Le parti des Anglais

Le PLQ a toujours été le refuge de la communauté anglophone, qui y a cherché une protection contre ce qu’elle percevait comme les excès du nationalisme francophone, dont le mouvement souverainiste a été l’ultime manifestation.

Les électeurs anglophones n’ont pas toujours compris — ou accepté — la nécessité pour les libéraux de composer avec les aspirations de la majorité. En 1976, la colère suscitée par les tests linguistiques imposés par la loi 22 en a amené plusieurs à se tourner vers l’Union nationale, dont le sursis a favorisé l’élection du PQ.

En 1989, l’utilisation de la clause dérogatoire pour maintenir la règle de l’unilinguisme français dans l’affichage commercial a conduit à l’élection de quatre députés du Parti Égalité dans autant de châteaux forts libéraux, mais la réapparition du spectre de l’indépendance après l’échec de l’accord du lac Meech a rapidement mis fin à cette bouderie.

Malgré la bataille féroce que le PLQ a menée contre l’adoption de la loi 101 et contre toute tentative d’en renforcer les dispositions, bon nombre d’anglophones estiment néanmoins depuis des décennies que le PLQ tient leur appui pour acquis et ne se préoccupe pas suffisamment de leur sort.

Depuis l’élection de Jean-François Lisée à la tête du PQ et le report du référendum à un très hypothétique deuxième mandat péquiste, ils peuvent manifester à nouveau leur insatisfaction sans craindre de favoriser l’éclatement du Canada. Contrairement à 1989, alors que Robert Bourassa pouvait très bien se passer d’une partie du vote anglophone sans compromettre sa réélection, Philippe Couillard n’a pas les moyens de s’offrir ce luxe.


 

Pendant les premières années d’existence de la CAQ, l’ambiguïté constitutionnelle du parti a semé la méfiance dans la communauté anglophone, qui voyait également d’un très mauvais oeil sa promesse d’abolir les commissions scolaires. La conversion fédéraliste de François Legault, qui semble aussi avoir renoncé à bouleverser le réseau de l’éducation, a rendu la CAQ plus fréquentable. D’ailleurs, le manque d’éthique du PLQ ne plaît sans doute pas plus aux anglophones qu’aux francophones.

La nouvelle sollicitude du gouvernement Couillard envers les anglophones, dont les doléances ne datent pourtant pas d’hier, coïncide parfaitement avec la baisse de leur appui au PLQ et l’augmentation correspondante de leur intérêt pour la CAQ. Entre mai et octobre, les intentions de vote libérales des non-francophones sont passées de 74 % à 60 %, indiquent les sondages de Léger. Durant la même période, l’appui à la CAQ a grimpé de 4 % à 17 %.

En juin dernier, Jean-Marc Fournier, qui n’avait jusque-là d’oreille que pour les communautés francophones hors Québec, s’est soudainement découvert une sympathie pour les Anglo-Québécois des régions et a senti un urgent besoin de sensibiliser la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, au danger d’assimilation qui les guette.

Dans un premier temps, le premier ministre Couillard a engagé un conseiller dont le mandat était de s’assurer que les préoccupations des anglophones sont « reflétées de la meilleure façon possible dans les orientations et décisions gouvernementales ». Il a fait un pas de plus lors du remaniement ministériel du mois dernier, en nommant une ministre, Kathleen Weil, responsable des « Relations avec les Québécois d’expression anglaise », alors qu’il avait déjà dit que cette reconnaissance tacite de l’existence d’une « distinct society » anglophone au Québec ne ferait que semer la division.


 

Cela ne semble pas encore suffire. La commission politique du PLQ propose maintenant « d’évaluer, lors de l’élaboration de tout nouveau projet de loi ou de règlement, l’impact de ceux-ci sur les citoyens d’expression anglaise et d’inclure à tout nouveau projet de loi, règlement ou politique des dispositions qui les concernent ».

Depuis plusieurs années, le gouvernement doit déjà s’assurer que ses différentes initiatives n’ont pas d’impact négatif sur l’égalité entre les sexes. Elles ne doivent pas davantage aller à l’encontre des objectifs de la loi visant à lutter contre la pauvreté. Une « clause d’impact » de ce genre serait-elle vraiment indiquée dans le cas des anglophones, qui peuvent difficilement prétendre au statut de groupe défavorisé ?

Que signifierait cela concrètement ? Les anglophones seraient-ils exemptés de nouvelles dispositions législatives ou réglementaires, comme c’est déjà le cas en matière linguistique ? Faudrait-il leur offrir davantage de services, au risque de devoir imposer davantage de bilinguisme à ceux qui les dispensent ?

Les libéraux, qui se font fort d’avoir été les instigateurs de la Révolution tranquille et d’avoir fait du français la langue officielle du Québec, n’aiment pas qu’on les présente comme le « parti des Anglais », mais les délégués au prochain congrès du PLQ risquent de s’accoler eux-mêmes cette étiquette s’ils adoptent une telle proposition.

31 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 16 novembre 2017 00 h 31

    Bravo !

    Voilà Michel David comme je l’aime.

    Clair, limpide et parfaitement logique. Un analyste capable de remonter dans le temps pour raviver notre mémoire (qui a un peu tendance à oublier les leçons du passé).

    • Robert Beauchamp - Abonné 16 novembre 2017 10 h 53

      C'est le parti des Anglais qui permet entre autre l'achat d'un droit constitutionnel permettant le passage au réseau scolaire anglais.Et tant qu'a raviver la mémoire, soulignons que le PLQ a eu dans ses rangs 2 ministres ex-conseillers juridiques d'Aliance-Québec créée pour combattre la loi 101: Thomas Mulcair et Katleen Weil. Et pour le reste nous le savons bien, rappelons-nous que les balayeurs doivent parler anglais.

    • Donald Bordeleau - Abonné 16 novembre 2017 22 h 48

      Non, mais c'est le parti de la corruption par le PLQ avec le gouvernement Couillard.

      Un air connu comme en Espagne et ici au Québec pour des pertes de 4 milliards par ans sur les contrats publics du gouvernement et des villes du Québec sous le règne du PLQ. On ne parle pas aussi des commandites pour gaspiller plus 1.2 milliards de fond public.

      De 2003 à 2012, la proximité des entrepreneurs avec les fonctionnaires des villes et des ministères ont souvent faits gonflés les coûts de 30 % pour payer la cote de 3% Trépanier et etc ... Ici il faut voir l'image ou à Laval et à MTL il a fallu plusieurs coffres forts pour ranger les millions pour la caisse Occulte.

      L'ancien intendant et trésorier du parti, Luis Barcenas, un proche de Rajoy, a déjà reconnu l'existence d'une «caisse noire» permettant de verser des compléments de salaires aux principaux dirigeants du parti. Un peu comme la caisse occulte du PLQ, dont l'argent de la corruption payait un salaire supplémentaire à Monsieur Charest pour 10 ans, soit 750,000$.

      Luis Barcenas, l’ancien trésorier du PP, le gardien d’une comptabilité parallèle présumée nourrie de pots-de-vin obtenus en échange de contrats publics. En 2013, quelques jours après que la presse publie que près de 50 millions d’euros auraient transité sur ses comptes en Suisse, Mariano Rajoy lui avait envoyé un SMS court mais éloquent : « Luis, soit fort ».

      Cette phrase a poursuivi Mariano Rajoy ces dernières années. Comme une certaine enquête Mâchurer


      En savoir plus sur

      http://www.lefigaro.fr/international/2017/07/27/01

  • Gilles Racette - Abonné 16 novembre 2017 04 h 49

    Ça fait belle lurette que c'est le cas,

    le 'liberal party' protège et courtise en effet tout ce qui bouge et grouille au Québec et même au Canada sauf leurs compatriotes francophones d'ici qu'ils prennent et ont depuis longtemps pris pour acquis et malheureusement une partie de l'électorat leur donne raison.

  • Claude Bariteau - Abonné 16 novembre 2017 06 h 12

    Le PLQ et le Canada

    Le PLQ n'est pas le parti des Anglais, mais celui du Canada au Québec. Il s'est affiché tel sous Jean Lesage en associant le transfert des points d'impôts prêtés par le Québec au Canada en 1940 à des programmes québécois réaliserant les objectifs du Canada, mais refusant une motion de René Lévesque visant à exiger plus de pouvoirs.

    Sous Robert Bourassa, il se plia aux exigences du PM Trudeau pour intervenir avec son armée, éradiquer le FLQ et cibler le PQ à peine né en 1970. Plus tard, il se ligua à la stratégie de Brian Mulronney pour modifier, symboliquement, la constitution rapatriée par le PM Trudeau, les chefs de partis canadiens et les PM des provinces de ce pays, avec l'aval de sa Cour suprême devenue son organe en 1949.

    Jean Charest, monsieur Canada de 1995, prit la direction de ce parti grâce à Jean Chrétien, guerrier de 1995 et expert en commandites et balles de golf. À la tête de ce parti, Charest s'investissa à faire monter les coûts des services pour engraisser ses « amis » et son parti et à subordonner les programmes québécois à ceux du Canada.

    Philippe Couillard, son successeur, poursuit dans cette voie avec panache et verve. Aujourd'hui, en chute libre, il cherche, désespérément comme ses prédécesseurs, à hausser la côte du PLQ après avoir chargé à la façon Trudeau et Chrétien sur le PQ, et rêve d'une alliance avec la CAQ pour finir la job canadienne du PLQ.

    Ce parti n'est pas celui des Anglais. Il est le parti du Canada qui fait tout pour que la constitution de 1982 s'applique au Québec même si le peuple québécois ne s'est pas prononcé et que son Assemblée nationale l'a rejetée, y compris le chef du PLQ de l'époque, Claude Ryan.

    En fait, ce parti est un rouleau compresseur canadien, qui a tracé la voie pour que la CAQ se comporte comme l'UN après la Deuxième Guerre mondiale en acceptant l'inacceptable avec un sourire en fleur de lys.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 16 novembre 2017 08 h 15

      Un petit "cours d'Histoire" des 75 dernières années.

      Il serait bien d'en faire... un "feuillet" de chevet...un "mantra"... pour tous ceux qui l'auraient oublié...et tous ceux qui, volontairement ou non, l'ont
      ignoré.

    • Louise Collette - Abonnée 16 novembre 2017 08 h 23

      Merci de si bien dire.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 16 novembre 2017 08 h 27

      M. Bariteau, vous dites que le parti de Philippe Couillard n'est pas le parti des Anglais, mais celui du Canada au Québec.

      Dans la langue du peuple, c’est pareil.

      Être le parti des Anglais, c’est être à la solde de l’ethnie dominante du pays; celle qui est majoritaire dans les autres provinces et celle qui est minoritaire au Québec.

      Parce que dans la langue du peuple, celle de mes voisins, celle du gars d’en face, celle de Pierre Falardeau et d’Elvis Gratton, il y a les ‘Anglais’ et il y a nous. Pas les vrais Anglais d’Angleterre, mais ceux qu’on désignait ainsi à l’epoque où nous nous définissions comme des ‘Canayens’.

      Dans son éditorial, Michel David n’accuse pas réellement le PLQ d’être le parti des Anglais. S’il avait fait cela, on l’accuserait de repli identitaire et de souffler sur les braises de l’intolérance contre une minorité vulnérable.

      En rappelant au PLQ une réputation qui lui colle à la peau, ce que fait Michel David, c’est de mettre échec et mat ceux qui, dans le PLQ, voudraient instaurer la dictature d’une minorité choyée sur une province devenue la plus pauvre du pays, grâce justement au PLQ.

      En somme, Michel David rappelle au PLQ les bases de la Démocratie et proclame qu’elles ont préséance sur les petits calculs politiques de gens dépourvus de sens moral.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 16 novembre 2017 11 h 22

      M. Bariteau, réfléchissez, l’un n’empêche pas l’autre!

      M. David a tout à fait raison, «the Liberal Party of Quebec» est bel et bien le parti des English Quebecers.

    • Serge Lamarche - Abonné 16 novembre 2017 16 h 16

      Je lis encore que «Sous Robert Bourassa, il se plia aux exigences du PM Trudeau pour intervenir avec son armée, ...». Mais non! Le PLQ a demandé au Canada de Trudeau d'utiliser l'armée et Trudeau a simplement demandé une requête écrite officielle du PLQ. Pour ce qui est du FLQ, ce n'était qu'une bande de crétins bien infiltrés par la GRC. Le FLQ et la GRC n'ont rien fait de bon pour le Québec, au contraire.

    • Claude Bariteau - Abonné 16 novembre 2017 20 h 11

      M. Lamarche, vous oubliez les pressions exercées par le bras de droit de Trudeau, un dénommé Marc Lalonde, qui avait mandat d'obtenir un accord de M. Bourassa.

    • Serge Lamarche - Abonné 17 novembre 2017 21 h 53

      Claude Bariteau, vous n'avez pas compris ce qui s'est passé à l'époque. Trudeau ne voulait pas impliquer l'armée et la lettre que Bourassa et le maire de Montréal devait signer ne servait qu'à démontrer que le Canada n'avait pas décidé d'envoyer l'armée. Faites vos devoirs et lisez ceci:
      http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/490462/octobre

  • Jean-François Trottier - Abonné 16 novembre 2017 07 h 51

    Des précisions

    M. David, je sais que vous êtes pris pour "faire" dans l'événementiel, mais tout de même...

    "protection contre ... les excès du nationalisme" : les anglais votent en bloc, tant au provincial qu'au fédéral, depuis bien avant la confédération.
    Rappelons au passage que le mouvement des patriotes de 1837 contenait en ses rangs beaucoup d'Irlandais d'origine.
    On était alors très loin du nationalisme "québécois". Parlons par contre de racisme pas larvé du tout, de nationalisme très WASP, de "bons anglos" qui civilisent les sauvages canayens et les sauvages tout court.

    Le vote anglais "contre" le nationalisme est un prétexte pour préserver les reliquats d'un esprit d'apartheid jamais totalement disparu.

    Déjà, parler du PLQ "refuge de la communauté anglophone" est pour le moins gentillet. Disons bastion, tranchée ou blockhaus si l'on veut parler de défense, mais peut-on vraiment parler de défense ? Les Anglais, par leur vote en bloc invariable, imposent à notre société un gouvernement Libéral dont la majorité ne veut pas. Il faudrait donc parler d'arme offensive, sinon au moins d'arme passive de l'ordre du boulet ou des menottes.

    Heureusement votre titre sauve les tentatives de nuances, en fait des demi-vérités, dans le texte. C'est dégueulasse mais malheureusement vrai.

    Pour ma part je suis chaque fois navré de devoir constater que la nation dont je suis a encore des comportements de colonisée. souffre toujours d'analphabétisme et d'un manque chronique de capital local.
    Chaque fois à mon grand dam mon regard ne peut que se diriger dans la même direction, celle de gens dont les ancêtres se sont comportés en sales barbares et qui pourtant se vantent encore ouvertement de leur apport à la "civilisation".

    Il y a des gens dont le droit au bonheur a été, est et sera brimé par cet état de fait, et oui, je suis en colère contre les Anglais. Oh! Rien de personnel.

    Ma colère concerce une communauté et son mythe fondateur.

    • Serge Lamarche - Abonné 16 novembre 2017 16 h 22

      Les anglais veulent leur enrichissement et la paupérisation des autres et des français. C'est là toute leur force, hormis le recours à la force. S'ils n'obtiennent pas le premier, ils auront recours au second.

  • Sylvain Auclair - Abonné 16 novembre 2017 07 h 54

    Et dire...

    que le parti libéral dérive des Rouges anti-Confédération et du Parti national d'Honoré Mercier!

    • Claude Bariteau - Abonné 16 novembre 2017 11 h 19

      Les rouges sous Antoine-Aimé Dorion s'allient au parti réformiste de la section-ouest de l'Union dont le chef, Georges Brown, devient à la tête de la « Grande collision » sous l’influence du gouverneur général, son ami, Charles Monck, le promoteur du Dominion of Canada.

      Auparavant, Dorion et Brown partageaient entendaient transformer l’Union imposée au Bas-Canada en une confédération de deux colonies partageant en commun les pouvoirs laissés à la Confédération.

      Brown changea d’idées par crainte de voir déferler des opposants comme aux États-Unis entre sudistes financés par la Grande-Bretagne et de descendants de loyalistes dans ses colonies du nord, mais aussi parce qu’il avait l’assurance de Londres que les territoires à l’ouest et les colonies des Maritimes s’associeraient au projet de Dominion of Canada chéri par les militaires, les hommes d’affaires et les politiciens britanniques.

      Pas Dorion, qui, opposé à ce projet et, revendiqua la tenue d’un référendum dans la section-est de l’Union, ce Dominion annonçait une subjugation du Québec, l’essor du milieu d’affaires d’ascendance britannique et un repli du Québec sous la direction d’un parti conservateur accoquiné au clergé et à une petite bourgeoise professionnelle.

      Peu après, le Parti rouge s’est transformé en parti libéral contre les conservateurs. Sous l’impact de la pendaison de Riel, son chef Mercier s’afficha, idem pour le chef Laurier du PLC pour la différence du Québec. Mais leurs partis étaient devenus pro-Canada et défendaient seulement la place du Québec dans le Dominion.

      Cette approche n’a pas changé. Elle s’est manifestée sous Godbout durant la Première Guerre mondiale et revint en force sous Lesage en 1960, qui, 1945 à 1958 fut député député du PLC avant de se faire élire à la tête du PLQ en 1958 pour prendre la direction du Québec alors que l'UN s'effilochait.

      Voilà une partie de l’explication.