Commissions scolaires - Le malaise

Le rapport du vérificateur général sur les frais d'administration des commissions scolaires conclut à une forme d'insouciance dans la gestion des fonds publics. Dans le contexte d'assainissement des finances qui est nôtre, cette apparente négligence est choquante.

Elle est d'autant plus choquante que les commissions scolaires, placées sur la sellette, auraient dû mener un examen rigoureux de leurs pratiques de gestion et s'employer à les améliorer pour avoir un dossier sans tache. Depuis que l'Action démocratique du Québec a suggéré l'abolition pure et simple des commissions scolaires, leur pertinence est constamment remise en question. Et ce n'est pas terminé: concédant hier l'à-propos des questions soulevées par le vérificateur, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a évoqué le «malaise» éprouvé par la population quant à cette structure et son rôle exact.

Le nouveau chapitre dévoilé hier n'a rien pour dissiper ce malaise! L'analyse du vérificateur conclut qu'il y a dans ces 500 millions de frais administratifs annuels des économies potentielles importantes à réaliser. Mais les commissions scolaires ne disposent même pas des outils rudimentaires leur permettant d'en prendre conscience. Pire: le ministère de l'Éducation et les associations fédératives ne leur servent pas de guide.

Ce constat est accablant, entre autres parce qu'en 2008 le gouvernement du Québec a tenu un Forum sur la démocratie scolaire et la gouvernance des commissions scolaires, dont l'un des quatre chantiers d'analyse était précisément... «la transparence et la rigueur de gestion de la commission scolaire». Le dépôt de la loi 88 a fait suite à ce forum, imposant notamment des «conventions de partenariat» liant le ministère et ses ouailles. Seul petit problème: le vérificateur note que le ministère a axé le contenu de ces ententes sur des objectifs pédagogiques en omettant la gestion optimale des ressources. Est-ce sérieux? Comment a-t-on pu négliger cette composante alors qu'on pataugeait dans le dossier de la reddition de comptes?

Le vérificateur note d'étonnantes variations du coût par élève de ces activités administratives d'une commission scolaire à l'autre. Il propose aux principales intéressées d'examiner leurs pratiques et de repérer les économies possibles. Il suggère le regroupement d'achats, la mise en commun de certains services. Il ose même évoquer la fusion de commissions scolaires dans certaines régions.

Fusion et abolition sont toutefois de nature à horripiler les commissions scolaires. D'où leur réaction agacée d'hier, tournée de manière obsessive sur leur propre survie. Un conseil: si elles souhaitent dissiper le «malaise», elles doivent s'ouvrir aux changements de pratiques et afficher un meilleur dossier de gestion des fonds publics.

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machouinard@ledevoir.com
5 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 13 mai 2010 08 h 22

    Dépenser l'argent là où il le faut vraiment

    L'actuel vérificateur général du Québec, M. Renaud Lachance, est reconnu comme un homme compétent qui sait, en général, de quoi il parle.

    En conséquence, les commissions scolaires devraient y penser deux fois avant de s'opposer aux recommandations qu'il fait afin d'assainir leurs finances.

    Surtout compte tenu du fait que de plus en plus de gens s'interrogent sur la pertinence de maintenir de telles structures administratives et se demandent même s'il ne faudrait pas les abolir, comme l'a déjà suggéré Mario Dumont.

    Surtout compte tenu du fait, également, qu'une proportion grandissante de la population croit que l'argent pour les maintenir devrait plutôt servir à réparer des écoles, dont les édifices sont vétustes, ainsi qu'à offrir aux élèves des services qui, à maints endroits, font défaut !

  • Andrew Savage - Inscrit 13 mai 2010 11 h 45

    Qui se cache ?


    Le vérificateur n'a examiné que 5 commissions scolaires sur au moins quatre-vingts. Malgré les risques ici d'extrapoler trop rapidement, le moins qu'on puisse dire c'est que ça ne sent pas très bon.

    Quels sont les intérêts qui ce cachent derrière ces institutions bureaucratiques et désuètes ?

    QUI ?

  • Jacques Gagnon - Inscrit 13 mai 2010 14 h 52

    Un peu de nuance

    Il ne faudrait pas tomber dans le piège de la démagogie madame Chouinard.

    Sous prétexte que nos administrations publiques se doivent d'être efficaces, on saisit l'occasion pour liquider les commissions scolaires. Ce ne sont pas seulement les organisations publiques qui ont de problèmes de productivité permanent à combattre, ce sont les grandes organisations privées aussi. C'est comme le profit ou la rentabilité, tout le monde court après. Ce ne sont pas des problèmes caractéristiques aux commissions scolaires.

    Pour monsieur tout le monde et en particulier monsieur Dumont, c'est pas compliqué, elles sont de trop. Voilà une différence énorme. Le vérificateur le sait et c'est justement cela son but, i.e. d'ajouter son grain de sel peu subtil pour gonfler cette baloune dans l'esprit des gens. Monsieur le vérificateur est un comptable et il ne connaît rien à la gestion de l'éducation.

    Monsieur Dumont et se hordes de simplistes croient que 15 milliards ça se distribue sans réfléchir, sans coûts de gestion, dans des enveloppes brunes peut-être, sur le parvis des écoles par des bénévoles et quoi encore.

    Pour beaucoup de régions, les CS sont des gouvernements locaux, une participation, de l'expertise, de la décentralisation, de l'autonomie, des retombées économiques locales importantes, un support de proximité aux écoles.

    Si on coupe brutalement sans réfléchir, dans l'hystérie de la dette, on coupera tout cela pour le remplacer par d'autres fonctionnaires ou consultants, cette fois-ci à Québec. Les fonctions à remplir, le travail à faire demeurera et il devra être fait ailleurs. Il en va de même avec les agences de santé qui étaient des régies qu'on a abolies puis se rendant compte que la promesse d'abolition était irréfléchie, on les a recréées en les changeant de nom.

    On dépouillera encore un peu plus les régions qui n'en ont pas besoin par les temps qui courent.

  • André Doré - Inscrit 13 mai 2010 15 h 50

    Attention M. Gagnon...!!!

    Aux dernières élections, M. Dumont était le seul parmi les candidats au poste de premier ministre qui était diplômé en économie. Il nous a mis en garde contre les pertes de la Caisse de dépôt, il est le seul qui a su bien évalué notre problème d'immigration (qu'on devrait bien servir les immigrants qu'on a déjà avant d'en inviter d'autres)... et aujourd'hui, on lui donne raison. On questionne aujourd'hui la pertinence ou du moins le fonctionnement des commissions scolaires... Encore un fois, c'est lui qui a eu le courage de poser la question...
    Quand vous qualifiez M. Dumont et ses supporters de simplistes... je pense que vous errez par partisanerie...
    Je n'ai pas voté pour M. Dumont, mais force est d'admettre que nous avons voté pour des menteurs au lieu de voter pour ceux qui nous disaient la vérité...!!!
    De toute évidence, vous n'avez pas voté pour lui, vous non plus... Peut-être aurions-nous dû...
    Moi, je suis capable de l'admettre...

  • Jean-Marie Desgagné - Abonné 13 mai 2010 22 h 53

    Grosse machine

    Il faut avoir été en contact avec certaines commissions scolaires pour se rendre compte que le vérificateur ne parle pas dans le vide. Il y a les grosses commissions scolaires qui ont le moyen d’inviter les fonctionnaires du Ministère de l’éducation à des réceptions dans les meilleurs restaurants et il y a les petites, dont certaines de langue anglaise, qui tirent le diable par la queue au plan financier, donc qui n’ont pas les moyens d’aller au restaurant. Lorsque le président d’un commission, avec quelques commissaires et fonctionnaires, arrivent pour un rendez-vous d’affaire au Ministère à 11h30, il faut bien comprendre que les affaires se règleront au restaurant, autour d’une bouteille de vin, dans une ambiance très conviviale. Ceci n’est qu’une facette de la situation qui règne dans ce milieu. Le vérificateur doit frapper encore car le présent gouvernement n’a pas le caractère et la compétence pour s’attaquer à cette grosse machine.
    Jean-Marie Desgagné
    Québec
    Mai 2010