Le jupon électoral

Quand Raymond Bachand avait proposé la nomination d’un ministre responsable des relations avec la communauté anglophone, durant la course à la succession de Jean Charest, Philippe Couillard s’y était vivement opposé, tout comme Pierre Moreau.

 

« Cela créerait des divisions au Québec sur le plan linguistique, avait déclaré le futur chef du PLQ. Je ne suis pas sûr que la communauté anglophone elle-même désire avoir un ministre. » Qu’elle le désire ou non, elle en aura un dans la personne de Kathleen Weil, qui avait été directrice des Affaires juridiques à Alliance Québec dans une vie antérieure.

 

Le premier ministre est un homme aux sincérités successives, qui a démontré sa remarquable capacité à modifier ses positions selon ses intérêts du moment. À un an de l’élection générale, ceux du PLQ exigent manifestement une exception au principe d’unité qu’il invoquait à l’époque. Maintenant que la menace d’un référendum s’est éloignée, M. Couillard craindrait-il que sa clientèle anglophone se permette une infidélité ? Son jupon électoral dépasse un peu trop.

 

Quand il avait décidé de confier les ministères de l’Éducation et de la Famille à un même titulaire, M. Couillard avait plaidé de façon très convaincante les avantages de placer sous la même autorité l’ensemble du système scolaire, de la garderie au secondaire.

 

Sébastien Proulx lui a donné raison depuis sa nomination. Sous sa houlette, les deux ministères ont manifesté une unité d’action qui faisait cruellement défaut auparavant. Malheureusement, cette double responsabilité lui aurait laissé peu de temps à consacrer à ses nouvelles fonctions de ministre responsable de la région de Québec, qui sera le théâtre principal de la grande bataille avec la CAQ.

 

Avec la nouvelle recrue Véronyque Tremblay, dont le poste de ministre déléguée aux Transports est taillé sur mesure pour préparer le terrain électoral dans la capitale, M. Proulx pourra former un redoutable tandem.


 

En principe, les mêmes impératifs électoraux auraient dû entraîner le déplacement de Gaétan Barrette, qui est certainement le ministre le plus controversé, pour ne pas dire le plus détesté de son cabinet. Si la situation du réseau de la santé s’est améliorée autant que M. Couillard a tenté de le faire croire dans son discours, on se demande bien pourquoi il a tenté de convaincre M. Barrette de déménager aux Transports.

 

Un remaniement ministériel est toujours un casse-tête. Ils étaient nombreux, particulièrement dans le milieu juridique, à souhaiter le départ de la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée. Encore fallait-il lui trouver un successeur adéquat.

 

Être avocat est un prérequis pour occuper ce poste, et les avocats ministrables n’étaient pas légion. Le passé démontre qu’il est risqué d’y nommer un néophyte. L’expérience de Kathleen Weil à la Justice a été trop douloureuse pour donner l’envie de la renouveler. Jean-Marc Fournier aurait toujours pu reprendre du service, mais le premier ministre ne pouvait pas se passer des services de son plus fidèle lieutenant.

 

Pierre Moreau aurait certainement fait l’affaire, mais l’approche de l’élection le rendait lui aussi plus utile ailleurs. Aux Ressources naturelles, il pourra mettre ses talents de politicien à contribution avec moins de retenue qu’à la Justice. Maintenant que l’essentiel du sale travail est fait au Conseil du trésor, l’aimable Pierre Arcand saura très bien gérer l’abondance.


 

Former un cabinet d’élection peut quand même avoir des effets heureux. L’insistance sur le mot « intégrité » dans l’appellation du nouveau ministère qu’on a bricolé pour Robert Poëti est un peu lourde, mais on peut espérer que ce revenant contribuera non seulement à redorer l’image du gouvernement, mais aussi à assainir les processus d’octroi des contrats publics.

 

Aux yeux de plusieurs, la nomination d’André Fortin aux Transports constitue la plus grande surprise du remaniement. Il est vrai que des titulaires plus aguerris s’y sont cassé les dents, mais le simple fait que M. Fortin s’en occupera à temps plein constitue déjà une bonne nouvelle et on imagine difficilement qu’il puisse faire pire que Laurent Lessard, nettement plus à l’aise à l’Agriculture.

 

Luc Fortin est un bon choix à la Famille. Il est simplement regrettable de voir quitter le ministère de la Culture un homme qui a manifesté dans le dossier de Netflix une détermination dans la défense de la création culturelle québécoise à laquelle ses prédécesseurs ne nous avaient pas habitués.

 

Isabelle Melançon et Marie Montpetit contribueront elles aussi à ce vent de fraîcheur dont les libéraux ont cruellement besoin après 15 ans de pouvoir, mais il est difficile de comprendre pourquoi on a tenu à inverser les rôles. Tout dans le passé de Mme Melançon la destinait à la Culture, comme celui de Mme Montpetit l’avait bien préparée à l’Environnement.

 

Si M. Couillard a pour principe qu’il est bon de sortir un ministre de sa zone de confort, le cas de Gaétan Barrette démontre à quel point sa géométrie est variable.

  • Normand Carrier - Abonné 12 octobre 2017 06 h 39

    Remaniement strictement électoraliste .....

    ¨ Monsieur Couillard est un homme aux sincérités successives qui a démontré sa remarquable capacité a modifier ses positions selon les intérêts du moment ¨
    Comment il pourra reprocher a J-F. Lisée de jouer les tacticiens et pondre de nouvelles idées ? Les positions de Couiullard changent selon le grée du vent et ses pirouettes sont de plus en plus fréquentes avec la proximité des élections .....Ses virages sur la commission d'enquête sur le racisme systémique en sont un bel exemple .....

    Dans le but de regagner Québec et la région , son tamdem Proulx-Tremblay va en promettre des bonbons électorals ... La CAQ qui croyait avoir Québec sur un plateau d'argent , va connaitre des désagréables surprises et compromettre ses chances de grand succès ...

    Il faudra s'attendre a une lutte a trois ou chacun aura des chances ou l'organisation sur le terrain sera importante ... Tout ceci pour nous donner un gouvernement minoritaire qui ira au chef qui fera la meilleure campagne électorale et se démarquera lors des débats ....

    • Madelaine Drolet-Savoie - Abonnée 12 octobre 2017 18 h 01

      C'est déjà du réchauffé. Ces analyses se répètent à la vitesse des mass medias et réseux sociaux, avec le même angle de mémérage des journalistes, selon leurs surprises, attentes, leur choix de remaniement.

      Pourquoi se limiter à ce jeu superficiel ? Après avoir constaté l'évidence choquante de ce PM si ouvertement obnubilé par sa ré-élection et à ses petits soldats diriigés dans ce sens unique, de même qu'aux autres politiciens qui visent ce même objectif de gloire et pouvoir personnel, pourquoi ne pas leur dire haut et fort à ce que les électeurs veulent? Et ce qu'ils feront pour l'atteindre?

      Il me semble que c'est simple pour ces journalistes de parler de justice sociale, non ? L'égalité, c'est que tous les citoyens et compagnies du Québec paient des impôts selon leur revenus. Ont-ils la volonté de bloquer les évasions fiscales ? Que tous, Netflix compris, paient les mêmes taxes à la consommation. Les électeurs savent bien que ce sont eux qui les paieront, et ils sont prêts à le faire. Le problème est de voir le gouvernement plier au chantage de certains et accorder des exemptions dont les motifs, par ex deTrudeau ne tiennent pas la route.

      Mëme raisonnement pour notre Trump Québécois. À part avoir fouté le bordel avec ses réformes impulsives et contradictoires dans le réseau de la santé, coupé honteusement des budgets et des centaines de postes en hôpitaux, CLSC, CHLSD, comme si les malades n'en souffiraient pas et ne seraient pas privés de services, accordé des augmentations inqualifiables aux médecins, sans amélioration dans les listes d'attentes partout, manipulé les statistiques qui ne changent pas la réalité, pourquoi le gouvernement, qui sait tout cela, en a-t-il peur? Il fera sa crise de prima donna et après ?

      Les électeurs attendent aussi la gestion rigoureuse, la transparence.
      Et les journalistes pourraient en parler longtemps.

      M.D. Savoie, abonnée

  • Gilbert Turp - Abonné 12 octobre 2017 07 h 15

    Couillard est un caméléon

    Il prend la couleur du siège sur lequel il s'asseoit.

    Comme le dit si bien Monsieur David, il ajuste son discours selon ses intérêts du moment.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 12 octobre 2017 07 h 57

    Quand la soupe est passée date

    le chef aura beau y ajouter quelques rares épices ,pas grand monde en voudront
    sauf en se pincant le nez tres fort et encore ....

  • Claude Gélinas - Abonné 12 octobre 2017 08 h 39

    Mise en scène ou spontanéité ?

    Étonnament, je ne sais pas pourquoi, les applaudissements nourris et enthousiastes de la députation libérale voire les cris de certains lors du remaniement ministériel semblaient étudiés comme si un meneur de claques avaient entraïné les élus dans cette voie de l'improvisation.

    À la veille du rendez-vous électoral cette mise en scène si peu naturelle accompagnée d'un débordement de joie excessif rendait même mal à l'aise un PM maître de ses émotions et reconnu pour son manque d'intelligence émotionnelle.

    Par contre, ce remaniement ne restera pas dans les mémoires comme un acte de courage alors que certains ministres ont démérité et auraient dû retourner sur les banquettes arrières.

  • Serge Picard - Abonné 12 octobre 2017 08 h 56

    Weil responsable de la commission sur le racisme systémique.
    Kathleen Weil ministre de l'immigration du Parti Libéral du Québec ancienne conseillère juridique et directrice d’Alliance Québec adversaire acharnée de la loi 101 qui est pour le bilinguisme intégral au Québec mais accepte l'unilinguisme anglais dans le reste du Canada et elle nous fait la moral sur l'ouverture et l'inclusion au Québec.
    Mme Weil fait parti de la communauté anglophone qui a votée à 95 pour cent contre la souveraineté du Québec et les aspirations légitimes de la nation Québécoise lors du dernier référendum.
    Voilà une forme de racisme systémique.