Extrémisme islamique

« Les choses doivent changer, assez c’est assez ! » Dans sa réaction à l’attentat de samedi soir perpétré par des tueurs qui criaient « C’est pour Allah ! » en enfonçant leurs couteaux, Theresa May, chef de gouvernement en campagne de réélection, a désigné « l’extrémisme islamique » par son nom.

Elle l’a fait avec une clarté explicite rare chez un chef de gouvernement occidental : « Il y a beaucoup trop de tolérance envers l’extrémisme dans notre pays. Nous devons être beaucoup plus déterminés à l’identifier et à l’éradiquer […] dans toute la société. »

Pour vaincre cet extrémisme, il faut selon elle attaquer de front le communautarisme, aussi appelé « multiculturalisme » sous d’autres cieux… Communautarisme à l’abri duquel se développent, dans une extraterritorialité de facto — facilitée par les nouvelles technologies —, des organisations, des idéologies « étrangères à nos valeurs démocratiques ».

Quant à l’argument classique d’un Jeremy Corbyn, leader travailliste, selon lequel la cause du terrorisme est d’abord sociale (« les inégalités, le racisme, la discrimination ») et géopolitique (« l’impérialisme, le colonialisme, les interventions en Irak ou en Libye »), il comporte sans doute un fond de vérité… mais de nombreux cas concrets le contredisent.

Par exemple, l’origine relativement aisée de plusieurs jeunes djihadistes, et l’importance explicite de l’idéologie dans leurs motivations. Même s’il s’agit d’une version tordue (ou ignorante) de l’islam, le point commun est là : il relie tragiquement le Bataclan, Bruxelles, l’aréna de Manchester et les deux ponts de Londres.

Si les djihadistes de Syrie (ou bientôt, peut-être, de Libye) ne font qu’inspirer de loin ces actions, en récupérant dans des déclarations opportunistes les initiatives de « loups » plus ou moins solitaires, le lien idéologique entre les voyous de Manchester ou de Molenbeek et le wahhabisme né en Arabie saoudite (en passant par les foyers violents de Raqqa ou de Mossoul), ce lien existe.

Et puis, comment répondre à cette déclaration du groupe État islamique, datée de juillet 2016 : « Même si vous arrêtiez demain de nous bombarder, de nous emprisonner, de nous diffamer, de nous voler nos terres, nous continuerions de vous haïr, parce que la principale raison de notre haine ne disparaîtra que le jour où vous deviendrez musulmans. »

 

Dans sa déclaration, Theresa May a attiré l’attention sur la nécessité, au-delà des déploiements policiers sans cesse accentués, au-delà des gardes à vue prolongées, au-delà de la « société de surveillance » engendrée par le déploiement sans précédent du renseignement, de mener la lutte idéologique à l’islam radical.

Pour ce faire, elle a évoqué la responsabilité des géants que sont « les grandes compagnies qui fournissent des services sur Internet » (Facebook, Google…) dans la dissémination des idéologies mortifères, et le besoin de les contrôler. Car cette bataille idéologique, c’est aussi une bataille du cyberespace. Vaste question sur laquelle planchent des armées de législateurs, d’avocats, d’éthiciens… Censure ! Contrôle des esprits ! Atteinte à la vie privée !

Mais le fait est que les technologies modernes, qui sont sans frontières — Internet, les réseaux sociaux, mais aussi la télévision satellitaire —, permettent à des communautés locales reconstituées de vivre comme si elles étaient physiquement, psychologiquement, idéologiquement étrangères à leur pays d’accueil.

Et ça, pas besoin d’aller à Birmingham ou à Manchester pour le constater. Car la maturation d’idéologies mortifères et terroristes, ce n’est peut-être qu’un cas particulier d’un problème plus large : celui de la rupture du lien social et national dans les sociétés « multi » du XXIe siècle.

12 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 5 juin 2017 02 h 18

    «Une nation dans la nation»!

    Les bien pensants continuent à nier encore les atrocités commissent par les intégristes. C'est toujours la faute de quelqu'un d'autre. Je ne peux répandre ici qu'avec les paroles de Fatima Hoda-Pepin à ceux qui font l'aveuglement volontaire:
    «C’est ainsi que, dans l’indifférence totale du gouvernement et à la faveur d’un multiculturalisme rampant, ces leaders autoproclamés vont introduire au cœur des cités anglaises leur patriarcat, leur système de valeurs, leur code d’«honneur», leur voile intégral, leur ségrégation sexuelle, leurs tribunaux islamiques et leur système de justice basé sur la charia. Même la première ministre, Theresa May, doit se voiler quand elle se rend dans leurs locaux.»
    «Londres, où des quartiers entiers ont été déclarés «zones d’application de la charia», est devenue la maison mère de l’internationale djihadiste par laquelle transite la finance islamiste et s’organise la résistance contre la démocratie occidentale et ses valeurs.»
    «Birmingham, la deuxième ville en importance, est également tombée sous l’emprise des islamistes.»
    «Dans au moins 25 écoles publiques où les femmes enseignent avec leur voile inté­gral, ils ont réussi à chasser les équipes pédagogiques et à les remplacer par des talibans qui endoctrinent les enfants afin de lutter contre «l’égarement et la mécréance occidentale».
    «La ségrégation sexuelle y est de mise et les cours de biologie, de musique, d’éducation physique et de nata­tion sont interdits aux filles.» http://www.journaldemontreal.com/2017/03/27/londre

    • Donald Bordeleau - Abonné 5 juin 2017 16 h 24

      Ghetto = Apartheid a l'envers comme MTL, Toronto et Londres

      Mme May parle de la montée de l' islamiste radicale et des problématiques des communautés « dans différentes communautés séparées et ségréguées ».

      Mais en attendant les prochains événements la vie continue pour les sociétés victimes de leurs utopies multiculturalismes.

      De plus c'est le Ramadan pour les Musulmans. En 2016, en juillet on observe un grand nombre d'attentat. Avec la défaite prochaine de Daech, les forces de sécurité dans le monde auront de 15,000 à 20,000 djihadistes à surveiller. Mais en attendant les prochains événements la vie continue pour les sociétés victimes de leurs utopies multiculturalismes. Mais consolation pour nous, plus de 90% des attentats et des décès se produisent dans des pays musulmans comme en Irak, en Afghanistan et en Syrie.

      Il y aura encore beaucoup de condoléances par nos politiciens comme Trudeau, Couillard et Coderre pour beaucoup de familles partout dans le monde et ici pour des enfants qui seront immolés sur l’autel de l’islamisme radicale. La liberté des accommodements et le laisser-aller avant la sécurité, peu importe des centaines de victimes. Le clientélisme aura gagné sur les principes démocratiques.

      Comme la déclaration odieuse sur le racisme et la xénophobies faite par Dalila Awada lors du congrès de Québec Solidaire. Ses propos s'apparentent à l'incitation à la violence et même à la Fatwa. Québec Solidaire un parti qui se radicalise par la voie de ses membres musulmans.


      D'autre part, silence radio de nos dirigeants musulmans , imams, leaders de mouvement islamique ici et ailleurs. Si l'adage, «qui ne dit mot consent» est vrai ce n'est pas demain la veille de la cessation de ces atrocités!

  • René Bourgouin - Inscrit 5 juin 2017 02 h 53

    Leader avec une tête

    Il faudrait dans un premier temps que les pays occidentaux rationalisent leur politique étrangère: cesser de s'accoquiner pour cause de gros contrats juteux avec les pétromonarchies qui financent l'extrémisme...

    Pour le reste elle a raison. Elle semble être l'une des seules personnes avec une bonne tête actuellement leader d'un pays occidental. Pour cette raison j'espère qu'elle sera réélue. Mais il faudra faire très attention avec internet: on pourrait en profiter pour faire taire la dissidence politiquement incorrecte... C'est pourtant cette dissidence politiquement incorrecte qui alerte depuis des années sur ce que Mme May semble enfin découvrir et qui se fait traiter de toutes sortes de noms en -istes (y compris par certains intervenants du Devoir, internes ou externes)...

    • Raymond Labelle - Abonné 5 juin 2017 09 h 59

      "(…) se fait traiter de toutes sortes de noms en -istes". RB

      Tiens, ça me donne une idée pour une injure universelle:

      "Espèce d'iste!".

      À défaut d'être précis, on est sûr de ne pas manquer son coup.

      Le capitaine Haddock aurait pu s'en servir.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 5 juin 2017 05 h 49

    … l’on se réveillera !

    « Même si vous arrêtiez demain de nous bombarder (…), nous continuerions de vous haïr, parce que la principale raison de notre haine ne disparaîtra que le jour où vous deviendrez musulmans. » (ÉI, Déclaration 2016)

    De cette déclaration apaisante, et d’ici ce jour, il est à souhaiter que des mesures de paix soient en mesure de protéger le seuil de notre demeure de tout éventuel envahisseur-oppresseur !

    De ces mesures de paix, ce genre de haine parviendra à disparaître, avec ou sans conversion ?, le jour où …

    … l’on se réveillera ! - 5 juin 2017 -

  • Bernard Terreault - Abonné 5 juin 2017 08 h 34

    Raisonnement trop simple aussi?

    À d'autres époques, ce sont des idéologies athées ou agnostiques, l'anarchisme puis son presque contraire le communisme, qui ont inspiré de jeunes hommes frustrés au terrorisme. Dans tous les cas, un sentiment d'impuissance à la source de leur rage (même si elle est mal ciblée). Dans ce cas-ci, je crois que l'humiliation des Arabes par Israël et la raillerie dont ils sont toujours l'objet expliquent au moins en partie ce sentiment d'impuissance.

  • Denis Blondin - Abonné 5 juin 2017 10 h 18

    Un diagnostique sans solution

    Monsieur Brousseau,

    vous concluez votre analyse sommaire avec un diagnostique encore plus sommaire sur ce qui serait la source ultime des actes terroristes, soit le multiculturalisme, ou plus précisément "la rupture du lien social et national dans les sociétés « multi » du XXIe siècle".

    D'abord, même si votre diagnostique était juste, il ne pourrait déboucher sur aucune solution, puisqu'il est impensable de reconstituer, à l'échelle planétaire, des sociétés monoculturelles, ainsi que le Donald rêve de le faire avec ses décrets antimigratoires.

    Et surtout, votre diagnostique est erroné. Cela fait déjà quelques millénaires que des sociétés multiculturelles prennent forme un peu partout, à mesure que se déplacent les commerçants, les populations excédentaires ou les conquérants avides de pouvoir et de richesses. Toutes les sociétés colonisées par l'Occident sont devenues multiculturelles, et c'était déjà le cas avec les sociétés colonisées par des conquérants musulmans ou autres. Or les conflits, et avec eux les actes "terroristes", ne surgissent pas pour des motifs culturels, religieux ou identitaires. Par exemple, les communautés juives d'Europe ou d'Amérique n'ont jamais eu recours au terrorisme pour affirmer leur identité. Les conflits découlent toujours de motifs politiques liés au partage des richesses, des pouvoirs ou des privilèges.

    Le terrorisme, comme les autres techniques de guerre, a été utilisé dans les guerres coloniales, aussi bien par les colonisateurs que par les colonisés, même s'il est souvent la seule méthode accessible aux moins puissants. Il a été utilisé en Europe dans des conflits entre classes sociales (Brigades Rouges), y compris lorsque ces rapports se doublaient de références identitaires (Irlande du Nord, Québec), et ces conflits étaient toujours de nature politique à la base et ils référaient toujours à des enjeux bien réels et bien concrets, et non pas à des interprétations théologiques.

    Peut-être devriez-vous tenter d'expliquer

    • Hermel Cyr - Abonné 5 juin 2017 13 h 02

      Ce que vous décrivez n’est pas le multiculturalisme, mais le pluralisme social. Vous avez raison à ce sujet de constater que la mixité culturelle remonte très loin dans le temps. Elle a forgé les identités métissées de la plupart des États dits évolués, qui sont tous pluralistes, c’est-à-dire composées de membres ayant des origines diverses, des cultures diverses. Il n'y a plus de grand pays qui soit "monocuturels" comme vous dites. Ceci est une réalité socio-historique.

      Le multiculturalisme n’a rien à voir avec ce constat socio-historique. Il est une politique héritée du colonialisme britannique qui visait à gérer la cohabitation des communautés de cultures diverses au sein des colonies ou des sociétés. Contrairement au colonialisme français qui cherchait à intégrer les peuples au modèle français pour en faire éventuellement des citoyens, les Anglais ont eu tendance à séparer leurs colonisés ethniquement et culturellement.

      Ce communautarisme encourageait les différences sociales et culturelles des diverses communautés formant la colonie, puis le pays. Il a pris des appellations diverses selon la situation locale : le « home rule » en Irlande, l’autonomie interne des « dominions » (Canada, Australie, Nlle-Zélande) ou, dans sa forme extrême, le système de « développement séparé » en Rhodésie et Afrique du Sud qui a débouché sur l’apartheid dans ce dernier pays.

      Le multiculturalisme n’est pas un métissage des cultures; c’est tout le contraire. C'est une politique qui reconnait et valorise les différences culturelles, qui vante la diversité plutôt que l’intégration des différences derrière les mêmes valeurs.

    • Raymond Labelle - Abonné 5 juin 2017 16 h 57

      On pourrait utiliser"multiculturalité" pour désigner le phénomène objectif de la multiplicité de cultures se côtoyant dans une société donnée, peu importe selon quelles modalités, et "multiculturalisme" pour désigner une politique ou une approche donnée face à cette multiculturalité.

      D'ailleurs, il n'y a peut-être pas qu'une seule proposition de "multiculturalisme" et toutes n'excluent pas nécessairement l'intégration. Mais la discussion serait trop longue ici.