Les villes intelligentes

Les élus municipaux entreprenant un mandat à la direction de la plupart de nos villes auront à jeter un oeil attentif aux enjeux associés à l’avènement de la « ville intelligente ».

La disponibilité de dispositifs connectés, de capteurs de même que des capacités informatiques dont sont dotés la plupart des véhicules engendre des possibilités de produire, de capter et de traiter des informations. C’est cette puissance de traitement d’information que l’on cherche à mobiliser afin de mieux comprendre, de mieux «monitorer» les multiples actions et mouvements caractéristiques des espaces urbains.

La ville intelligente est un projet de renouvellement des conditions de la gouvernance de nos lieux de vie. Selon Sandra Breux et Jérémy Diaz, auteurs d’un rapport sur la notion de « ville intelligente », l’expression évoque l’émergence de nouvelles technologies qui auraient vocation à modeler ou remodeler les espaces urbains. La Commission de l’éthique en science et en technologie (CEST) rendait public cet automne un rapport intitulé La ville intelligente au service du bien commun. Fruit d’une réflexion approfondie sur les principaux enjeux de la ville intelligente, le rapport met en avant des « lignes directrices pour allier l’éthique au numérique dans les municipalités au Québec ».

La ville intelligente est souvent envisagée uniquement selon une approche technologique. Elle s’inscrit dans un discours de rupture selon lequel les défis des villes requièrent nécessairement le recours accru aux technologies. On l’appréhende aussi selon une approche managériale considérant la technologie et les données comme des facteurs de transformation de la gouvernance. La CEST relève aussi que la ville intelligente peut mettre l’accent sur le potentiel du numérique comme appui à l’amélioration des pratiques démocratiques.

Ces angles d’approche de la ville intelligente ne sont pas mutuellement exclusifs. Mais les décideurs soucieux de ne pas s’enfermer dans des gadgets ont intérêt à adopter une « posture critique face à des discours qui ne sont pas neutres ». Car les technologies associées à la ville intelligente sont souvent des produits que veulent promouvoir ceux qui ont des « solutions » à vendre. Quitte à trouver après coup le problème urbain auquel devaient répondre les gadgets déployés à grands frais !

Gouvernance de nos territoires

Les changements que la généralisation des technologies connectées promet d’induire se reflètent forcément sur le type de gouvernance de nos territoires. La ville intelligente incarne un mode de gestion intégrant des données plus nombreuses, précises et contextualisées. La CEST relève que « l’intelligence des systèmes vient […] principalement de ces nouvelles données et de la capacité des réseaux de capteurs de prendre le pouls des environnements ». Il y a là de nouveaux moyens « de suivre de plus près et en continu les événements urbains, d’en comprendre la genèse et d’y réagir en prenant des décisions dans des laps de temps compatibles avec la temporalité réelle des événements ». Mais le modèle dominant de ville intelligente mise sur une centralisation accrue de l’information. Envisagées selon une approche technocratique, les technologies risquent d’aggraver l’opacité des processus décisionnels.

En revanche, la ville intelligente envisagée selon une approche reposant sur l’inclusion et la participation effective devrait engendrer plus de transparence. L’accessibilité aux données ouvertes couplée aux autres technologies numériques ouvre des possibilités nouvelles d’expression. Pour la CEST, cela peut générer de nouvelles formes de citoyenneté.

Mais encore faut-il que le déploiement des services municipaux connectés se fasse de façon transparente sous la responsabilité effective des élus. La CEST recense comme un risque sérieux posé par l’utilisation des technologies dans les villes la « privatisation des services publics qui se traduirait par une influence indue » d’entreprises sur les politiques publiques. Comme peu de villes font affaire avec une diversité de fournisseurs, elles peuvent se retrouver dépendantes d’un seul fournisseur qui pourrait être en position d’imposer ses conditions.

Enfin, la question du statut des données qui doivent être collectées, captées et analysées automatiquement pour assurer le fonctionnement de la plupart des services associés à la ville intelligente pose de réels enjeux. Mais hélas, à cet égard, la CEST ne fait que répéter que les données massives doivent être utilisées moyennant le « consentement » des individus. Pourtant, il est de plus en plus manifeste que lorsque les données sont massivement utilisées, elles ne concernent plus vraiment les individus. Réguler leur collecte et leur usage en prétendant faire consentir les individus est illusoire. Sur cet aspect, il y a un urgent besoin de penser autrement !

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 21 novembre 2017 08 h 15

    elles doubles de population a tous les sciecles

    ne sommes nous pas en pleines utopie, les villes ne sont pas des institutions que l'on peut transplanter a volonté, Montreal est actuellement entouré d'autoroutes qui fonctionnent a pleine couture , elles sont actuellement surchargées autant qu'il se peut, la seule solution que j'y voie c'est de l'entourer de transports collectifs et d'en restreinte les transports individuels, ordis ou pas les difficultées demeureront présent si nous ne nous empressons pas d'impliquer le provincial, toutes les villes du monde ont ces difficultées, a toutes les sciècles les villes doubles de populations

  • Marc Davignon - Abonné 21 novembre 2017 10 h 28

    En passant!

    Peut-être avec un peu de sérieux dans l'approche «informatique» avec des informaticiens y verrions-nous plus «clair». Mais la gestion a investi ce domaine (nouveau «farwest», sans règles ... et sans shérif).

    Avec les gestionnaires aguerris au domaine de la «haute technologie» qu'ils maitrisent (ils ont tous un téléphone «intéligent» et savent tous les deniers «buss words»). Avec cette assurance digne de l'omniscience, ils se font les défenseurs de la «bébelle techno»; ils découvriront des choses et nul autre n’auront découvert dans le «big data» avec le «deep learnig». Ce sera de l'intelligence!

    Ça vous dirait des informaticiens pour gérer l'informatique?

    Avoir un point de vue de «vrais informaticiens» (vous savez, ceux qui ont fait des études dans se domaine)?

    Ça pourrait faire changement que de lire d'affligeantes perceptions de l'informatique de la plume d'urbanistes, de pédagogues, d'anthropologues et de «gestionnaires».

    Tous, sauf des informaticiens! Ceci devient de plus en plus atterrant.

    L'université à, encore, des programmes en informatique et ne produise pas que des «programmeurs» pour faire que des jeux!