Taux d'intérêt - Le modèle ébranlé

Les marchés boursiers n'ont pas mis de temps à retomber dans le rouge après une première réaction positive à la déclaration de la Réserve fédérale américaine, qui prévoit maintenir les taux d'intérêt à un niveau plancher au moins jusqu'à la fin 2014. Avec une croissance aussi faible de l'économie malgré des taux aussi bas, des pans entiers du secteur financier menacent de basculer.

On l'a beaucoup répété, les Canadiens sont maintenant plus endettés que les Américains et les Anglais. La faiblesse des taux d'intérêt explique largement l'engouement pour l'achat à crédit de propriétés et d'autres biens durables.

Or, comme le Canada a échappé à la crise immobilière, la valeur du principal actif des ménages qu'est leur maison reste largement supérieure à leur dette hypothécaire, ce qui n'est pas le cas aux États-Unis. Donc aucune urgence à réduire son endettement. Et comme l'économie fonctionne au ralenti, la Banque du Canada suit l'exemple américain avec des taux ridiculement faibles qui encouragent les mêmes consommateurs... à s'endetter davantage. Comme si la croissance dépendait seulement d'eux!

Pendant ce temps, les gens qui épargnent n'obtiennent rien pour leur argent et doivent prendre beaucoup plus de risques pour un rendement minime. Le monde à l'envers!

La question se pose: serions-nous en train de vivre ce que les Japonais subissent depuis une bonne décennie, à savoir la quasi-stagnation malgré des taux d'intérêt très faibles?

Sans pousser la comparaison plus loin, force est d'admettre qu'en ayant recours à la seule politique monétaire, on ne parvient pas à relancer la machine en plus de bouleverser le modèle d'épargne et d'investissement qui a fait la force du capitalisme des 50 dernières années. On pense bien sûr aux caisses de retraite dont les pertes s'accumulent, avec les conséquences que l'on devine sur les revenus et les dépenses des futurs retraités. Mais on pense aussi à l'importante industrie des produits de rentes et d'assurance vie dont les résultats reposent largement sur la performance à long terme des marchés d'actions et d'obligations.

Si 2011 a été une bonne année pour les portefeuilles surpondérés en titres à revenus fixes à cause de la baisse des taux qui a fait grimper le prix des obligations existantes, ces gains théoriques seront vite effacés à mesure qu'il faudra remplacer les titres échus par d'autres dont le rendement ne couvrira même pas l'inflation. À moins d'un revirement toujours possible, mais peu probable à court terme, des sociétés que l'on croyait très solides comme Sun Life, Manulife ou Power Financial pourraient se retrouver en fâcheuse position.

En choisissant d'abandonner la politique économique aux mains de leur banque centrale pour se consacrer à la réduction des dépenses publiques, les gouvernements occidentaux ont cédé au chantage des marchés financiers. Le hic, c'est qu'en plus de faire des millions de victimes parmi les travailleurs, les épargnants et les retraités, cette approche d'austérité pure et dure pourrait aussi mener à la casse certains acteurs parmi les plus solides du monde financier.
8 commentaires
  • Socrate - Inscrit 27 janvier 2012 05 h 44

    lucides

    Même les lucides se retrouveront bientôt dans le rouge avant bientôt si la tendance se maintent. Alors, que faire?

  • Christian Nadeau - Abonnée 27 janvier 2012 08 h 50

    Pourquoi l’économie américaine restera stagnante encore longtemps?

    Vous posez la question: serions-nous en train de vivre ce que les Japonais subissent depuis une bonne décennie, à savoir la quasi-stagnation malgré des taux d'intérêt très faibles?

    À mon avis, c'est exactement ce qui se passe. Ce phénomène porte le nom de «trappe à liquidité». Normalement, pour relancer l'économie, les taux d'intérêts sont abaissés en fonction de l'ampleur de la baisse de l'activité économique. Cette fois-ci, la récession a été si forte que les taux ont été abaissés au plus bas possible, c'est-à-dire près de zéro. Mais, si cela était possible, il aurait fallu abaisser les taux de plusieurs points de pourcentage additionnels. Étant donné que les taux ne peuvent passer sous zéro, ils n'ont pas pu être abaissés suffisamment pour relancer l'économie. Résultat: LA STAGNATION.

    Pour un graphique de la trappe à liquidité, consulter ce lien: http://socioeconomie.wordpress.com/2011/10/16/econ

  • Geoffroi - Inscrit 27 janvier 2012 11 h 02

    Mais que vont-ils faire de leur temps ?

    Trop endettés, si on ne peut plus consommer, on fait quoi ?

    On lit des livres gratos de la bibliothèque municipale, marche sans besoin de courir avec des espadrilles de 200$, regarde des paysages, sans publicité, ainsi que des petits oiseaux ou des madames et des petits enfants qui sourient encore. A part ça ??? C'est plate. A moins, pour s'occuper davantage, de s'enrôler dans l'armée pour sauver une planète pleine de terroristes !!!

    Vite, pour passer le temps, à crédit, "mon" 4x4 de 40,000$ pour aller acheter "ma" caisse de bières pour ensuite, dans "mon" fauteuil de 1000$, devant "ma" grosse télé HD de 1500$, regarder "évoluer" les Canadiens de Montréal jusqu'à la prochaine coupe pleine de champagne, pour millionnaires, peut-être en 2025.

  • Jacques Patenaude - Abonné 27 janvier 2012 11 h 16

    Nous ne sommes plus à l'époque du capitalisme privé

    Vous avez raison, les gouvernements ont cédés aux financiers. D'ailleurs dans plusieurs cas avec empressement. tout celà parce que l'objectif véritable de tout ce beau monde est le même: réduire les dépenses sociales publiques. Ceci est particulièrement odieux car le nouveau dada de ces gouvernements c'est justement la réduction des régimes de retraite. La réduction de la dette n'est qu'un prétexte car elle pourrait se faire en réduisant d'autre type de dépenses (militaires, prisons, etc.).

    Mais il ne faut pas aussi oublier que les financiers font leur chantage avec l'argent de petits investisseurs qui n'ont aucun véritable contrôle sur celui-ci (fonds de retraite, fonds commun etc.). Le capital mondial est possédé au 2/3 par des gens ordinaire mais est géré par ces banksters. Nous ne sommes plus à l'époque du capitalisme privé. Aujourd'hui le capital est collectivisé. Autrefois les agents boursiers jouaient en général leur propre argent à la bourse. Ils seraient probablement plus prudents si c'était toujours le cas. Mais ils jouent avec de l'argent qui ne leur appartient pas alors pourquoi s'en faire. En plus de celà ils bénéficient de bonus mirobolant qui les récompenses pour leur folie. Une réforme des institutions financières pour les adapter au capitalisme collectivisé doit être faite.

  • mich3457 - Inscrit 27 janvier 2012 11 h 20

    Repenser l'économie

    Il le faudra bien car les économies nord-américaines et européennes vont s'effondrer.Une question qui me vient a l'esprit? est-il possible de protéger le rendement des fonds de pension?Que faire avec le chomage des jeunes qui n'ont jamais été aussi scolarisés?Quand le 1 % de ce monde réuni a Davos annonce que le capitalisme sauvage que l'on connait ,fait plus de victimes et ne permet plus aux états de remplir leurs roles,on a un serieux problème.Donc économistes de gauche et de droite, a vos ordis,on s'assoient et on réfléchient.Il faut jeter a la poubelle et Friemand et Keynes.
    michel lafrance