Grève étudiante – Et la paix sociale ?

Le conflit qui oppose le gouvernement Charest au mouvement étudiant est dans une impasse à laquelle il est impérieux de trouver une solution. Cela exige des étudiants d’accepter des compromis et de la part du gouvernement Charest la volonté de leur tendre la main.

Pour certains, il est bon de voir le gouvernement Charest tenir tête pour une fois à un lobby. Ceux-là lui avaient tant de fois reproché d’avoir reculé, qu’ils se réjouissent de le voir s’enfermer dans le refus du dialogue. Ils l’encouragent à persister.


On ne peut analyser ce conflit sous ce seul angle du respect de l’autorité qu’exercent des élus qui invoquent leur légitimité démocratique. Gouverner de façon responsable est beaucoup plus complexe. L’autorité de l’État doit s’exercer de manière équitable et mesurée.


Ce conflit avait été au départ dépeint par le gouvernement comme un enjeu budgétaire, les étudiants devant payer leur « juste part » de leur formation. Ceux-ci réclamaient l’accessibilité pour tous à l’éducation. En dix semaines de grève, les choses se sont détériorées. Le conflit a entraîné des coûts financiers et humains importants déjà plus élevés que les seuls revenus attendus des nouveaux droits de scolarité par les universités la première année. Il a engendré des perturbations sociales dont ont été victimes des citoyens ordinaires. Et il a conduit à des actes de violence inadmissibles. Aujourd’hui, il faut craindre que « la paix sociale [soit] en jeu », comme l’a dit hier le maire de Montréal, Gérald Tremblay.


Certes, ce printemps 2012 n’est pas celui de 1972, marqué par des affrontements violents lors d’un long conflit de travail dans le secteur public. Mais le chef de police de Montréal manifestait hier sa profonde inquiétude devant les risques que représente la dégradation du climat social, laquelle est aussi partagée par les directions d’établissements d’enseignement et par de très nombreux citoyens.


Les étudiants, ceux membres de la CLASSE tout particulièrement, ne peuvent plus échapper à leurs responsabilités à cet égard. Il leur faut être contre toutes formes de violence, sans réserve. Ils doivent dénoncer les casseurs, en paroles et en actes. Leur position défendue par leur porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois, n’est plus tenable. Elle nuit à la cause étudiante.


Le gouvernement Charest ne peut persister pour sa part à ne faire aucun compromis. Il a fait oublier la bourde commise par le premier ministre vendredi en invitant les étudiants à discuter pour aussitôt mettre des obstacles nouveaux sur la route d’une reprise de pourparlers. À tort ou à raison, il nous laisse croire que ce qu’il veut est réunir les conditions gagnantes d’une prochaine élection dont le thème sera « Qui mène au Québec ? Les élus ou la rue ? »


Le premier ministre, après avoir écarté hier l’idée d’un dialogue avec les associations étudiantes, a invité les étudiants en grève à rentrer en classe. Une majorité d’entre eux ne demande pas mieux. Que M. Charest n’imagine pas toutefois qu’ils s’y résoudront sans qu’on leur ait tendu la main. Leur détermination demeure très forte.


Le gouvernement se doit, s’il veut être entendu, poser un geste qui les incitera à reprendre leurs études. Ainsi, il pourrait décider d’étaler la hausse des droits de scolarité sur deux ou trois ans supplémentaires. Mieux, il pourrait décréter un moratoire de six mois sur l’imposition des nouveaux droits de scolarité. Cela a été suggéré par plusieurs, y compris par le Parti québécois. Il en résulterait une détente propice à un dialogue. Un tel geste ne serait en rien déshonorant pour le gouvernement. Il en a posé de semblables envers bien d’autres groupes de la société. Ce serait plutôt exercer son autorité avec mesure et équité.

57 commentaires
  • Mario Cyr - Inscrit 27 avril 2012 02 h 45

    Précisions demandées

    Gérald Tremblay a parlé de 160 ou 165 manifestations tenues à Montréal depuis le début de la grève. Je me demandais: combien d'entre elles ont été déclarées illégales en raison d'actes de violence? Et de ce nombre, combien étaient organisées directement par la CLASSE?

  • Mario Cyr - Inscrit 27 avril 2012 02 h 59

    Impression de déjà-lu

    Votre texte d'aujourd'hui, monsieur Descôteaux, me rappelle celui que vous avez signé le 21 dernier. Même appel au dialogue et au compromis. Les solutions que vous évoquées (étalement de la hausse, moratoire) ne sont pas nouvelles et le gouvernement, s'il l'avait voulu, aurait eu amplement le temps, au cours des 11 dernières semaines, de les endosser. Manifestement, il a choisi d'autres voies. Je m'étonne, à cet égard, que vous passiez sous silence les déclarations, ma foi étonnantes, du ministre de la Sécurité publique sur le co-porte-parole de la CLASSE. Maintenant, que doit-on attendre? Une loi spéciale?

  • arabe - Inscrit 27 avril 2012 03 h 07

    "Le conflit qui oppose le gouvernement Charest au mouvement étudiant"

    “Le mouvement étudiant de 2012″! Comme vous êtes déconnecté du réel, M. DesCoteaux.

    Le mouvement étudiant de 2012, il est en classe: c’est là que la majorité étudiante se trouve. C’est là que ça bouge: dans les méninges; et c’est là que se trouve l’élite réelle de demain.
    L’élite de demain se trouve chez ceux qui aiment tellement s’instruire que pour rien au monde ils ne boycotteraient leurs cours pendant plus d’une semaine.

    Si on avait du journalisme de qualité (ça veut dire: fort sur la recherche de faits plutôt que fort sur les opinions et les interviews faciles), on aurait eu une liste de tous les CEGEPS et université avec mention de qui est en boycott et qui ne l’est pas, département par département.

    Ainsi on aurait su… sans doute ce que les journalistes n’osent pas avouer: il y a une énorme différence de qualités entre CEGEP/université en boycott et CEGEP/université aux études, ainsi qu’entre département en boycott et départements aux études. (Je parle en moyenne, bien sûr, sur TOUS les départements et TOUS les CEGEPS/Universités)

    Les départements aux études sont la majorité en nombre, en qualité et en exigences académiques, mais les journalistes ne nous en parlent presque jamais.

    • Réal Rodrigue - Inscrit 27 avril 2012 10 h 24

      Je crains, hélas, que vous n'ayez raison dans les faits. Vous admirez une élite docile, pour laquelle tout se passe dans les méninges. Vous aussi, vous avez l'art de détourner l'objet du débat de fond, qui est l'accessibilité au plus grand nombre comme le voulait la réforme de l'éducation entreprise lors de la révolution tranquille.

    • jfrancois01 - Inscrit 27 avril 2012 17 h 52

      Et, Monsieur Rodrigue, de monter en épingle cette hausse des frais comme si cela mettait en péril l'accessibilité est aussi l'art de détourner l'objet, puisque c'est plutôt une fierté d'avoir les frais les plus bas ou parmi les plus bas en amérique.
      L'accessibilité au plus grand nombre soit, mais dans les pays ou l'université est gratuite (Finlande par exemple) l'accès y est beaucoup plus contingenté qu'ici. L'accès à l'université n'est pas soumis à des critères financiers, mais à des critères de RÉUSSITE. Tiens donc, quel concept! Une méritocratie.
      Aucun frais de scolarité ne veut pas dire gratis.
      Il faut décider de ce que l'on veut vraiment comme société.

    • Stéphane Paquette - Inscrit 27 avril 2012 21 h 01

      Pourquoi accepter une hausse des frais de scolarité quand le gouvernement donne la province au privé (redevances des mines, système de santé à deux vitesses, nomination des juges, ... )? Pourquoi ce serait aux étudiants à faire "leur juste part"?

  • michel lebel - Inscrit 27 avril 2012 04 h 13

    Ne pas céder!

    Je ne partage pas ce point de vue. Le gouvernement ne doit pas céder. Que chacun assume et vive avec ses choix! Je crois cependant qu'il est temps pour le gouvernenement de mettre sur pied une commission publique pour étudier toute la question universitaire. J'ajouterais que, vues de loin, cette grève étudiante et sa durée, me paraissent excessives et puériles. Bref une agitation propre à un pays riche.


    Michel Lebel
    Ancien professeur d'université

    • lagenda - Inscrit 27 avril 2012 08 h 47

      Comportons-nous comme un pays pauvre alors | Faisons oficiellement une police politique, comme le fait déjà le chef du gouvernement le plus corrompu de toute l'histoire du Québec, Jean Charest.
      Autrement dit: avancez par en arrière...

    • Jacques Gauvin - Inscrit 27 avril 2012 09 h 33

      Je ne suis pas d'accord avec vous M. Lebel. Le jusqu'au-bout-isme ne mène à rien. Les étudiants ont sagement proposé une médiation, comme plusieurs autres personnalités, notamment Claude Castonguay et Louise Otis, ex-juge à la Cour d'appel. C'est une indication non négligeable que les étudiants sont ouverts à des compromis. Mais le gouvernement s'obstinne à refuser.

    • Stéphane Paquette - Inscrit 27 avril 2012 21 h 27

      Moi, je me dis que si le gouvernement peut laisser les minières prendre nos ressources sans les faire payer, s'il peut enlever une taxe sur le capital, il doit, en toute cohérence, annuler la hausse des frais de scolarité.

  • Jacques Lalonde - Inscrit 27 avril 2012 05 h 10

    Toutes less conditions pour un retour au dialogue

    Dans les circonstances extrêmmement pénibles voire intolérables que nous vivons au Québec, vous posez dans votre éditorial toutes les conditions qui s'imposent pour un retour au dialogue et à la paix sociale.

    Je souhaite de tout coeur .qu'il soit entendu et pris en compte par toutes les parties intéressées.

    Jacques Lalonde
    Gatineau