeure à l’UMP.

3 commentaires
  • Francois Laforest - Abonné 2 mai 2012 06 h 26

    Dis-moi qui tu fréquentes...

    Il faut prendre acte ici des accointances entre notre gouvernement, largement influencé par les intérêts d'une puissante famille franco-ontarienne, et l'autre là bas, en France, prêt à pactiser avec la bête hideuse des extrémistes de la droite.

    Ici, c'est bien connu, nous avons notre Warren Buffet national qui depuis longtemps abhorre tout ce qui est syndicat et nationalisme québécois. Sûrement que suite à ce qui se passe en France, durant ce dernier droit de la campagne présidentiel, il n'y aura pas de retour de médailles et aucun articles signés dans sa presse très canadienne pour remettre en question un pacte de libre échange négocié avec les Sarkozistes.

  • Pierrot7 - Abonné 2 mai 2012 07 h 37

    Mauvaise comparaison...


    Warren Buffet? Ça n'a rien à voir... C'est un milliardaire progressiste qui a dénoncé John McCain pour ses vues sur la justice sociale et il a dénoncé les riches Américains qui ne paient pas assez d'impôt. Donc, rien à voir avec les Desmarais, Sarkozy et autres. Il y a encore ( mais c'est rare) des riches qui ont une conscience sociale...

  • Francois Laforest - Abonné 2 mai 2012 13 h 27

    ...ou mauvaise interprétation?

    Mauvaise lecture d'interprétation ou simple lecture de premier niveau? Il faut pécher par ignorance pour ne pas reconnaître le fossé entre l'immense fortune de Warren Buffet, ainsi que sa vision de la justice sociale comme vous dite, et celle des Desmarais. Il s'agissait d'une comparaison plutôt ironique ou narquoise pour bien appuyer cet écart. Pour ce qui est de l'éthique des bien-pensants ultrariches, ceci mérite un autre débat.