Y a-t-il un président dans la salle?

L’histoire est ingrate. Elle ne fait ni dans la dentelle ni dans la compassion. Elle ignore les bonnes âmes et remercie rarement les méritants.

Avouons-le, François Hollande n’a pas été un si mauvais président qu’on le dit. Même si le taux de chômage n’a pas bougé, il a donné un peu d’air aux entreprises et commencé à libéraliser le marché du travail. Lorsque la France a été frappée par les pires attentats terroristes de son histoire, il a réagi avec dignité. Sur le plan international, son intervention au Mali a préservé cette immense région d’une mainmise islamiste.

Pas si mal pour un président qui n’aurait jamais dû triompher à la primaire socialiste en 2011. Car rappelons-nous que Hollande ne fut au fond que le candidat de substitution de Dominique Strauss-Kahn.

Alors, où est donc le problème ? Il est dans cette incapacité où a toujours été le président d’être autre chose qu’un gestionnaire à la petite semaine. Un comptable bon en maths et pas si mauvais administrateur, mais un comptable quand même. Or, la France, depuis Jeanne d’Arc, n’a jamais rêvé d’être dirigée par un comptable. François Hollande n’a jamais su aller au-delà de cette « normalité » qu’il avait revendiquée. Alors qu’il aurait pu trancher dans les réformes économiques, s’engager après les attentats dans le combat contre l’islamisme qui gangrène les banlieues et sortir de l’ombre d’Angela Merkel en Europe, il a choisi à chaque fois le service minimum. Comme si la France n’avait d’autre destin que d’aller dans le sens du vent.

Si l’on voulait avoir un exemple de la raison pour laquelle François Hollande a été le président le plus détesté de la Ve République, on en trouvera un dans ses dernières déclarations à l’hebdomadaire Le Point, où il se définit comme un « antihéros ». Dans cette entrevue, François Hollande ne peut d’ailleurs s’empêcher de continuer à faire ce qu’il a fait pendant tout son mandat : s’ériger en chroniqueur de sa propre présidence. Il est notamment incapable de ne pas adouber implicitement Emmanuel Macron.

Or, quelle est la pire tuile qui pourrait s’abattre sur le candidat d’En Marche ! à dix jours du scrutin alors que l’écart se resserre entre les quatre principaux candidats ? Ce serait justement de passer pour l’héritier de l’actuel gouvernement et de devoir traîner le boulet Hollande. D’où ses appels du pied à la droite et au centre. Un véritable président aurait tu ses préférences jusqu’à la fin. Il aurait même envoyé des signaux contradictoires. Pas François Hollande, qui n’a jamais su se retenir devant les journalistes et ne parvient pas à cacher qu’il souhaite l’élection de son fils spirituel, alors que tout l’appareil gouvernemental est déjà derrière lui. Même les derniers briscards de la Hollandie, comme Stéphane Le Foll, s’apprêtent en effet à annoncer qu’ils voteront Macron.

 

À neuf jours du premier tour, c’est en partie autour de cette question que se jouera l’élection. À moins de croire à un second tour surréaliste entre l’extrême droite et l’extrême gauche, le défi d’Emmanuel Macron consistera à démontrer qu’il n’est en aucun cas l’héritier de François Hollande et qu’il propose autre chose que le louvoiement à la petite semaine qu’incarne son ancien maître.

Quant à François Fillon, dont le programme politique est beaucoup plus en phase avec l’état actuel de la France, son défi consiste à aller chercher ces électeurs de droite déroutés par les « affaires », mais qui sont en colère de s’être fait voler une alternance légitime que tout laissait entrevoir. Le candidat de la droite veut croire à un « vote caché », ce qui n’est pas impossible selon les observateurs.

Le troisième homme, qui est en l’occurrence une femme, a aussi déçu. En effet, Marine Le Pen n’a pas fait une très bonne campagne. Confortablement installée en tête des intentions de vote du premier tour depuis des mois, elle n’a guère montré qu’elle pouvait dorénavant représenter le parti de l’alternance. Il aurait fallu pour cela qu’elle dépasse son cercle de fidèles. Au contraire, elle est parfois retombée dans les vieux démons du FN, notamment en relançant la polémique sur la responsabilité de la France dans la rafle du Vél’ d’Hiv.

Quant au miraculé des sondages, Jean-Luc Mélenchon, il est probablement le seul à s’être grandi dans cette élection, grâce notamment à des talents d’orateur exceptionnels. Mais qui peut croire que les Français éliront un robespierrien admirateur d’Hugo Chávez et de Fidel Castro qui fait campagne sur le programme que défendait François Mitterrand en 1982 ? La France n’est peut-être plus la puissance qu’elle était, mais elle n’est pas non plus la Grèce. Plus qu’une solution, Mélenchon demeure un symptôme. Celui du désarroi complet qui frappe aujourd’hui la gauche.

Et pourtant, comme disait de Gaulle, ce sont les circonstances qui font les grands chefs de guerre. Reste à savoir si, dans le fouillis de cette élection atypique, se cache quelque chose qui ressemblerait de près ou de loin à un président.

19 commentaires
  • Ghyslain Bolduc - Abonné 14 avril 2017 00 h 34

    Mélenchon et Chavez, même combat?

    Il est clairement malhonnête de la part de nombreux médias qui s'inquiètent de la montée de Mélenchon d'associer systématiquement ce dernier à Chavez, voulant clairement lui coller cette étiquette à la peau à force de propagande. Or, Mélenchon a depuis quelques années publiquement exprimé sa déception face à Hugo Chavez et ses désillusions à l'égard de la politique bolivarienne du Venezuela. Pourquoi ne pas parler des nombreux éléments de son programme, au lieu de faire dans l'association facile? Cette ruse sophistique se veut particulièrement sournoise lorsqu'on pense à la crise dans laquelle le gouvernement du Venezuela est plongé. Le but de cette association est clairement d'effrayer pour mieux régner.

    Il est donc déplorable que M. Rioux reprenne de manière presqu'intégrale les raccourcis du Figaro, notamment.

    Mélenchon n'a pas la prétention d'être LA solution, mais propose un ensemble de solutions potentielles qui sont dignes d'être débattues. Des solutions à des problèmes qui interpellent particulièrement les jeunes, dont plusieurs trouvent en Mélenchon une source d'inspiration qui leur redonne foi dans la politique citoyenne. Cette foi est-elle la manifestation d'une société malade affichant ses "symptômes", ou plutôt un signe de vitalité? Le diagnostic dépend vraisemblablement de la famille politique du médecin.

  • Nadia Alexan - Abonnée 14 avril 2017 01 h 17

    Des comptables sans âme et sans vision!

    Malheureusement, il n'y a plus de chefs d'État avec une vision pour leurs pays, du calibre de René Lévesque, Jacques Parizeau et les auteurs de la Révolution tranquille, qui avait à coeur le bien commun. Les dirigeants d'aujourd'hui, des comptables comme vous le dites, sont devenus des marionnettes dans les mains des financiers, les vrais maitres de ce monde. Car, ils n'ont pas le courage de tenir tête à ces milliardaires.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 14 avril 2017 06 h 05

    Si j'étais Français je voterais Mélenchon...

    J'ai écouté discourir Jean-Luc Mélenchon à l'émission française «On n'est pas couché», et écouté d'autres petits vidéos en circulation sur les réseaux sociaux, et j'aime son discours...Cet homme ne sd'enfarge pas dans la dentelle et n'a pas la gueule de bois comme bien des politiciens...Cet homme parle vrai, dénonce les vrais problèmes qui affectent la France qui ressemblent à ceux que nous vivons ici aussi au Québec, comme l'explosion des salaires des cadres et l'accroissement des écarts entre riches et pauvres dû à l'épanouissement exagéré d'un certain capitalisme sauvage, comme aussi les problèmes que constituent des gouvernes étatiques déconnectés des besoins des populations et comme les problèmes que causent la venue de migrants de culture islamique qui veulent imposer leur idéologie religieuse et leur charia ce qui risque de faire exploser la civilité moderne des sociétés occidentales...À tous ces problêmes et aussi sur bien d'autres comme l'avenir de l'Otan, de l'Union européenne et des relations avec la Russie, cet homme propose des solutions qui m'apparaissent viables...Ce politicien me plaît...Si j'étais Français, je voterais pour lui...

  • Germain Dallaire - Abonné 14 avril 2017 07 h 48

    Tiens donc!

    Après la lecture déprimante comme c'est pas possible de ce texte, je viens d'aller voir le dernier sondage: Mélanchon est à 20% pour la première fois, Fillon à 19% et Macron ainsi que Le Pen à 22%. Que dire M. Rioux? De quoi ajouter à votre grande déprime, votre grand spleen, votre grand cynisme? Tout ça, malgré l'avalanche des attaques contre Mélanchon provenant autant de la presse que des politiques. Et si, d'aventure, on se retrouvait avec un deuxième tour Mélanchon - Le Pen, pour qui donc allez-vous voter M. Rioux? Franchement, aller dire que Hollande n'était pas aussi mauvais qu'on le dit. Vous êtes vraiment très original.
    Germain Dallaire
    abonné

    • Raymond Labelle - Abonné 14 avril 2017 08 h 34

      Et Hamon, 7,5%.

      Si Mélenchon avait été le seul candidat de la gauche, ses chances de passer au 2ème tour auraient été excellentes. En fait, ça aurait presqu'été dans la poche.

      Hamon ne peut se désister car il a la légitimité de s'être soumis aux primaires.

      En rétrospective, on se dit que si Mélenchon n'avait pas boycotté les primaires de la gauche, qu'il aurait eu des bonnes chances de les gagner et que....

      Bon, peut-être que Mélenchon passera quand même au 2ème. Une proportion de celles et ceux qui avaient l'intention de voter Hamon à ce sondage pourraient voter "stratégique" en se disant que Mélenchon a plus de chances que Hamon de passer au 2ème.

      À suivre.

    • Serge Morin - Inscrit 14 avril 2017 09 h 15

      Justement, M.Rioux a raison.
      Quand on voit les résultats des derniers sondages, tous sont aussi mauvais qu'Hollande.

    • André Joyal - Abonné 14 avril 2017 10 h 20

      Effectivement,M. Dallaire, moi qui adore lire C. Rioux, cette fois je partage pas son avis sur celui que l'on a baptisé de Pépere ou encore de Cavamieux... un quiquennat calamiteux.

    • Pierre Robineault - Abonné 14 avril 2017 12 h 21

      Je n'en pense pas moins que vous monsieur Dallaire, moi non plus, sauf que je n'ai jamais et ne considère pas non plus aujourd'hui monsieur Rioux comme étant personne cynique. Lyrique parfois? J'en conviens, ça nous le révèle humain sensible.

  • Raymond Labelle - Abonné 14 avril 2017 08 h 24

    Extrême-gauche Mélenchon?

    Il faudrait faire une analyse du programme de Mélenchon pour tirer cette conclusion. Je n'ai pas vu ici cette analyse.

    Par exemple, Mélenchon est plus réaliste que Hamon sur le revenu minimum garanti (aussi appelé allocation universelle) proposé par ce dernier. Mélenchon dit que ça n'est pas économiquement praticable, et il a probablement raison.

    D'ailleurs, quelqu'un devrait faire un tableau comparatif des programmes des candidats et, avant le débat, il devrait y avoir une émission spéciale à la télé qui présente un tel comparatif. Ça mettrait mieux la table.

    Proposition pertinente pour toutes les élections, au moins nationales en tout cas, y compris ici (disons fédérales et québécoises).