Les Jeux de la jeunesse

Le planchiste américain Redmond Gerard est devenu le premier athlète né après le 1er janvier 2000 à remporter une médaille lors de Jeux olympiques d’hiver.
Photo: Javier Soriano Agence France-Presse Le planchiste américain Redmond Gerard est devenu le premier athlète né après le 1er janvier 2000 à remporter une médaille lors de Jeux olympiques d’hiver.

Une fois tous les deux ans, le sportif de salon en nous constate avec admiration que la jeunesse mondiale se porte plutôt bien. En regardant des athlètes olympiques lancer un javelot, sauter des haies, dompter des bosses ou filer en patins, on se réjouit de voir que ces sportifs dans la fleur de l’âge brillent par leur agilité, leur puissance ou leur ténacité.

 

C’est inspirant d’observer les prouesses de jeunes athlètes, mais ça devient carrément étourdissant lorsque ces sportifs repoussent les limites de leur discipline alors qu’ils n’ont même pas atteint l’âge de voter.

 

Prenez Redmond Gerard, par exemple. Cet Américain a remporté samedi l’épreuve de descente acrobatique en planche à neige grâce à une performance quasi parfaite, procurant aux États-Unis leur première médaille des Jeux. Il est champion olympique… et il a 17 ans.

 

Pour la petite histoire, le jeune homme de 5 pi 4 po a chuté à ses deux premières descentes avant d’effectuer un sans-faute à sa troisième, ce qui lui a valu une place sur la plus haute marche du podium. « Holy f… », a lancé le rouquin après sa course, en direct à la télévision. On ne saurait si bien dire.

 

Avec sa première place, Gerard devient le plus jeune médaillé olympique en planche à neige, toutes épreuves confondues, et il devient surtout — tenez-vous bien — le premier athlète né après le 1er janvier 2000 à remporter une médaille lors de Jeux olympiques d’hiver.

 

Quand il aura pris pleinement conscience de l’exploit qu’il vient d’accomplir, le planchiste constatera aussi qu’il s’est taillé une place dans l’abasourdissante liste des plus jeunes médaillés d’or d’épreuves individuelles de l’histoire des Olympiques d’hiver, se faufilant entre la skieuse suisse de 17 ans et 315 jours Michela Figini, gagnante de la descente en 1984, et la patineuse de vitesse sud-coréenne de 17 ans et 63 jours Jin Seon-Yu, triple médaillée d’or des Jeux de Turin en 2006.

 

L’histoire ne dit pas si ces athlètes ont pris leur première bière le soir de leur victoire.


 

Parlant de jeunesse, c’est la benjamine des soeurs Dufour-Lapointe qui est montée sur le podium dimanche, devancée par Perrine Laffont, une Française de seulement 19 ans.

 

On savait déjà que Maxime ne participait pas aux Jeux olympiques de Pyeongchang, tandis que Chloé n’est pas parvenue à se qualifier pour la finale. La pression était donc énorme sur les épaules de Justine, qui voulait faire honneur à son titre de championne olympique et à toute l’attention médiatique dont ses soeurs et elle ont fait l’objet depuis leurs succès d’il y a quatre ans. Comme dans cette vidéo de promotion du Comité olympique canadien en vue des Jeux de Pyeongchang, dans laquelle on présente les trois skieuses comme des anges glissant sur les bosses en se tenant par la main.

 

Après avoir connu une saison de Coupe du monde en dents de scie jusqu’à maintenant, Justine Dufour-Lapointe est donc parvenue à effectuer une descente solide, retrouvant le style combatif qui lui a bien servi par le passé.

 

Elle occupait la deuxième place provisoire au moment où sa compatriote Andi Naude s’est élancée sur la piste pour conclure l’épreuve, bien consciente que cette jeune athlète de 22 ans, qui en est à ses premiers Jeux olympiques, avait tout ce qu’il faut pour l’emporter.

 

Après un début de descente endiablé, Naude n’a pas pu suivre le rythme infernal qu’elle s’est imposé et elle a dévié du parcours. Certains diront que c’est le genre de raté qui survient inévitablement dans un sport comme le ski de bosses, d’autres que ses nerfs ont tout simplement flanché alors que l’enjeu était plus grand que jamais.

 

Il fallait voir la réaction de Justine Dufour-Lapointe au bas de la pente, déchirée entre l’extase de sa deuxième place et la tristesse de voir une coéquipière trébucher avant d’atteindre la ligne d’arrivée.

 

Après sa descente, Naude ne s’est pas dérobée et a répondu avec aplomb aux questions des journalistes. Elle a dit ce qu’une recrue peut dire en pareille circonstance : que l’expérience de cette journée lui servira pour la suite, qu’elle pourra mieux rebondir la prochaine fois.

 

Mais pendant qu’elle prononçait ces paroles pleines de sagesse, son visage exprimait une émotion bien différente. De chaudes larmes coulaient tranquillement sur ses joues, offrant en une image toute l’importance de cet instant olympique pour une athlète en début de carrière qui était si près du but.

 

On dira qu’à la différence de Naude, Justine Dufour-Lapointe a réussi à sortir son grand jeu au moment opportun parce qu’elle est plus expérimentée que sa coéquipière. Qu’après avoir participé aux Jeux olympiques de Sotchi, elle en a vu d’autres.

 

Il faut croire donc qu’à 23 ans, aux Jeux olympiques, on peut déjà revendiquer le titre de vétéran. Avouez que ça donne un coup de vieux.