Secteur public - La compétence se paie

Il est de bon ton de montrer du doigt la fonction publique chaque fois qu'il est question de déficit et d'impôt. Pourtant, l'expérience nous apprend qu'il y a un prix à payer pour faire trop de place au privé en matière de services publics. Un prix parfois plus élevé que celui d'une fonction publique compétente.

Dans un sondage commandé par la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante en prévision des consultations prébudgétaires, la première mesure proposée par les patrons pour «redresser les finances publiques» du Québec est de «réduire les salaires et avantages des fonctionnaires». Pourtant, les employés du secteur public ne trônent plus en haut de la liste des salariés les mieux rémunérés.

D'accord, les «permanents» ont la sécurité d'emploi. Mais c'est aussi le cas dans la plupart des entreprises d'une certaine taille. N'importe quel patron vous dira qu'il est presque impossible de renvoyer des employés, même pour raisons disciplinaires, à moins de leur verser beaucoup d'argent ou... de fermer boutique.

Il est aussi vrai qu'au début des années 80, il y a donc trente ans, les fonctionnaires jouissaient de conditions supérieures au marché. Mais, aujourd'hui, seule la catégorie des employés de «services» profite d'une avance. Les autres (professionnels, techniciens, employés de bureau, etc.) sont, au mieux, à parité avec l'ensemble du privé, syndiqués et non-syndiqués, au chapitre de la rémunération globale qui inclut les salaires, le temps chômé, les retraites et autres avantages.

Il y a trois exceptions notables: les sociétés d'État, comme Hydro-Québec et la SAQ, où l'avance est de 28 % par rapport à la fonction publique et au secteur privé; les universités (+26 % en excluant les professeurs); et les municipalités (+42 %). Des groupes où l'on n'a jamais tenté sérieusement de corriger les écarts, que ce soit par laxisme ou en raison de l'absence de rapport de force.

Ces groupes mis à part, quels salaires seraient trop élevés dans le secteur public québécois? Ceux des éducatrices, des travailleurs sociaux, des préposés aux malades, des techniciens en informatique, en radiologie et en soins infirmiers? Ceux des ingénieurs et des juristes que le privé s'arrache au double de leur salaire? Ceux des professeurs et des médecins que François Legault propose d'augmenter? À moins d'éliminer carrément ce qui nuit à la «création de richesse», comme le ministère de l'Environnement? Ce n'est quand même pas en déplaçant les conseillers pédagogiques et les secrétaires des commissions scolaires vers les écoles que l'on va réduire la taille de l'État!

Affirmer avec les patrons qu'il faudrait sabrer le secteur public sans fournir de solutions de remplacement crédibles tient du préjugé, voire de l'obsession idéologique. On l'a vu sous Lucien Bouchard alors que tous les employés mis à la retraite à grands frais ont dû être remplacés. Et plus récemment avec la réingénierie Charest: n'est-ce pas le Conseil du trésor lui-même qui nous apprend que l'embauche de 1000 fonctionnaires au Transport fera économiser 34 millions de dollars nets par année?

La révolution, si révolution il y a, ne viendra pas d'un illusoire grand ménage au sein de la fonction publique et parapublique, mais d'une multitude de gains de productivité parfois modestes obtenus, par exemple, grâce à des réformes qui font en sorte que l'argent suive la clientèle et non plus l'institution.
10 commentaires
  • Philippe Bonneau - Inscrit 14 novembre 2011 06 h 42

    Salaires dans les municipalités

    La majorité des conseils municipaux travaillent à leur ré-élection et ne veulent pas d'une grève en période électorale et les syndicats utilisé ce stratège, je l'ai vécu en 83 mais il n'y avait pas de solidarité entre les villes.
    Ce n'est pas demain la veille que l'équité sera rétabli.

  • Carole Dionne - Inscrite 14 novembre 2011 08 h 56

    Bon jugement, M Sansfaçon

    Et le plus comique, il n'y aurait plus de fonctionnaires et il y en a qui demanderait de réduire leur salaire et leur embauche. On ne pense même pas à ce que l'on dit mais on le dit. marotte. Les banquiers, les grands argentiers leur ont rentré cela dans le coco. Le pire: ont a un job permanent!!! Quand tu mets cela sur le comptoir du supermarché, je ne reçois rien de plus que les autres mais ça fait parler le monde.

    On ne voit pas le côté avantageux de cette permanence. On ne se souvient pas des temps de Duplessis et autres où quand on changeait de gouvernement, on changeait d'employés, bons ou non. On chiâle parce que cela nous écoeure. C'est vrai, l'industrie paie plus que le public et avec des conditions pareils, on ramasse les restants, désolé. J'ai un fils ingénieur et ne veut rien savoir du gouvernement. Ma fille est pharmacienne. Loin d,elle l'idée de la fonction publique. Et le jour où on dira qu'il n'y a que des cabochons pour s'occuper de nous au gouvernement, on devra se regarder dans le miroir.

  • Geoffroi - Inscrit 14 novembre 2011 10 h 04

    Et les mandarins de la Fonction publique!

    Complètement oubliés. Il y y en a tout de même quelques milliers qui bénéficient souvent de primes. Pourquoi cet oubli? Ils sont aussi des employés de l'État.

  • Bourassa - Inscrit 14 novembre 2011 10 h 36

    Bons points mais il y a plus.

    Je partage vos commentaires. La fonction publique n'est cependant pas sans défis importants. J'ai vécu à l'interne l'évolution de la fonction publique durant plus de 35 ans. Sa bureaucratisation est devenue extrême. Un gestionnaire senior me disait récemment qu'il n'a jamais travaillé si fort pour faire si peu. Le système n'est pas efficace, non pas parce qu'on n'y travaille pas fort mais parce qu'on a voulu tout prévoir et régir et ainsi mis en place un grand nombre de règles qui enfargent. Ce fardeau ne vient pas des fonctionnaires mais du politique.

  • Claude Deschênes - Abonné 14 novembre 2011 13 h 03

    À propos des «exceptions»

    Tout d'abord, je salue la mise au point sur ce qui est devenu une légende urbaine: les grosses rémunérations de la fonction publique. Elle est à parité avec le secteur privé selon le document État et évolution comparés 2010 (de la Rémunération des salariés) de l'Institut de la statistique du Québec.

    Cependant, toujours selon le même document, les retards de la fonction publique seraient respectivement de 27% sur les entreprises publiques, 10,2% sur les universités et de 29,6 sur les municipalités...Si pour deux d'entre ces «exeptions» les chiffres peu de ceux de l'article, ceux sur le secteur universitaire sont pour leur part très différents: 10.2% versus 26%.

    Peut être qu'une nuance m'échappe; j'aimerais bien la comprendre.
    Pouvons nous connaitre la référence des données de l'article?

    Un article qui enfin encourrage celles et ceux qui travaillent dans la fonction publique, simplement en parlant des vrais choses...