Spéculer à très haute vitesse

Le trading à haute fréquence (THF) prolifère au rythme de l’accroissement de la vitesse d’exécution de leur algorithme. Dans cet univers où l’efficience, la baisse des coûts transactionnels et la liquidité du marché s’opposent à un accroissement des risques et à des effets déstabilisants, des règles d’éthique s’imposent.

 

« Les défenseurs du THF prétendent qu’il améliore la qualité des marchés [liquidité, efficience des prix, réduction des coûts de transaction]. Ses critiques soutiennent qu’il permet de mettre en oeuvre des stratégies de manipulation et de tromperie, qu’il donne un avantage indu à certains opérateurs, qu’il accroît la volatilité et qu’il peut déstabiliser substantiellement les marchés. » Dans son rapport de 120 pages déposé cette semaine, la Commission de l’éthique en science et en technologie propose une liste de recommandations « visant à réduire les risques et les iniquités que le THF pourrait entraîner. »

 

On parle, ici, de transactions informatisées, robotisées, plaçant un nombre parfois astronomique d’ordres sur les marchés dans des laps de temps empruntant aux millisecondes, voire aux microsecondes. Une demi-seconde de négociation par ces automates peut comprendre 1200 commandes et 215 véritables transactions, a-t-on déjà écrit.

 

Ces transactions sont devenues une partie intégrante du marché du négoce. Une étude de l’Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières a révélé que, de janvier 2012 à juin 2013, le THF représentait 16 % du volume des transactions, 24 % de la valeur des échanges et 34 % du nombre des transactions au Canada. Aux États-Unis, il représenterait autour de 50 % du volume total des transactions financières. Sur les marchés européens, il constitue environ 35 % de ce volume, peut-on lire dans le rapport de la Commission.

 

Ce rapport ne peut toutefois se faire tranchant, tellement la documentation demeure contradictoire. Ainsi, on reconnaît au THF un impact sur la réduction des coûts transactionnels et sur l’accélération de la vitesse d’exécution, mais au prix d’une augmentation du coût d’impact des marchés et des coûts technologiques liés au volume des messages. Sur la liquidité du marché, on accepte l’idée qu’elle s’en trouve accrue en période normale, mais réduite en situation de stress des marchés. Il peut également induire des réactions excessives aux nouvelles et une amplification des mouvements de marché. Et comporter un effet déstabilisant, notamment sous le coup des défaillances technologiques ou d’erreurs d’interprétation de l’information par des machines ne pouvant mesurer la fiabilité des sources d’information.

 

Un autre type de stratégies employées « comprend celles qui consistent à créer une apparence fausse ou trompeuse d’activité de trading ou à provoquer des mouvements artificiels de prix […]. Certains observateurs craignent que les moyens technologiques à la disposition des opérateurs HF leur permettent d’avoir recours à des stratégies de manipulation à une plus grande échelle, plus rapidement et plus efficacement qu’auparavant », a ajouté la Commission.

 

Ces systèmes ont été conçus au départ pour tirer profit d’inefficiences de marché. Jouant les écarts ou les fourchettes de prix ou encore s’alimentant d’arbitrages entre deux produits financiers ou conçus pour ajouter de la volatilité dont peuvent se nourrir les options, ces algorithmes ont aujourd’hui besoin de toujours plus de vitesse. Ils sont engagés dans ce que l’on appelle une véritable « course à l’armement ». L’encadrement réglementaire ne peut qu’avoir de la difficulté à suivre tout cela.

 

La Commission de l’éthique propose ainsi de poursuivre la recherche sur les effets du THF. Et d’appuyer la veille et la surveillance par la mise en place « d’un système de dépôt et d’archivage des algorithmes utilisés sur les marchés canadiens, de manière à pouvoir analyser les codes en cas de présomption d’abus ou de manipulation de marché. »

 

Aussi, d’évaluer l’opportunité d’instaurer des mesures qui assurent « la fiabilité de la liquidité affichée : un ratio minimal d’exécution des ordres envoyés ; un temps minimal d’affichage des ordres. »

 

De réviser la législation, de manière à rendre les développeurs de logiciels plus imputables, en cas de défaillance et d’incident technique majeur sur les marchés. De réfléchir à la pertinence de « mécanismes permettant de ralentir légèrement la vitesse de transaction. »

 

Et de considérer les risques de conflits d’intérêts, d’évaluer la pertinence de « régir les liens entre les plateformes de négociation, les investisseurs institutionnels et les firmes de THF. »

 

6 mai 2010 Le Flash Crash de 2010: L’indice Dow Jones a perdu près de 1000 points avant d’en regagner 600, entre 14 h 42 et 14 h 52. Une telle baisse de 9,2 % en l’espace de 10 minutes, sans précédent dans l’histoire, était liée au « doigt pesant » d’un courtier distrait.

 

23 mars 2012 Lors de l’introduction en bourse de la plateforme de négociation BATS, son action est passée de 16 $ à 4 ¢. Selon une interprétation, il s’agirait d’une fuite d’algorithme entraînant un vacuum de liquidité ou encore d’une attaque délibérée d’algorithme.

 

18 mai 2012 L’introduction en bourse de Facebook : Un volume massif d’activités de trading a saturé les systèmes du NASDAQ et entraîné une défaillance technique et des pertes par centaines de millions. Une part substantielle de ce volume d’ordres et d’annulations était d’origine algorithmique.

 

1er août 2012 Le dysfonctionnement d’un algorithme de Knight Capital a entraîné l’envoi d’un grand nombre d’ordres erronés, causant des pertes de 440 millions de dollars en 45 minutes pour la firme.

 

23 avril 2013 Des pirates informatiques ont infiltré le compte Twitter de l’Associated Press et ont envoyé un faux micromessage selon lequel deux explosions étaient survenues à la Maison-Blanche et avaient blessé le président. La nouvelle a immédiatement été saisie par des algorithmes de trading qui ont entraîné une chute du Dow Jones de 143 points et une perte de 0,9 % de l’indice S&P 500.

 

16 août 2013 Une défaillance dans le système de négociation automatisé d’Everbright Securities a causé l’envoi d’une rafale d’ordres d’achat. Cette erreur a entraîné, en quelques secondes, une augmentation de 5,6 % de l’indice Shanghai Composite.

 

20 août 2013 Une erreur de programmation de Goldman Sachs a entraîné un flot de transactions non intentionnelles et occasionné des pertes de plusieurs millions de dollars pour la banque et d’autres investisseurs.

 

15 octobre 2014 En quelques minutes, le taux des bons du Trésor américain de 10 ans est passé de 2,2 % à 1,86 %, puis a remonté à 2,13 %. Ce mouvement inattendu et rarissime aurait été fortement accentué par les algorithmes de trading.

 

Informations tirées du rapport de la Commission de l’éthique en science et en technologie.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 22 octobre 2016 13 h 40

    La bourse et le temps

    Effectivement nous sommes passé au monde du data, comment alors investir a partir de ces machines qui fonctionnent aux mini secondes,enfin dans le langage professionnelle ce sont des tics, a cette vitesse un titre a toutes les propriétés de zero a l'infini. ca dépend de la mini seconde que tu choisis, mais alors comment y arriver puisque nous sommes tout a fait dans un monde subjectif, une mini secionde de plus et tu es tout a fait riche et une minute seconde de moins et tu es tout a fait pauvre, ne dit on pas qu'a un certain niveau le temps n'existe plus, je serais tres curieux de demander a Warren Buffet ce qu'il pense du temps