Je n’ai pas confiance

Les électeurs sont déroutants. Ils votent souvent contre leurs propres idées et intérêts. Aux États-Unis, des citoyens pauvres et malades ont appuyé Donald Trump, qui promettait d’abolir l’Obamacare. Ce monsieur, croyaient-ils, allait les aider. Ce ne fut pas le cas, évidemment.

 

Le sondage Léger-Le Devoir paru le 27 janvier dernier fournit un autre exemple de l’incohérence des électeurs. Il nous apprend, en effet, que 66 % des sondés préfèrent un réinvestissement dans les services publics à une baisse d’impôt pour les particuliers. Il nous révèle aussi, toutefois, que les deux partis qui promettent une baisse d’impôt — le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec (CAQ) — récoltent ensemble 67 % des intentions de vote, alors que les deux partis qui font de l’amélioration des services publics leur priorité — le Parti québécois et Québec solidaire — obtiennent la faveur de 29 % des électeurs. Ces derniers, en d’autres termes, veulent des politiques sociales-démocrates, appliquées par des politiciens qui ne le sont pas. Allez comprendre !

 

Dans une chronique parue dans la revue Options politiques en mai 2017, le politologue Alain Noël, de l’Université de Montréal, essaie d’éclairer le phénomène, en commentant un ouvrage de deux de ses collègues américains, Achen et Bartels. La théorie romantique et optimiste de la démocratie veut que les électeurs votent pour des partis qui incarnent leurs préférences. Or, dans les faits, ce n’est pas le cas.

 

Les citoyens, au fond, s’intéressent peu à la politique, connaissent mal les politiques publiques et « votent surtout en fonction de loyautés partisanes établies de longue date ou de leur perception plus ou moins éclairée de la situation qui prévaut au moment de l’élection », résume Noël. Ce n’est donc pas la rationalité qui règne en cette matière. Les gens, c’est bien connu, veulent plus de services et moins d’impôts, sans se rendre compte de l’illogisme d’une telle proposition. La CAQ n’est pas en tête pour rien, actuellement. Elle promet justement le beurre et l’argent du beurre. À la fin, généralement, il ne reste que le bonimenteur.

 

Un pragmatisme insuffisant

 

Vedette montante de la CAQ, Simon Jolin-Barrette, jeune avocat député de Borduas, publie, cette saison, J’ai confiance (Québec Amérique, 2018, 128 pages), un essai dans lequel il exprime simplement ses convictions et les raisons de son engagement en politique. L’initiative doit être saluée. Trop peu de politiciens, au Québec, se donnent la peine d’exposer ainsi, par écrit, ce qui les motive. Élu « parlementaire de l’année », en 2016, par ses collègues de l’Assemblée nationale, Jolin-Barrette travaille, de toute évidence, « sans cynisme », comme il s’en réclame, et cela est appréciable.

 

Les idées qu’il met en avant, fidèles au pragmatisme caquiste, se caractérisent malheureusement par leur insuffisance. Entre des généralités — l’intégrité est essentielle, il faut créer des emplois de qualité — et des mesures intéressantes mais accessoires — il faut abolir la taxe de bienvenue pour favoriser l’accès à la propriété des jeunes ménages —, le député plaide pour le retour du « bon sens », en dénonçant l’obésité de l’État québécois.

 

On ne peut pas savoir précisément, en le lisant, à quoi ressemblerait son Québec idéal. On devine toutefois que la social-démocratie à la québécoise ne s’en sortirait pas indemne, quand on découvre l’enthousiasme de l’élu pour la « mentalité » américaine, qui valorise la semaine de travail de 60 heures et la charité privée pour les pauvres.

 

Sur la question nationale, le discours de Jolin-Barrette confine à l’impasse. L’avocat se scandalise du rapatriement de la Constitution qui a exclu le Québec, en parle comme d’une « trahison », déplore l’indifférence des jeunes quant à cet enjeu et clame, en s’inspirant de Lucien Bouchard, son modèle, que « le Québec doit être reconnu officiellement comme nation et [que] cela passe par une reconnaissance constitutionnelle » qui respecterait au moins les cinq conditions de l’accord du lac Meech.

 

On veut bien, mais on aimerait en savoir plus sur la stratégie prévue pour obtenir ce gain. On n’en saura rien. L’expression du souhait tient lieu de programme politique, comme dans le cas de la création d’emplois de qualité « à 35 et 40 $ de l’heure ».

 

Jolin-Barrette répète qu’il n’est « nul besoin d’être indépendantiste pour être nationaliste et, pour exiger que le Québec soit respecté à part entière », il se dit favorable au Québec français, constate que le projet souverainiste n’a pas été un succès — ce qui n’est pas faux — et conclut que l’heure est venue « de proposer une solution de rechange satisfaisante », dans le cadre fédéral, pour tous les nationalistes québécois. Il ne donne toutefois pas le début d’une explication sur la manière et les chances d’y parvenir. Désolé, mais je n’ai pas confiance.

15 commentaires
  • Eric Lessard - Abonné 10 février 2018 06 h 05

    CAQ, PLQ et social-démocratie

    La dominance de la CAQ et de PLQ s'explique par le fait qu'ils sont fédéralistes et que la majorité des Québécois ne veulent plus entendre parler de l'indépendence du Québec.

    J'en veux pour exemple certaines circonscriptions de la CAQ à Québec qui avaient voté pour le NPD au fédéral.

    M. Jaques Pariseau s'est beaucoup plaint que quand Pierre Eliot Trudeau faisait quelque chose au Canada, il était admiré et que quand des indépendentistes comme lui voulaient appliquer le même genre de programme au Québec, il passait pour un méchant.

    L'axe fédéraliste-indépendentiste continue à dominer au Québec, ce qui fait que les fédéralstes de gauche et du centre ont tendence à favoriser le PLQ alors que les nationalistes de droite vont à la CAQ. Mais je connais bien des gens qui votent NPD ou libéral au fédéral et qui votent pour la CAQ au provincial.

  • Jean Lapointe - Abonné 10 février 2018 08 h 45

    Jolln-Barrette tente de concilier l'inconciliable.

    «Jolin-Barrette répète qu’il n’est « nul besoin d’être indépendantiste pour être nationaliste et, pour exiger que le Québec soit respecté à part entière » (Louis Cornellier)

    C'est sûr qu' on peut être nationaliste sans être indépendantiste mais je ne vois pas dutout comment le Québec peut être «respecté» à part entière sans être indépendant.

    Même si le Québec était reconnu officiellement comme entité socio-culturelle différente par le ROC il ne serait pas respecté à part entière mais partiellement.

    La seule façon pour le Québec d' être respecté à part entière c'est en étant indépendant politiquement.

    On dirait que Jolin-Barrette aimerait que le Québec puisse se comporter comme un pays indépendant sans se séparer du Canada avec tout ce que cela implique comme contraintes.

    Il essaye de concilier l'inconciliable. il devrait réfléchir un peu plus avant de proposer de telles sornettes.

    La CAQ est un parti nationaliste mais on dirait que leur nationalisme n'est pas un nationalisme québécois mais un nationalisme canadien-français. C'est un nationalisme destiné à protéger la langue et la culture canadienne française au lieu d'être un nationalisme québécois permettant aux Québécois de langue française d'êre une majorité dans leur propre pays qui ne serait pas, faut-il le rappeler, constitué uniquement des descendants de ceux qu'on appelait des Canadiens-français.

    C'est d'eux qu'on peut dire qu' ils se replient sur eux-mêmes pas des indépendantistes , dont je suis, qui eux veulent que le Québec puisse s'ouvrir sur le monde en traitant d'égal à égal avec les autres nations du monde.

    Les Québécois qui se proposent de voter pour la CAQ doivent à tout prix y penser par deux fois avant de voter pour vrai en octobre prochain.

    Il est encore temps de changer d'idée.

    Pour moi il faut s'affirmer et non pas uniquement se défendre et se protéger.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 10 février 2018 09 h 07

    Des solutions simplistes à des problématiques complexes

    Legault nous symbolise parfaitement: échecs!. Lui, qui a rédigé le budget de l'an 1 d'un Québec indépendant,et vanté cette option, a échoué. Dans le cadre fédéral, il échoue également car L'ILLÉGITIME constitution de 1982 est impossible à modifier; alors il pratique l'aveuglement volontaire. C'est symtômatique de la situation du Québec: coincé d'un bord ou de l'autre!

    D'autre part, son parti propose l'abolition simpliste des commissions scolaires; ce qui mènerait à une situation bordélique semblable à celle de la Ville de Montréal avec son gros maire pis 19 petits maires, ainsi que de nombreux conseillers(au centre et dans les quartiers): tout le monde se pille sur les pieds.

  • Josée Duplessis - Abonnée 10 février 2018 09 h 16

    Je pense que ce n'est pas ici une question d'indépendantistes contre fédéralistes.
    L'enjeu de cette élection est majeur.
    Il en va de notre social-démocratie.
    Il en va de nos services publics. Ils seront améliorés ou démantelés.
    Nous ferons face à des services publics ou privés.
    J'espère que nous serons des électeurs conscients et réfléchis et non des girouettes ou des poules pas de tête qui voteront pour une ''vague idée de changement pour réaliser au lendemain des élections que l'on s'est trompé.
    Un peu de maturité s'il-vous-plait.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 février 2018 08 h 22

      Pour un État Fort, votons PQ ? ;)

  • Raynald Rouette - Abonné 10 février 2018 11 h 25

    Moi non plus


    Rien qui ne tient la route! Ça sent l’opportunisme à plein nez.

    Tout comme Maurice Duplessis, Mario Dumont et François Legault écrirait encore aujourd’hui Pierre Vadeboncoeur.

    Le mystère de Québec n’en est pas vraiment un! Les Québécois ne sont pas à une contradiction près...

    Les politiciens opportunistes promettent le beurre et l’argent du beurre et ça marche à tout coup. Pas surprenant que le Québec moderne soit aujourd’hui (moribond) en voie de déconstruction. Misère!