Encore une fois, ceux qu’on disait apathiques et désabusés, perdus dans leur téléphone et leurs désirs de consommation, nous auront étonnés. À nouveau, les jeunes se sont levés comme un seul homme (ou femme) pour suivre le plus curieux des prophètes dans le désert politique de ladite gogauche, redonnant espoir là où il n’y en avait plus beaucoup, là où le mot « socialisme » ne fait ni rire ni grincer des dents.

 

Après l’ineffable Bernie Sanders, 75 ans, au tour aujourd’hui du sexagénaire avancé et végétarien notoire Jeremy Corbyn, chef mal aimé du Parti travailliste britannique, de jouer l’improbable héros. Interrogé sur ses intentions de mener son parti vers la terre promise, en commençant par la prise éventuelle du pouvoir, M. Corbyn, 68 ans, a dit : « Mais regardez-moi, j’ai la jeunesse de mon côté. » Effectivement, pas moins de 72 % des 18-25 ans et 63 % des 25-34 ans auraient voté, jeudi dernier, pour celui dont les initiales se prêtent à merveille aux slogans électoraux : « J. C. for PM ».

 

Il y a d’autres exemples de partis de gauche ragaillardis par les 120 volts des générations plus jeunes : le succès de Jean-Luc Mélenchon et de ses Insoumis lors de la présidentielle française et, bien sûr, la montée impressionnante de Québec solidaire depuis l’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois. Or, où qu’elle se trouve, cette jeunesse-là carbure aux mêmes idées : la gratuité scolaire, la défense de l’environnement, la fin des inégalités sociales et la diversité culturelle.

 

Autant de raisons de s’interroger sur le peu de cas qu’a fait le Conseil national du PQ, dimanche dernier, aux propositions de Paul St-Pierre Plamondon. L’ambassadeur officiel des moins de 40 ans plaide depuis longtemps pour plus de jeunes et plus de diversité, ni l’un ni l’autre ne constituant un réflexe très naturel au sein du Parti québécois. Mais une intervention assassine de la part d’une jeune femme d’origine haïtienne, Marie Imalta Pierre-Lys, une personne qui en son seul sein englobe trois des aspects tant recherchés (la femme, la jeunesse, la diversité), aurait mis en charpie ces bonnes intentions.

 

« Avant tout, je me considère comme une Québécoise. […] Je ne veux pas être favorisée parce que je suis Noire », affirmait-elle devant l’assemblée. Quiconque a déjà vécu ce genre d’appel à la transcendance — surtout, ne nous enfargeons pas dans le menu détail de nos différences, unissons-nous dans cette grande matrice qui nous rassemble tous ! — sait à quel point l’argument, d’apparence massue, a le don d’embrouiller les esprits et, parfois, de démobiliser les troupes.

 

Combien de fois n’a-t-on pas entendu, lors des premières assemblées féministes, « nous ne sommes pas des hommes et des femmes, nous sommes tous des êtres humains » ? Ça s’appelle l’art de noyer le poisson, quand c’est précisément du poisson qu’il faudrait parler. C’est vouloir se hisser au-dessus de la mêlée pour ne pas reconnaître qu’on n’est pas encore là où on voudrait être, pour ne pas se voir en pauvre victime. Si ça se comprend tout à fait comme réflexe, c’est de la bouillie pour les chats comme argument. Jean Chrétien, lui, nous a servi un autre exemple de cette mentalité de colonisé lorsqu’il lança, fameusement, aux abords du référendum de 1980 : « Nous ne sommes pas des francophones ou des anglophones, nous sommes tous des Canadiens. »

 

À partir de ce moment-là, tout le monde a compris le gros sapin qui se cachait dans de telles plaidoiries. Dommage qu’aucun des 400 délégués au Conseil national du PQ n’ait pu s’en souvenir. Dommage, surtout, que ce soit une jeune femme d’origine haïtienne qui ait fait la besogne du maître, mieux encore que le maître lui-même, en ramenant le statu quo mine de rien. Sans douter un instant de ses bonnes intentions, c’est à la fontaine de ses différences et de ses difficultés à elle, comme femme, comme Noire, que l’assemblée devait boire, plutôt que de donner l’impression d’un progrès, somme toute, superficiel.

 

Si Bernie Sanders et Jeremy Corbyn sont devenus aujourd’hui des héros de la scène politique, c’est précisément en refusant d’apaiser les mauvaises consciences, en refusant les compromis douteux et le statu quo. Avis aux intéressés.

46 commentaires
  • Michel Blondin - Abonné 14 juin 2017 01 h 10

    Le monde des groupes!

    Je vais partir un groupe de défense des droits des personnes de 60 ans et plus. Il y a une forme de discrimination envers les « vieux ». Ils sont la majorité de la population, les plus pauvres, les plus instruits, les plus mal servis par les hôpitaux et les plus mal vus par la peau plissée et les bourrelets à la mauvaise place.

    Nous réclamerons la majorité des candidatures pour occuper les sièges des partis politiques et décider du sort de la nation. Après tout nous sommes les plus expérimentés !
    Et tant qu’à faire les hommes de 60 ans et plus sont minorisés et moins nombreux dans ces vieux. Alors, je devrais partir un groupe de soutien moral à cette minorité et demanderai des postes réservés pour ces minoritaires.

    Et tant qu’à faire, j’aimerais bien que les gens qui jouent du piano, parmi ces vieux et de ces hommes soient organisés en groupe de pression pour préserver la dextérité de la main droite. Et donc en organisant un groupe de pression, on va avoir des rabais pour les crèmes...

    Il semblerait que les citoyens sont tous égaux en droit. Pour en recevoir plus, je me diviserai en plus petit groupe. Je recevrai plus de droit que le tout un chacun!

    Merci de la leçon! Il y a deux cents langues parlées au Québec. Ça me donne des idées!

  • Nadia Alexan - Abonnée 14 juin 2017 01 h 12

    Pourquoi souligner nos différences au lieu d'accentuer nos ressemblances?

    On peut refuser le status quo sans s'enfarger dans la mesquinerie de la victimisation.
    Madame Marie Imalta Pierre-Lys a eu la sagesse de mettre la citoyenneté au-dessus de l'ethnicité et de la race, «Avant tout, je me considère comme une Québécoise. […] Je ne veux pas être favorisée parce que je suis Noire », affirmait-elle devant l’assemblée.
    Et elle avait raison. Pourquoi souligner nos différences au lieu d'accentuer nos ressemblances? Nous sommes d'abord et avant tout des citoyens/citoyennes. Le communautarisme et la ghettoïsation ne sont pas propices à l'intégration. Oui, à la gratuité scolaire, la défense de l’environnement, la fin des inégalités sociales, mais laissons de coté la diversité culturelle qui divise au lieu de réunir.

    • Benoit Toupin - Abonné 14 juin 2017 10 h 11

      Il y a des ornières que Mme Pelletier n'arrivent pas à quitter... La vertu d'un coté et le procès d'intention de l'autre...

      Mme Pelletier nous dit...

      "Autant de raisons de s’interroger sur le peu de cas qu’a fait le Conseil national du PQ, dimanche dernier, aux propositions de Paul St-Pierre Plamondon. L’ambassadeur officiel des moins de 40 ans plaide depuis longtemps pour plus de jeunes et plus de diversité, ni l’un ni l’autre ne constituant un réflexe très naturel au sein du Parti québécois."

      Sur quelle base peut-elle affirmer pareille baliverne; oui "baliverne" parce que les faits disent autres choses; 19 des 20 propositions de Monsieur Paul St-Pierre Plamondon ont été acceptées en congrès spécial; des porpositions concernant des mesures concrètes sur l'intégration et une chance égale pour tous.

      Mme Pierre-Lys aurait fait la besogne du maitre... Et si elle avait parlé avec son coeur, Mme Pelletier...

      Pour ce qui est du "réflexe pas très naturel du Parti Québécois", quelle belle manière d'entrenir les préjugés et les doutes alors que les membres en congrès ont endossé toutes ces mesures d'égalité pour tous et que Monsieur Lisée, il y a quelques mois, pproposait 21 mesures concrètes en faveur de la diversité dans l'emploi.

      Oui le PQ cherche le juste équilibre entre la valorisation de notre culture commune fondée sur la résilience de nos ancêtres et l'intégration citoyenne de tous ceux qui se sont joints à notre nation; une chance égale pour tous est toujours une préoccupation de premier plan pour le PQ. Défendre cette équilibre n'est pas opposer l'un à l'autre; parler de ce que nous sommes avec enthousiame est nécessaire à l'intégration citoyenne de tous sans exceptions.

      Malheureusement, le sens critique ne s'applique pas toujours avec justice et rigueur; à cet égard, il m'arrive de croire que certains chroniqueurs portent selon le sujet des lunettes à oeillères pour certains et des lunettes roses pour d'autres.

    • Pierre Robineault - Abonné 14 juin 2017 10 h 31

      Merci à vous, monsieur Blondin, madame Alexan, et à vous aussi monsieur Toupin, vous me confortez dans ma décision de ne plus jamais lire cette chroniqueuse qui n'a d'égale qu'elle-même. J'ai en horreur toute forme de mauvaise foi, en particulier dans le cadre d'une chronique chronique (sic). Mieux vaut se nourrir aux commentaires tout azimut pour que la réflexion puisse faire progresser les idées, du moins dans ce cas-ci!

    • Jacques Lamarche - Abonné 14 juin 2017 11 h 36

      Merci! Je ferai de même! Juré, craché! Je ne vois aucun intérêt à lire madame Pelletier!

  • Carl Pruneau - Abonné 14 juin 2017 01 h 12

    Un peu de bonne foi est de mise

    Pourquoi jouer les empêcheurs de tourner en rond? Pourquoi n’avoir retenu que l’unique proposition écartée par les délégués du Parti québécois dimanche dernier? J’ai eu la chance de discuter avec M. Saint-Pierre Plamondon après le congrès de dimanche et il était pas peu fier d’avoir fait adopter 20 de ses 21 propositions. Quatre autres propositions concernant les minorités ethnoculturelles ont été retenues, notamment en ce qui a trait à leur représentativité dans la fonction publique. Un élément «bien plus important» pour paraphraser Patrick Lagacé, chroniqueur à La Presse.

    Autre réussite de Paul Saint-Pierre Plamondon (et de ses collègues) : avoir rajeuni de beaucoup le membrariat du Parti québécois. Un peu moins de la moitié des délégués du congrès de dimanche étaient âgés de 40 ans et moins.

    Vous citez Québec solidaire comme point d’attrait pour la jeunesse politisée québécoise? Il y a plus de membres jeunes au PQ qu’il n’y a de membres en tout chez Québec solidaire. D’ailleurs, faut-il le souligner, les dernières statistiques nous apprennent que l’âge moyen des membres du parti de Manon Massé n’est que de deux ans inférieur à l’âge moyen du parti de Véronique Hivon.

    Soyons honnêtes. Une simple vérification des faits ne soutient en rien vos conjectures. Il faudrait bien, un jour, privilégier les faits aux opinions.

    • Gilles Théberge - Abonné 14 juin 2017 09 h 06

      Madame pelletier a un agenda .

      Postillonner sur le PQ au moins une fois par semaine.

      Je m'attendais ce matin à ce qu'elle nous parle de ces pauvres anglophones qui sont sur le point d'être assimilés dans le régions périphériques du Québec.

      Ça c'est grave et c'est sérieux au point où Couillard et Fournier on écrit à Joly là-dessus.

      Hé, pas de chance, on a eu droit à une autre diatribe sur le PQ.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 juin 2017 14 h 45

      Madame Pelletier jongle avec les mots, les idées et les scènes pour faire du cinéma plutôt que de présenter des analyse qui tiennent la route.

      Son statut de chroniqueuses attitrées le lui permet, d'autant plus qu'elle cherche à soulever l'attention et attirer les lecteurs, question de hausser la lecture du Devoir.

      Sous cet angle, elle réussit. Par contre, sa réussite a pour effet de banaliser les analyses sérieuses autant de ce qui a cours au Québec, en Grande-Bretagne, en France et aux États-Unis.

      La seule consolation qui me vient à l'esprit est qu'elle demeure discrète sur ce qui se passe ailleurs dans le monde, parce ce serait plus biscornu.

  • Paul de Bellefeuille - Abonné 14 juin 2017 06 h 41

    Quel mépris!

    Vous déclarez dans votre texte:

    "Dommage, surtout, que ce soit une jeune femme d’origine haïtienne qui ait fait la besogne du maître, mieux encore que le maître lui-même, en ramenant le statu quo mine de rien. Sans douter un instant de ses bonnes intentions, c’est à la fontaine de ses différences et de ses difficultés à elle, comme femme, comme Noire, que l’assemblée devait boire,..."

    À lire ce passage de votre texte, on croirait vivre en plein esclavagisme. Et vous appliquez bêtement une grille d'analyse intersectionnelle pour définir la réalité de cette femme. Réalité d'elle-même qu'elle ignore bien entendu mais que vous vous acharnez, en bonne détentrice de la vérité sur son aliénation, à lui démontrer. Heureusement elle parle d'elle-même sans vous avoir demander votre épaule compatissante et ...Solidaire!

    • Hermel Cyr - Abonné 14 juin 2017 09 h 32

      C'est plus du paternalisme de rédemption que du mépris, mais ça se ressemble.

      Pour Mme Pelletier, comme pour les tenants de la pensée postmoderne, la société civile n’est pas composée de citoyens égaux, mais de races, de croyances, d'une foule de "différences" qu’il faut valoriser, victimiser pour mieux montrer notre charité et notre ouverture. C’est une pensée de la rédemption, culpabilisante pour les « maîtres » que sont les sociétés occidentales. Les Occidentaux portent le péché de la colonisation et de la domination, une tare historique indélébile. C’est une sorte de théologie du péché originel que nous sermonne semaine après semaine Mme Pelletier. Selon la théogonie postmoderne, les minorités doivent être nécessairement des victimes, c'est leur essence, et elles doivent jouer leur rôle.

      Qu’une femme noire refuse son rôle de victime et veuille assumer sa majorité et son appartenance à la société globale en tant que citoyenne comme tout le monde, est pour Mme Pelletier et cette gauche paternaliste une sorte de dérive inconsciente. C’est se plier aux vues de ses « maîtres ».

      Tout ce discours tient d’un vieux fond paternaliste qu’ont toujours porté la gauche colonisatrice et le mouvement missionnaire du 19e siècle.

      C’est ce que j’appelle l’idéologie des dames patronnesses : « ne touchez pas à mes pauvres, et surtout laissez-les dans leur condition sinon à qui pourrais-je démontrer ma charité? »

    • Nadia Alexan - Abonnée 14 juin 2017 11 h 14

      À Monsieur Hermel Cyr: Merci pour une superbe analyse que j'ai beaucoup aimée, surtout votre thèse de la «théologie du péché originel!»

    • Marc Therrien - Abonné 14 juin 2017 18 h 20

      @ M. Cyr,

      Je reconnais un peu de Nietzsche en cette façon que vous avez de démasquer la moraliste en déconstruisant le discours de ses bons sentiments qui lui-même visait semble-t-il à déconstruire la bonne volonté de transcendance exprimée par madame Pierre-Lys.

      Même qu’en méditant ce passage de son texte:"C’est vouloir se hisser au-dessus de la mêlée pour ne pas reconnaître qu’on n’est pas encore là où on voudrait être, pour ne pas se voir en pauvre victime", je dirais plutôt qu'il s'agit de détordre son refus tordu de la volonté de transcendance de Madame Pierre-Lys et de sa capacité de s’auto-déterminer.

      Ainsi, pour Madame Pelletier, l’appel à la transcendance « a le don d’embrouiller les esprits et, parfois, de démobiliser les troupes » qui pourraient ainsi décider de ne pas se réfugier pas avec elle dans l’illusoire consolation d’une autre réalité à venir, idéale, dans laquelle elles seront plus heureuses et pour laquelle il faut continuer le combat.

      Marc Therrien

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 14 juin 2017 07 h 15

    Même pas subtile

    Dans votre article, vous parlez de Bernie Sanders et de Jeremy Corbin. On se demande où vous voulez en venir.

    Oui, ils ont inspiré la jeunesse et là... vous nous faites une entourloupette pour descendre une femme qui souhaite sortir de cette confrontation homme-femme que beaucoup de féministes québécoises ont alimenté depuis les années soixante.

    Et vous en profitez pour descendre les délibérations du PQ sur un sujet délicat qui mérite réflexion dans son implantation. Le PQ aurait pu se garrocher tête baissée dans des déclarations de bonnes intentions qui ne voudraient rien dire. Il a, semble t-il, choisi de cheminer prudemment, refuser de faire des promesses qu'il ne pourrait tenir par cause de la réalité politique.

    On dirait que le phénomène du twittage amène de plus en plus de gens à couper les coins ronds et à simplifier le complexe comme c'est possible de le faire dans la réalité virtuelle avec quelques pressions sur un clavier.

    Mais la réalité, elle est où là-dedans?