Un dîner entre amis

La veille du 14 Juillet, je me suis retrouvé près de la tour Eiffel, confronté à des barrières et à de nombreux policiers et soldats en préparation pour la visite de Donald Trump. Ma présence à Paris le même jour que le président américain était un pur hasard, mais je me suis quand même senti poursuivi par ce fou furieux qui domine l’attention des médias et une grande partie du public mondial. Ne pouvais-je pas éviter Trump et ses conneries, même de l’autre côté de l’océan Atlantique ? Énervé, j’ai commencé à m’interroger sur le caractère du nouveau président français, Emmanuel Macron. Pourquoi a-t-il invité ce voyou déguisé en chef d’État, qui bouscule ce quartier longtemps habité par ma famille du côté maternel, et dans quel but ? Qu’est-ce qui lui a pris ?

 

En tant que Franco-Américain avec la double citoyenneté, je subissais une double humiliation. Déjà, l’idée de Trump à table bouffant la haute cuisine d’Alain Ducasse (ou plutôt assis, comme je l’imaginais, devant une auge remplie de bifteck trop cuit) pas loin de chez moi m’a dégoûté, même si c’était dans un contexte diplomatique en dehors de mon milieu. Il est vrai que le restaurant Jules Verne n’est pas mon bistrot du coin, mais la corruption de cet homme se sent même de très loin.

 

Pires cependant étaient les absurdes constats de Macron, soi-disant symbole d’une France en plein renouvellement, pour justifier la visite du président américain. J’avoue ne pas être un admirateur de mon autre président, mais je compte sur un chef d’État français, en principe conseillé par un excellent corps diplomatique, pour tenir tête en temps de crise au nom de la civilisation. Cela fait partie de ma fierté française.

 

Et voilà que j’ai lu les journaux et regardé la télévision pour mieux m’informer sur cette manifestation de realpolitik surréelle. Commençant par Le Figaro et Le Monde, j’ai appris par les titres que « Macron veut sortir Trump de l’isolement » (Figaro) et encore que « Le président français veut sortir son hôte de son isolement international » (Monde). Là, il y avait de quoi avoir de sérieuses craintes. Voudrait-on vraiment que Trump « sorte de son isolement » ? L’isolement me semble exactement ce qu’il faut prôner à l’égard de Trump. Dans le cas le plus effrayant, c’est un sociopathe dangereux (possédant toutefois un talent extraordinaire pour exciter la foule) qui mérite d’être enfermé, un peu comme le marquis de Sade. Les psychologues peuvent être en désaccord sur le bon traitement, mais, à mon avis, le mieux serait de répondre à la grotesque conduite de Trump d’une part avec force, d’autre part avec indifférence. Parfois, il faut gueuler à l’ado difficile : « Range ta chambre avant de t’asseoir à table ! » ; d’autres fois, il est plus efficace de dire calmement : « Reste dans ta chambre. Tu es trop mal élevé pour dîner avec des adultes ».

 

Toute sa vie, Trump a eu un besoin maladif d’être remarqué, d’être le centre du spectacle. Malgré ses injures contre le New York Times et CNN, il ne peut pas s’en passer. Si les médias, ainsi que la classe politique, ignoraient cet homme désagréable, on retrouverait un grand gamin plus docile et maniable, avec une énorme envie de plaire aux gens importants. Macron a fait exactement le contraire, ce qui va enhardir Trump dans sa méchanceté.

 

Il semble que Macron soit non seulement faible en psychologie élémentaire, mais aussi au sujet de l’histoire de son propre pays. « Nos deux nations sont alliées depuis toujours », a-t-il déclaré à la conférence de presse commune. Comment ? Quoi ? Macron est jeune, mais il devrait quand même se souvenir de la rupture entre Paris et Washington lors de l’invasion imminente de l’Irak en 2003. En outre, son épouse — « flattée » par Trump pour être « en si bonne forme physique » — est assez âgée pour rappeler à son mari le fameux discours de Charles de Gaulle à Phnom Penh en 1966, qui dénonça l’intervention américaine en Indochine, ainsi que la décision par le président français, dans la même année, de retirer la France de la structure militaire de l’OTAN.

 

Néanmoins, comme Macron l’a confié au Journal du dimanche, le dîner des couples dans un restaurant une étoile au-dessus de Paris a été organisé « pour donner un visage ouvert et attractif de Paris, de notre pays et de son économie ». Pour un homme aussi ignorant du monde que Trump, je suis certain que c’était édifiant. Pour Macron, peut-être moins, se retrouvant dans un grand restaurant vidé de clients à part les deux couples et le personnel, assis en face d’un vilain qui a fait des remarques vulgaires, à voix haute, à sa femme. En fait, le plus horrible serait ceci : lorsque Macron a annoncé qu’il s’agissait de « dîner entre amis », il disait la vérité !

11 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 7 août 2017 07 h 30

    Pas toujours premier!

    Macron était un premier de classe. Il ne faut pas en conclure qu'il sera le premier en politique inérieure et internationale. Il me semble avoir commis un sérieuse erreur de jugement en recevant (avec chaleur) Trump pour le 14 juillet. Mais ces deux hommes semblent se rejoindre au plan des égos, voire ils sont gros.


    Michel Lebel

  • Cyril Dionne - Abonné 7 août 2017 07 h 52

    Ils ne sont plus la conscience du monde

    « Le président français veut sortir son hôte de son isolement international » (Monde).

    L’Amérique de Trump, comme pour la plupart des Américains, prônent la politique isolationniste. C’était vrai au 20e siècle et c’est encore vrai aujourd’hui. Bien oui, la politique mondialiste du libre-échange a tellement bien fonctionné pour le 1% que la classe moyenne américaine s’est retrouvée sans travail.

    Macron n’est qu’un opportuniste dirigé par les riches et puissants néolibéralistes de ce monde pour faire obstacle à l’émancipation financier du 95%. Il représente l’establishment avec ses politiques libre-échangistes qui ne fait qu’appauvrir la masse. Il va échouer, terriblement échouer parce la France se dirige vers un cul-de-sac économique puisque c’est un des pays les plus endettés de la planète. C’est pour cela que Macron fait des beaux yeux à Trump.

    La France, depuis plus d'un siècle, vit sur ses lauriers. Comme ils le disent, il n’y a plus rien de nouveau sous le soleil dans le pays qui a vu naître Voltaire, Charles de Gaulle, Louis Pasteur, Victor Hugo, Molière, Émile Zola, Jean Moulin, Antoine de Saint-Exupéry, Simone Signoret, Alexandre Dumas, Honoré de Balzac, Claude Monet et Jean-Jacques Rousseau. Triste constat.

    Les États-Unis d’Amérique sont de retour n’en déplaise à une certaine classe mondialiste privilégiée. Et ce sera l’Amérique des Américains, par les Américains et pour les Américains. Ils ne sont plus la conscience du monde.

  • Jean-François Trottier - Abonné 7 août 2017 08 h 00

    Les trois singes

    M. MacArthur a critique le président français mais il ne pourrait trouver une seule "bonne" chose à faire en présence de Trump, et pour cause.

    Le trouble de personnalité narcissique du Monsieur en question en fait une arme tout autant insidieuse qu'explosive. La principale manifestation de cette "façon de ne pas être" est la création d'un malaise perpétuel dans l'environnement.
    En fait il n'y a pas moyen d'y échapper.

    Or, les USA restent le pays le plus puisant du monde, à tout point de vue. Commerce intérieur et extérieur, puissance de l'armement, investissements étrangers et même investissements de l'étranger chez soi, les USA sont toujours en tête de liste.
    On ne peut passer à côté et il est absolument impossible d'être "bien" avec Trump.

    Je souris, je l'approuve. Je grimace, je l'imite! Je reste impassible, je le soutiens en douce. Je parle, je suis interprété. Je me tais, encore j'approuve. Et si je l'engueule, je suis un imbécile de ne pas au moins essayer de le manipuler.

    Même les trois singes, chacun se bouchant un sens, n'y trouvent pas leur compte. Tous coupables.

    Le monde est en général dirigé par des névrosés qui manquent d'imagination et qui pensent en fonction de leur statut. Toutefois se glissent (très) souvent des sociopathes incapables de penser au bien public, plus rarement des psychopathes aux prises avec un mythe intérieur qui oblitère la réalité.
    Mais les troubles de personnalité!! Ils ne vivent pas, ils volent leur existence à la présence des autres. Ce sont de très grands malades qui, tous, font de leurs proches des cloches.

    Ceci s'applique parfaitement à Trump. Il ne peut pas survivre dans un environnement de bonne entente. Son existence est en jeu dès lors. Il est inteligent et trouve toujours le bon mot pour faire réagir son entourage à la limite du tolérable. Les plus près sont les plus rabaissés comme on le constate chaque jour.

  • Claude Gélinas - Abonné 7 août 2017 08 h 42

    Flagornerie du président Macron !

    Comment expliquer autrement que par la flagornerie que le Président français ait décidé de faire passer le Président américain de l'ombre à la lumière et ce, malgré son rejet honteux de l'accord de Paris sur le climat.

    Un véritable soufflet aux dirigeants des 159 pays signataires de l'accord qui eux le respecte sans oublier les membres des associations environnementales de ces pays.

    Une décision à courte vue alors que peu de pays démocratiques souhaitent la visite de ce Président atypique adepte des tweets vengeurs.

    Se pourrait-il que cette décision controversée explique en partie la baisse de 10 % du nouveau Président dans les sondages.

    Quant aux qualificatifs utilisés par John R. MacArthur pour décrire ce Président narcissique et menteur pathologique ils démontrent la honte de l'auteur et de nombreux américains d'être représentés par ce Président mégalomane et ignare.

    Un grossier personnage démagogue dont le Président français devrait garder en mémoire qu'il n'a pas d'amis.

    Que des parents et des associés d'affaires et des milliardaires cupides dont il aime s'entourer !

    Il appert que lors de ce repas après avoir consulté le menu le Président aurait exigé de se faire livrer un hamburger.

    Quant aux conversations, celles-ci ne devaient pas voler très haut. Il est raisonnable de penser que le président français et sa conjointe amoureux de la philosophie, des arts et des lettres devaient être soulagés lors du départ du président américain. Le vide absolu d'un Président dont le vocabulaire se limite à 100 mots qui n'aime ni la lecture, ni la musique, ni les arts et dont l'appartement de New-York comprend une bibliothèque avec de faux livres et dont les murs sont décorés de faux tableaux.

    • Pierre Raymond - Abonné 7 août 2017 13 h 36

      « Un grossier personnage démagogue dont le Président français devrait garder en mémoire qu'il n'a pas d'amis.

      Que des parents et des associés d'affaires et des milliardaires cupides dont il aime s'entourer ! » C. Gélinas

      En général, ces gens « doivent acheter » leur entourage et pourquoi croyez-vous ?

  • Raymond Vallée - Abonné 7 août 2017 09 h 16

    Plus ça change...

    L'esprit de Pétin vit toujours.

    • Pierre Robineault - Abonné 8 août 2017 17 h 51

      À mes yeux, votre commentaire vient de remporter le premier prix!