Et si c’est non?

En février, le premier ministre Couillard avait mis le doigt sur le vice fondamental de la position constitutionnelle de François Legault : « Il fait plein de demandes, mais il ne dit pas ce qui va arriver si la réponse n’est pas oui. Il n’est pas capable de le dire. Il sait c’est quoi la réponse, mais il ne voudra pas le dire à la population. » Le document réitérant les demandes traditionnelles du Québec qu’il a rendu public jeudi soulève la même question, à laquelle il ne répond pas davantage : que fera-t-il si la réponse est non, comme le suggère fortement la réaction de Justin Trudeau ?

M. Couillard est certainement sincère dans son désir de ramener le Québec de façon honorable dans le giron constitutionnel, tout comme l’étaient ses prédécesseurs, mais il sait aussi bien que M. Legault que le Canada anglais n’a plus le moindre intérêt pour la question. Comme le chef de la CAQ, il était cependant conscient de la nécessité de se présenter à la prochaine élection avec une politique constitutionnelle, peu importe que celle-ci soit réaliste ou non. De toute manière, il ne se passera rien de concluant d’ici octobre 2018.

Il s’est bien gardé de fixer un échéancier, même très lointain, à l’ouverture de négociations en bonne et due forme. Cela se produira « le moment venu », a-t-il dit, ce qui signifie souvent aux calendes grecques. On ne sait pas non plus quelle forme prendra l’exercice pédagogique auquel il entend convier la société civile canadienne, mais le succès risque d’être limité. Les colloques universitaires sur le thème « What does Quebec want ? », jadis très courus, ne font plus recette depuis longtemps.

 

Le concept des deux peuples fondateurs, qui demeure au centre de la vision canadienne de M. Couillard et d’une majorité de Québécois, ne correspond plus à celle du Canada anglais, où le sentiment d’« exil intérieur » que le premier ministre prête aux Québécois n’émeut personne. Si le rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982 demeure un « épisode inacceptable » à ses yeux, elle constitue au contraire un acte fondateur pour le ROC, au même titre que l’Acte de l’Amérique britannique de 1867.

M. Couillard est sans doute le premier à savoir que ses chances de réussite sont infinitésimales, mais l’important est de « commencer à parler aux Québécois de ce que nous sommes », a-t-il expliqué. Durant sa conférence de presse, il a lui-même proclamé sa « fierté d’être Québécois » plus souvent qu’il ne l’avait fait depuis qu’il est premier ministre. « Nous sommes avant tout Québécois », a-t-il répété deux fois plutôt qu’une, comme pour faire oublier les nombreuses occasions où il a donné l’impression du contraire.

En insistant sur l’importance du « tronc commun » que constitue la majorité francophone, il souhaite manifestement se distancier de ce multiculturalisme auquel on l’a associé. « L’expression de l’identité nationale québécoise s’appuie non seulement sur un fort sentiment d’appartenance envers le Québec, mais également sur l’existence au Québec d’une histoire, d’une culture et de valeurs qui sont uniques », peut-on lire dans le document.


 

Lors de la signature de l’accord du lac Meech, le PQ de Pierre Marc Johnson avait dénoncé l’insignifiance des conditions posées par Robert Bourassa. C’est seulement quand il est devenu évident qu’il serait rejeté que son successeur, Jacques Parizeau, a commencé à en chanter les louanges, tout en « renchaussant » M. Bourassa pour qu’il ne fasse pas trop de compromis.

Trente ans plus tard, Jean-François Lisée a plutôt félicité le premier ministre pour son initiative, notamment pour avoir substitué la notion de « nation » à celle de « société distincte ». Si Justin Trudeau avait montré le moindre intérêt, le chef péquiste aurait sans aucun doute jugé beaucoup plus sévèrement les demandes de M. Couillard.

M. Lisée a eu beau jeu de dénoncer la désinvolture avec laquelle M. Trudeau a écarté toute réouverture du dossier constitutionnel, qu’il a aussitôt interprétée comme du « mépris » pour la main tendue par le Québec. Un peu plus et il aurait invité M. Couillard à venir se consoler à son chalet, comme le premier ministre l’avait proposé à ce pauvre Marc-Yvan Côté.

Le ton grinçant en moins, la fin de non-recevoir de M. Trudeau ressemblait à s’y méprendre à celle que Jean Chrétien avait opposée à Jean Charest à la veille de la campagne électorale de 1998, quand il avait déclaré que la Constitution n’était pas un « magasin général » et que le Québec avait déjà tout ce dont il avait besoin. Bon nombre de fédéralistes avaient grimacé à l’époque. La possibilité que Lucien Bouchard déclenche un troisième référendum semblait encore une possibilité bien réelle, mais qui a encore peur de la souveraineté au Canada anglais ? Après tout, on a déjà dit non au Québec à deux reprises et il est toujours là.

43 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 2 juin 2017 01 h 20

    À l'approche des élections, Monsieur Couillard découvre la fierté québécoise!

    Monsieur Couillard vient de découvrir la fierté d'être Québécois soudainement, à l'approche des élections, compte tenu de sa chute dans les sondages et pour faire oublier les quatre années de misère sous sa politique d'austérité. Je ne penserais pas qu'il peut duper les citoyens si facilement!

    • Danielle Houle - Abonnée 2 juin 2017 09 h 29

      Effectivement! Combien de québécois-ses vont tomber dans le panneau?

      Beaucoup qu'il espère ce Couillard!

    • Louise Collette - Abonnée 2 juin 2017 09 h 31

      «Je ne penserais pas qu'il peut duper les citoyens si facilement !»
      Pas sûre moi....Mais j'espère vraiment que vous avez raison.

    • Daniel Vézina - Abonné 2 juin 2017 10 h 14

      Et vous savez quoi ? Tristement, cela va fonctionner... :(

    • Pierre Beaulieu - Abonné 2 juin 2017 10 h 52

      Le PLQ est passé maître dans l'art de duper les gens et notre voisin Trump a certainement pu s'inspirer des manoeuvres des satratèges libéraux, tant au Canada qu'au Québec, pour se faire élire.
      Au nombre des stratégies habiles:
      - Faire croire à ses impulsions soudaines nationalistes et recruter de nouveaux partisans à partir de nationalistes mous qui préféreraient une reconnaissance identitaire à un pays qui les représente vraiment.
      - Se vouer à l'austérité en parlant de rigueur.
      - Financer un autre parti qui divise le vote en sa faveur.
      - Organiser des commissions d'enquête composées de façon qu'ils seront intouchables.

      Ils sont habiles, n'en doutez pas !

    • Madelaine Drolet-Savoie - Abonnée 2 juin 2017 11 h 15

      À madame Nadia Alexan et M. Pierre Beaulieu

      Enfin la lucidité, au lieu des éloges à la (fausse) bonne foi du PLQ, M. Couillard en tête. Je partage entièrement votre avis
      M.D. Savoie, abonnée

    • Jacques Lamarche - Abonné 2 juin 2017 12 h 19

      Ils sont habiles! Bien plus, la fourberie d'avoir deux pays ent une fructueuse stratégie! C'est une aberration, mais elle peut séduire une opinion qui manque de convictions.

      Pourtant, je crains que la manoeuvre libéral puisse réussir! C'est une occasion en or pour Justin et Philippe de passer à l'histoire! Un tel coup d'éclat, presqu'un coup d'État, mettrait le camp souverainiste dans une terrible embarras!

    • Raymond Labelle - Abonné 2 juin 2017 13 h 09

      Ça fait plus d'un an que M. Couillard a annoncé qu'il ferait une proposition à l'occasion du 150ème anniversaire de la Confédération. Et il faut quand même se donner le temps de réfléchir au contenu des 200 pages qui accompagnent ces propositions (et aussi, très minimalement, de les écrire).

      Sans présumer de l'absence totale de calcul politique, on ne peut peut-être pas présumer la pure intention malveillante non plus.

  • Yves Côté - Abonné 2 juin 2017 02 h 55

    Si cette comédie n'était pas si...

    Ouf, quel coup de vérité nous est porté ce matin par cet article !
    Monsieur David, si cette comédie n'était pas si profondément triste pour les amoureux de la démocratie et de la liberté, on pourrait en rire tellement celui-ci pourrait être digne d'un retour de Poupa et Mouman...
    Style 'Retour vers le fufur", mais pour les analphabètes complets de l'histoire que depuis vingt ans le Canada et le Québec canadien s'efforcent de faire de nous et dans lequel nos deux héros se prennent pour des gens sérieux en se questionnant sur l'opportunité immédiate, ou pas, de porter le sac à poubelles au bord de la rue ou du chemin.
    Merci Monsieur David de refuser la facilité, pseudo-fatalité, normalité, prévisionabilité, de notre assujetissement politique.
    Nous avons une obligation morale envers nos Anciens et leurs vies de résistance, celles et ceux que nous connaissons par l'histoire et encore plus par ce qu'a été le quotidien de nos parents.
    Et combien aussi envers nos plus jeunes qui poussent !!?

  • Yvon Pesant - Abonné 2 juin 2017 06 h 21

    La boîte de Pandore

    Misère humaine! Qu'est-ce que Zeus nous réserve cette fois-ci?

    Personnellement, je ne peux pas croire que c'est pour se défiler encore une fois du dossier de ses amitiés difficiles à Porter qu'il avait tendance jusqu'ici à mettre de Côté quand elles ne faisaient plus son affaire que monsieur Couillard nous arrive avec cette boîte qu'i nous invite à ouvrir. 200 pages! Ce n'est pas d'hier qu'il pense à nous faire rentrer dans les rangs de ce fédéralisme très provincialiste en lequel il croit... à défaut d'y croître vraiment.

    Timing! C'est la marque de commerce du PLQ depuis toujours. L'important étant de se faire élire ou réélire et considérant que la date de la prochaine élection se fait de plus en plus proche, il faut trouver matière à intéresser l'électeur quelque peu récalcitrant. Et, dans un contexte où la question de l'identité "nationale" québécoise demeure toujours d'actualité pas seulement pour les principaux partis d'opposition que sont le PQ et la CAQ mais également pour beaucoup de gens, quoi de mieux que de mettre un peu de côté "les vraies affaires" qui,dans les faits, ne se sont pas avérées si vraies que cela et ont plutôt fait dans la matière à mensonges et scandales à faire oublier.

    Monsieur Couillard, le Premier ministre neurochirurgien arrivera-t-il enfin à trouver et couper ce nerf, parfois gros, qui fait le lien entre le cerveau et le coeur et l'âme d'un peuple québécois qui ne veut pas mourir pour le faire entrer dans un État comateux? Il me semble qu'il tente de s'y appliquer avec la présente opération.

    • Jacques Tremblay - Inscrit 2 juin 2017 10 h 08

      Joliment dit et pertinent M.Pesant.
      Bonne journée.
      Jacques Tremblay
      Sainte-Luce, Qc

  • Gilles Bonin - Abonné 2 juin 2017 06 h 37

    Eh! bien si c'est non...

    Si c'est non, c'est NON. Pas compliqué à conclure d'autant plus que pour Ottawa même un oui serait peut-être aussi un oui insuffisant, donc un non. Chers québésois, rentrez chez vous, il n'y a rien à voir. Ou réveillez-vous!

  • Linda Dauphinais - Inscrit 2 juin 2017 07 h 17

    Pour ma part,

    je ne crois pas en la sincérité de M. Couillard... C'est un show de boucane pour ne plus entendre parler de Marc-Yvan Côté... Point à la ligne... C'est le grand confusionniste, la diversion pour faire disparaitre son passé dont il ne veut surtout pas qu'on reparle... Et dont il ne veut pas être responsable... disant pour toute réponse, c'est le passé, je suis dans le présent... Tellement dans le présent, qu'il veut relancer le Québec, en période préélectorale, dans le débat constitutionnel... Du bluff...

    • Brigitte Garneau - Abonnée 2 juin 2017 18 h 18

      Exactement! Couillard nous raconte une belle histoire avant de nous endormir...