Quatre années comme ça?

Le brutal congédiement de James Comey, chef du FBI, par Donald Trump, est le point culminant, mais tout à fait emblématique, de l’extraordinaire numéro de cirque permanent qu’est la présidence de Donald Trump. L’apothéose de « la société du spectacle » annoncée par Guy Debord il y a exactement 50 ans.

 

Outrances répétées d’un « président-enfant » de 70 ans, mépris de tous les usages, ignorance abyssale des dossiers, multiplication des insultes, provocations, faux pas, caprices et tweets fantasques à trois heures du matin…

 

Ce feuilleton médiatique haletant donne l’impression que cet homme occupe la Maison-Blanche depuis bien plus que trois mois et trois semaines.

 

C’est un paradoxe, parce que cette présidence, en matière d’accomplissements législatifs, n’a pratiquement rien à afficher. Quelques décrets spectaculaires ont rebondi sur le mur de la réalité, des protestations et des injonctions judiciaires. Même les annonces d’investissements privés (et d’emplois créés ou sauvés) que le président associe à sa magique présence sont presque toutes gonflées ou mensongères.

 

Tout au plus, face au reste du monde, le pire ne s’est pas produit jusqu’à maintenant, grâce à quelques nominations moins fantaisistes ou moins partisanes (Rex Tillerson au département d’État, James Mattis à la Défense), qui ont eu pour effet d’éviter les dérapages et de maintenir peu ou prou la politique étrangère américaine dans le sillon de la continuité.

 

Mais avec « l’affaire Comey », un nouveau seuil a été franchi. On peut parler de chaos politique à Washington. Une question se pose : combien de temps cela peut-il durer ? Donald Trump peut-il vraiment, avec ce crescendo d’imprécations, d’intimidations, d’atteintes à la séparation des pouvoirs, poursuivre et terminer son mandat ? Ne va-t-il pas finir par « exploser en plein vol » ?

 

Plus spécifiquement : une procédure d’impeachment contre lui est-elle maintenant concevable ?

 

La question paraissait prématurée il y a encore un mois. Aujourd’hui, devant le congédiement, par le président, d’un chef du renseignement qui enquêtait précisément sur la légitimité de l’élection de 2016 — avec l’implication apparente de la Russie pour aider les républicains —, tout porte à croire qu’il y a eu volonté d’étouffer la vérité, d’intimider ou d’écarter ceux qui pourraient la faire apparaître.

 

Sur le fond, on a déjà déclenché aux États-Unis un impeachment pour beaucoup moins que ça : c’était, en 1998, Bill Clinton et ses mensonges (sous serment) concernant sa liaison illicite avec Monica Lewinsky. Une affaire qui avait rendu complètement folle l’opposition républicaine (… même si, à la fin, elle n’a pas eu la peau de Clinton).

 

Les motifs constitutionnels d’impeachment contre un président sont : des « crimes ou méfaits graves », ou encore la maladie mentale.

 

Depuis le 20 janvier, Donald Trump a employé (en toute connaissance de cause) un ou des conseillers liés financièrement à une puissance hostile (la Russie) ; touché des dividendes de compagnies actives à l’étranger ; installé à la Maison-Blanche des membres de sa famille actifs dans lesdites compagnies ; refusé de rendre publics ses impôts ; déclaré « illégitimes » des juges qui invalidaient ses politiques ; dénoncé les médias comme « ennemis du peuple » ; accusé des milliers de personnes d’avoir « voté illégalement » contre lui… et, dans l’affaire Comey, il a probablement intimidé des témoins et fait obstruction à la justice !

 

On pourrait étirer la liste. Pour un dixième de tout cela, si le président actuel était démocrate (et la majorité au Congrès, républicaine), les procédures d’impeachment seraient déjà bien engagées… oh, que oui !

 

Le problème, c’est que l’impeachment est une procédure à la fois judiciaire et politique. Ceux qui instruisent le dossier à charge, ce sont les représentants à la Chambre. Et ceux qui jugent ensuite, ce sont les sénateurs.

 

Or, dans les deux cas, les majorités sont républicaines, et presque tous les membres républicains du Congrès (à l’exception d’une poignée de sénateurs) se sont comportés jusqu’à maintenant en béni-oui-oui de la Maison-Blanche.

 

Y aura-t-il une enquête sérieuse sur le « scandale russe » qui colle à Donald Trump ? Si oui, qui pourra la diriger, après la purge politique de la semaine dernière ? Les élus républicains changeront-ils d’avis sur Trump, si le scandale venait à enfler ? Aux élections de 2018, la majorité pourrait-elle basculer au Congrès ?

 

Les réponses à ces questions permettront de savoir si, oui ou non, Trump fera ses quatre ans.

8 commentaires
  • Robert Lauzon - Abonné 15 mai 2017 03 h 53

    La sacro-sainte démocratie est en jeu!

    Trump fausse les règles du jeu ou les modifie à sa guise. Quand les règles ne font pas son affaire, il les contourne. Trump est un danger pour la paix mondiale, pour le commerce international, pour les immigrants, enfin bref pour la société entière.

    Il s'est joué des électeurs en promettant des emplois dans des secteurs industriels qui, dans les faits, sont en déclin, il menace de poursuivre ou de détruire tout ce qui ne fait pas son bonheur. C'est un véritable danger public.

    Seuls des américains peuvent lui faire obstacle et ce lors des élections de mi-mandat. J'invite tous les lecteurs à mettre en œuvre à chacun leur niveau des moyens de pression pour faire infléchir cette "tête brûlée". Personnellement, depuis l'arrivée au pouvoir de ce "président" je boycotte systématiquement tout ce qui provient des États Unis.

    C'est ma façon, qu'elle saura la vôtre?

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 15 mai 2017 08 h 36

    Spectacle décadent de sitcom

    Hollywood et Washington partagent la même devise : «On with the show, this is it!»

    Que le spectacle continue! C'est ainsi et maintenant que ça se passe!

    La télé-série «House of cards» est complètement dépassée par la réalité.

  • Daniel Vézina - Abonné 15 mai 2017 09 h 56

    Encore 1 an et demi...

    ... en espérant que les élections de mi-mandat permettent aux Démocrates de prendre une partie des rênes de ce fourgon à la dérive...

  • Jean-Charles Morin - Abonné 15 mai 2017 13 h 22

    Un lexique toxique.

    "Donald Trump a employé (en toute connaissance de cause) un ou des conseillers liés financièrement à une puissance hostile (la Russie)."

    La Russie, une puissance "hostile"? Ce n'est pas parce qu'une puissance étrangère refuse de faire le petit chien savant devant Washington qu'elle est nécessairement hostile. On n'est pas en guerre que je sache.

    Quant à la soi-disante intervention du gouvernement russe dans le processus électoral américain, rien n'a été prouvé jusqu'à maintenant de manière absolue et le principal intéressé a nié toute l'affaire. Par contre à Washington, Trump ou pas Trump, il est maintenant de mise de carburer aux ragots et joyeusement à part ça!

    Une chose est sûre cependant: si le peuple américain a élu un narcissique et un menteur compulsif comme président, c'est qu'il a jugé que l'alternative qu'on lui proposait n'était pas à la hauteur. Si Trump a été élu, ses adversaires n'ont qu'eux-mêmes à blâmer et Barack Obama le premier, dont les sarcasmes faits en public ont amené Trump à présenter sa candidature sur un coup de tête.

    Votre adoption en bloc de la rhétorique parano qui a cours actuellement dans les officines ayant vue sur le Potomac n'est vraiment pas à votre honneur.

  • Serge Lamarche - Abonné 15 mai 2017 14 h 35

    Envahisseur anglais au pouvoir

    Trump comme président n'a rien d'extraordinaire. Obama était l'extraordinaire. Ce qu'on reproche à Trump n'est rien d'autre que ce que la majorité des présidents précédents faisaient routinement. La grosse différence avec Trump est qu'il dit et fait ces choses contre des entités de la nation. Mais même là, les états-uniens ont fait mille et unes chasses aux sorcières dans leur société, à commencer avec les amérindiens, les français, les compétiteurs de vente bétail, les sorcières (Salem), les esclavagistes, puis les africains, les communistes (macarthism), et maintenant les mexicains. Cette liste est loin d'être exhaustive. Simplement, il y a toujours un autre groupe qui les emmerdent. Même les anti-Trump ont ces propos avec la faute à la russie pour son élection. Ils ne blament pas beaucoup le piètre choix du piètre système soit-disant démocratique. Ce n'est pas facile de créer un système qui ne va pas éventuellement être pourri par un groupe ou l'autre. On le voit avec tant de groupes criminels "influencer" les élus (ou gens au pouvoir) de tous les niveaux.