Jacques Duchesneau - Être muselé

Il faut prendre garde à la diversion quand il s'agit de dénoncer les tractations douteuses qui auraient cours dans le secteur de la construction. Hier, à s'attarder sur le fractionnement de petits contrats, l'Action démocratique du Québec détournait l'attention de ce qui, 24 heures après l'annonce, méritait encore d'être considéré avec scepticisme: la nomination de Jacques Duchesneau à la direction d'une unité anticollusion du ministère des Transports.

Le ton de la leader parlementaire de l'ADQ, Sylvie Roy, était hier sans appel: le fractionnement de contrats constaté au ministère des Transports du Québec n'est qu'une manière douteuse d'éviter les appels d'offres.

Mais comme notre collègue Robert Dutrisac l'expose aujourd'hui, la pratique du fractionnement des contrats n'est pas une caractéristique de ce gouvernement. En 2002, le gouvernement du Parti québécois s'était fait interpeller à ce sujet par l'opposition libérale, car la manoeuvre sévissait dans différents ministères.

Le président du Conseil du trésor de l'époque, Joseph Facal, avait notamment fait valoir le coût élevé d'un appel d'offres, qui représentait une forte proportion du coût total quand un contrat s'élève à un peu plus de 25 000 $. L'explication, livrée avec détails, était fort plausible. Or ce plancher de 25 000 $, au-delà duquel le gouvernement est tenu de procéder par appel d'offres sur invitation, n'ayant pas bougé depuis des années, on peut croire que ces fractionnements se poursuivent au sein de l'appareil public et sont même plus nombreux qu'avant.

La ministre des Transports, Julie Boulet, et son équipe ont par ailleurs répondu dès hier aux allégations de Mme Roy et les explications données étaient plus solides que lors d'une précédente sortie de l'ADQ qui, l'automne dernier, avait dénoncé l'importance de contrats accordés de gré à gré et totalisant 240 millions. Cette fois, on parle vraiment de petits contrats qui ne représentent qu'une goutte d'eau dans l'imposant budget du ministère.

En fait, la conférence de presse de l'ADQ s'est tellement perdue dans les détails que la réaction du parti à la nomination de Jacques Duchesneau passait quasi inaperçue. Et c'est finalement la ministre Boulet elle-même qui a ajouté au scepticisme: monsieur Duchesneau ne bénéficiera d'aucun pouvoir spécial pour réaliser son mandat. Si ses observations le font douter, il n'aura qu'à aviser les corps policiers...

Le gouvernement libéral a vraiment réussi là une brillante manoeuvre. Non seulement un des intervenants les plus crédibles pour dénoncer la corruption voit sa liberté de parole restreinte, mais en plus ses possibilités d'action seront fort limitées. On ne connaît pas le budget dont disposera M. Duchesneau, ni la grosseur de son équipe, mais on comprend maintenant qu'il s'agit là de détails accessoires puisque cette équipe n'aura pas de pouvoir.

En revanche, le gouvernement pourra s'appuyer pour les deux prochaines années sur la crédibilité de l'ancien chef de police de Montréal. De plus, en concentrant le travail de M. Duchesneau sur le seul ministère des Transports, il laisse dans l'ombre tout ce qui grenouille dans d'autres secteurs, notamment dans le vaste monde municipal.

Enfin, son mandat concerne exclusivement la prévention de la fraude et de la collusion. Les liens entre l'octroi de contrats et le financement de partis politiques, dont faisait encore état hier, avec pertinence cette fois, la députée adéquiste Sylvie Roy, ne sont pas inclus dans ce programme.

Il y a décidément encore nécessité d'une enquête publique sur l'industrie de la construction au Québec.

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jboileau@ledevoir.com
5 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 25 février 2010 11 h 02

    La crédibilité comme marque de yogourt

    C'est le summum du raffinement pour tromper la population: se cacher derrière la crédibilté d'un tier que l'on brandit comme un leurre devant du gibier pour mieux poursuivre son travail occulte dans les coulisses du pouvoir. Il faudrait bien un jour faire l'histoire de toute cette arrogance, toute cette vulgarité envers le peuple. Et on voit ce qui se passe quand au moins un grand journal n'en est pas complice: tout ce que l'on ressentait comme citoyen et qui était trop souvent bafoué, amoindri, ridiculisé, devient légitime, partagé. On aurait pu espérer tout de même qu'on n'irait pas jusqu'à pervertir de la sorte la crédibilité.

  • Andre Vallee - Abonné 25 février 2010 11 h 23

    Évasion

    Porte de sortie pour Charest et bourbier pour la justice et l'administration publique.

  • Carole Dionne - Inscrite 25 février 2010 16 h 02

    L Y A L'ÉVASION FICALE. PUIS Y A L'ÉVASION DE JEAN CHAREST

    Pas compliqué. Mais une évasion demeure toujours une évasion. Quand à Duchesneau, je l'avais écouté à l'émission 24--60. C'était très clair: ça prenait une enquête publique. Puis tout à coup, quand cela va être payant pour lui-même, OUPS, il n,est plus sur.

    Duchesneau a perdu toute crédibilité. Il lui en restait un peu depuis son passage dans la sécurité des aéroports.


    On appelait cela dans le temps: DES VIRES CAPOTS.

  • Martin Bilodeau - Abonné 25 février 2010 22 h 29

    Une étape à la fois

    Je dissipe d'entrée de jeu les doutes : je souhaite une enquête publique touchant au domaine de la construction pour contrer la corruption, la collusion, la malversation, bref tout ce qui se termine en « ion » et qui se veut nauséabond...

    Primo, l'opération Marteau a vu le jour, une escouade policière mise en place; secundo, l'ancien directeur de la SPVM est embauché pour user de son pouvoir, voire de sa réputation pour donner du poids au Marteau; tertio, l'enquête publique?

    Objectivement, personne ne voit dans ses démarches la visée d'une étape à la fois, et ce, pour offrir le plus de contenu possible et pour dissiper davantage les doutes, autant dans l'appareil politique, municipal et populaire?

    Regardez bien aller le gouvernement Charest : le petit train sur les rails du paysage québécoise pourrait aller loin... comme une enquête publique qui défile à l'horizon!

  • Donald Bordeleau - Abonné 26 février 2010 00 h 24

    Un peu de pervertion pour le camoufflage



    Imaginer la vérification de tous les contrats du gouvernement et des municipalités depuis 6 ans.

    Selon le Vérificateur Général, 40 % des contrats attribués n'étaient pas attribuer selon les règles des ministères selon l'échantillon consulté.

    Madame Julie Boulet a affirmé hier que les entreprises ont le droit de faire des contributions à la caisse électorale du PLQ suite à l'attribution de contrat du gouvernement.

    Mais le problème dans tout cela c'est la question d'éthique et de neutralité de celui qui va diriger la force anti collusion et des acteurs des associations de la construction. Monsieur Jacques Duchesneau DG Force Anti Collusion comme Monsieur Gilbert Grimard A.C.Q ainsi que Monsieur André Ménard ont remis ensemble 2008 et 2009 près de 14,000 $ à la caisse du PLQ.

    La force anti quelque chose va mettre les criminels en prison et faire le ménage.

    Les vérificateurs du MTQ comme Messieurs Denis Bédard et André Dicaire nommés par la ministre Boulet pour vérifier l'attribution des contrats en 2009 dans les 14 directions du MTQ ne semblent pas assez compétent selon son commentaire, seront-ils mi de côté ou seront des assistants du DG Anti Collusion pour fouiller les états financiers et les contrats des entrepreneurs et des firmes de génies conseil.

    Mais en général l’on dit que la justice a le bras long. Notre DG Anti Collusion ne semble pas prendre son nouveau emploi au sérieux selon ses déclarations en lancent des boutades. Probablement un autre rond de cuir qui ne foutre rien pour deux ans.

    Aucun abuseur ne sera amené à la cour de justice. ‘’ Car le crime organisé a le bras long selon M. Duchesneau’’. Monsieur Renaud Lachance Vérificateur Générale a beaucoup d’information à fournir à l’escouade Anti Collusion.

    Malheureusement faute de moyen il y aura encore des orphelins comme la collusion ( coût inutile de 2.5 milliards /an pour le gouvernement et les municipalités ), le travail au noir ( perte de 2 milliards/ans ), fausses factures ( perte de 200 millions/ans, blanchiment d’argent et évasion dans paradis fiscaux ( estimé à 1.5 milliards/an )

    Un ministre du PLQ achète une entreprise d’un Hells Angel.

    http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/2009/11/16/da

    Qualité du travail, viaduc de la montée Fassett. La firme Génivar fait des erreurs.
    Le responsable du MTQ des Laurentides est Jacques Gagnon qui fournit des dons au PLQ pour 12,000 $, c’est le champion des responsables régionaux au Québec

    http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2009/

    Monsieur Gilles Desrosiers de ABC Rive Nord a remis en dons au PLQ un montant de 15,000 $ en guise de remerciement.


    http://www.journalacces.ca/article-375888-David-Wh