Gouvernement Harper - Incontrôlable

Quand on se calme — et il est très difficile de le faire comme l'a vécu hier Justin Trudeau, qui n'a pu qu'exploser de colère devant la désinformation à laquelle se livrait le ministre de l'Environnement Peter Kent —, il faut bien constater le phénomène. Il n'y a pas de limites à la suffisance conservatrice, et pas de façon de la contrôler.

Là où l'arrogance conservatrice commence à faire son effet, c'est de voir comment, insidieusement, on se met à la prendre au sérieux. Il fallait lire comment certains grands médias canadiens ont accueilli la décision du gouvernement Harper de se retirer de Kyoto, en pesant sobrement le pour et le contre, en évoquant de nouveaux modèles à suivre pour que le Canada réduise ses émissions de gaz à effet de serre. Croit-on vraiment que ce gouvernement souhaite devenir actif dans la recherche de solutions au réchauffement climatique? Ou qu'il souhaite avoir un apport aux grandes préoccupations de cette planète?

Revenons sur terre. Son retrait de Kyoto a une cause idéologique — le refus d'accepter l'existence même du réchauffement climatique — et électoraliste — ne pas nuire à l'exploitation des sables bitumineux de l'Alberta, bastion conservateur. Toute autre analyse n'est que du vent. La dynamique à l'oeuvre, par contre, vaut la peine d'être étudiée car elle indique bien le modus operandi des années à venir.

Sur la scène internationale, par exemple, le Canada ne compte plus... et s'en fout royalement. Les explications données l'an dernier par des acteurs de la scène internationale pour expliquer le fait que le Canada non seulement n'avait pas obtenu le siège qu'il convoitait au Conseil de sécurité de l'ONU mais qu'il était arrivé au troisième rang, derrière l'Allemagne et le Portugal, sont aussi valables pour Kyoto.

On reprochait alors au gouvernement Harper de traiter les enjeux internationaux de manière partisane, dans l'unique but de marquer des points électoraux au Canada. Comme le disait un diplomate, le Canada est maintenant perçu comme un pays qui n'est pas indépendant, qui n'est pas nuancé et qui est le moins constructif autour d'une table de négociations. Le retrait de Kyoto vient confirmer cette perception (tout comme, autre exemple, son attitude face à l'arrivée de la Palestine à l'UNESCO).

Le Canada est devenu un pays nuisible, dont on n'attend plus qu'il fournisse des soldats là où on se bat. Dans un monde où les relations interétatiques sont devenues cruciales, il s'agit là d'un effrayant recul.

En interne, c'est aussi la forme qui l'emporte sur le fond. Les conservateurs se moquent tellement des institutions et de la vérité que toute réfutation, pour avoir du poids, ne peut prendre que des formes outrancières. Par exemple, les conservateurs font circuler faussement, dans sa circonscription, que le député libéral Irwin Cotler quitterait la politique. Cette manoeuvre vise à déstabiliser un parlementaire, ce que reconnaît le président des Communes. Mais celui-ci décide malgré tout de ne pas sévir. Et contre qui le pourrait-il? Même le premier ministre, par son silence, avalise de telles grossièretés.

De même, quand le ministre Peter Kent reproche à l'opposition de ne pas avoir été présente à Durban alors que c'est le gouvernement qui a bloqué cette participation, il faut bien que quelqu'un le dise qu'il y a là mensonge. Mais les règles parlementaires font en sorte que c'est la vilenie qui passe, pas sa dénonciation. Et c'est le dénonciateur, ici Justin Trudeau, qui doit se justifier.

Pour la démocratie, il y a là danger.
71 commentaires
  • GLabelle - Inscrit 15 décembre 2011 01 h 19

    une seule solution

    Voilà ce que ça donne, le premeir gouvernement de l'histoire du Canada à avoir une majorité de siège sans le Québec.
    Une seule solution: l'indépendance!

  • Geoffroy Ménard - Abonné 15 décembre 2011 02 h 29

    bien dit

    Encore un accompte clair et lucide de Mme Boileau.

  • Bernard Gadoua - Inscrit 15 décembre 2011 03 h 19

    Grossiers et fanatiques

    Grossiers, ou comme je les appelle depuis des lustres: des «skinheads à cravate»! Le problème est que dans le ronron des habitudes des classes moyennes et intellectuelles de ce pays, ils ont toujours une longueur d'avance dans la provocation, le mépris des institutions, le déploiement du fanatisme religieux... Le seul parallèle que j'arrive à faire est celui de la montée de Mussolini en Italie ou de Hitler en Allemagne dans des démocraties affaiblies où le cynisme règne et la désorganisation démocratique bat son plein, sans parler de la crise économique mondiale. Bien sûr, les gens diront, il n'y a rien de comparable car ils auront en tête la guerre mondiale et la regarderont a posteriori. Mais nos Régressistes-Conservateurs n'ont pas besoin d'exercer la terreur dans les rues comme le faisaient les Nazis pour la simple et bonne raison qu'il n'y a pas d'opposition communiste ferme devant cette démonstration de cynisme de l'oligarchie. Donc pas besoin d'être dans la rue, il s'agit de dépouiller les juges de leurs pouvoirs, les diplomates, les parlementaires de leurs prérogatives, les journalistes de l'information nécessaire à leur travail, les minorités de leurs possibilités de recourir aux tribunaux, affamer les chercheurs et les artistes, etc... La lettre de Jean Chrétien alertant les Libéraux sur le mariage gai, l'avortement et la peine de mort est en retard sur l'agenda de ces individus. C'est écrit en toutes lettres qu'ils le feront.
    Et lorsque Madame Boileau vous parlez d'idéologie en matières de changements climatiques, j'irais plus loin que vous. Ils ne font pas que défendre les intérêts économiques de l'Alberta, ce qui serait encore une version de l’idéologie économique dominante, ils défendent l'Armageddon et veulent littéralement accélérer la fin du monde comme l'annonce L'Apocalypse de Saint-Jean. Les changements climatiques ne sont que des signes annonciateurs pour eux. Pas question d'y renoncer. C'est terrifiant

  • arabe - Inscrit 15 décembre 2011 04 h 23

    "en pesant sobrement le pour et le contre"

    C'est une façon procéder que je recommande fortement au Devoir, mais que je vois très peu. "pour la démocratie, il y a là danger", en effet, Mme Boileau, mais peut-être vous trompez-vous de cible...

    Il y a un parti pris écolo très flagrant au Devoir. Comme j'aimerais que ce soit remplacé par des analyses sobres du pour et du contre.

    Le fait que vous preniez de telles analyses comme des défauts est franchement très inquiétant.

  • France Marcotte - Abonnée 15 décembre 2011 05 h 18

    La poutre dans l'oeil

    "Mais les règles parlementaires font en sorte que c'est la vilenie qui passe, pas sa dénonciation. Et c'est le dénonciateur, ici Justin Trudeau, qui doit se justifier."

    Tiens, ça me fait penser la fois où j'ai écrit un commentaire trop percutant et qu'il a été censuré.

    Faudrait pas que la pratique conservatrice se généralise, alors là ces gens auraient vraiment gagné.