Afghanistan, la guerre oubliée de la présidentielle américaine

La présence militaire américaine en Afghanistan est entrée dans sa seizième année, ce qui en fait l’intervention armée la plus longue de l’histoire des États-Unis. Et pourtant, ni Hillary Clinton ni Donald Trump ne semblent s’intéresser à la question.

 

Même si le dossier afghan est sur le bureau ovale d’un troisième locataire consécutif de la Maison-Blanche, la campagne électorale fait plutôt la part belle à un mur avec le Mexique, à l’expulsion des immigrants illégaux, à la dénonciation des alliances et des traités de libre-échange, ou encore à la lutte contre le groupe État islamique en Syrie.

 

Les États-Unis ont cru à une victoire rapide. Un mois après le début de l’opération Liberté immuable le 7 octobre 2001, les talibans étaient chassés de la capitale afghane par l’intervention des Américains avec les forces de l’Alliance du Nord, al-Qaïda n’avait plus de base, et Oussama ben Laden devait se cacher dans les montagnes du sud-est.

 

Les talibans, une force jamais anéantie

 

Cette victoire ne fut cependant que de courte durée. Les talibans ont pu se remobiliser dans le sud du pays, pendant que le géant américain se concentrait sur l’Irak. Depuis 2014, leur résurgence est manifeste. Ils ont été en mesure de lancer de vastes offensives dans la province d’Helmand, et de mener régulièrement des attaques dans Kaboul. Depuis octobre 2015, ils menacent la ville de Kunduz dans le nord. En ce moment même, des éléments des forces spéciales américaines appuient les forces afghanes pour y repousser un nouvel assaut.

 

Et ce, malgré le redéploiement de 10 000 soldats au crépuscule de la présidence de George W. Bush, puis le « sursaut » décidé par Barack Obama fin 2009 et portant le nombre de soldats à un sommet de 100 000 en août 2010.

 

La résilience des talibans, l’inaptitude du gouvernement, les capacités limitées des forces de sécurités afghanes, le manque de vision de la communauté internationale, États-Unis en tête, ont eu raison de l’ambition d’un Afghanistan stable, prospère et démocratique. L’objectif est aujourd’hui d’éviter un effondrement brutal des autorités de Kaboul et de forcer les talibans à accepter un accommodement avec celles-ci.

 

Cet objectif est crédible dans la mesure où il reconnaît que les talibans, au-delà d’un mouvement islamiste violent, constituent une force politique incontournable, particulièrement importante pour les populations pachtounes du sud du pays.

 

Le boulet afghan

 

Tenter de le réaliser a néanmoins un coût. Au coeur de l’été, le président Obama s’est résigné à maintenir 8400 soldats en Afghanistan au-delà de la fin de son mandat. Ils assument deux types de missions qui les exposent à des risques sérieux : la formation et l’appui aux forces de sécurité afghanes d’une part, la lutte contre les groupes terroristes d’autre part. Cette présence militaire coûte entre 10 et 20 milliards de dollars par an aux contribuables américains. De plus, avec 1,25 milliard de dollars prévus dans le budget 2017, l’Afghanistan est le troisième bénéficiaire de l’aide internationale américaine, derrière Israël et l’Égypte. Une situation dont héritera le futur locataire à la Maison-Blanche.

 

Déjà en 2012, Mitt Romney ne parvint pas à tirer avantage de l’échec du président Obama en Afghanistan. Il n’y eut en fait pas vraiment de débat entre les deux candidats qui partageaient la même idée, celle d’un retrait. Quatre ans plus tard, 850 milliards de dollars ont été dépensés, près de 2400 soldats américains ont été tués et les États-Unis semblent assumer un rôle non déclaré et d’une durée indéterminée de puissance occupante. Une telle situation devrait susciter un débat majeur.

 

Un rare sondage exhaustif récent sur cet enjeu, réalisé en 2015 par l’institut Pew, mettait en évidence qu’une majorité d’Américains (56 %) estimait que l’intervention américaine en Afghanistan avait échoué. Une proportion similaire (58 %) était pourtant favorable à un maintien de troupes dans le pays.

 

Dans ce contexte, tant Donald Trump qu’Hillary Clinton n’ont évidemment pas intérêt à attitrer l’attention sur cet échec bipartisan. À un mois de l’élection, aucun des deux n’a présenté ne serait-ce que l’ébauche d’un plan pour gérer cette guerre dont l’un ou l’autre va hériter. C’est regrettable. Le chaos afghan n’est en effet pas une fatalité. Un investissement continu et une attention plus soutenue pourraient significativement contribuer à la stabilité politique, à la croissance économique, et à contrer la dynamique dont bénéficient les talibans.

  • Jean-Paul Carrier - Abonné 8 octobre 2016 05 h 02

    Position géographique et politique stratégique.

    Il faut prendre en considération la position géographique et politique stratégique qu'est l'Afghanistan. Les guerres des puissances mandataires que se livrent L'Iran et l'Arabie Saoudite au Yémen et en Afghanistan, respectivement, représentent un défi de taille pour les E-U., mais c'est avérer aussi une porte d'entrée par Washington pour établir des liens avec l'Iran.

    Téhéran était déjà présent en Afghanistan lorsque les États-Unis et ses alliés de l'OTAN sont intervenus en 2001. À l'époque, l'Iran a vu la guerre de l'OTAN comme une circonstance opportune de travailler avec Washington pour vaincre les talibans et stabiliser le pays. L'Iran depuis longtemps investit argents et actions militaires afin de contrer l'entrée massive des drogues afghanes en Iran. Ce rapprochement se reflète aussi en Iraq où, sans le crier sur les toits, on retrouve des soldats iraniens et américains du même côté de la clôture. De plus, la tiédeur des relations entre les E-U et le royaume saoudien est proportionnelle au réchauffement de celles entre l'Iran et les E-U.

    Peut-être que la présence américaine fait contre poids à l'influence saoudienne en Afghanistan et que les E-U, peu importe ce que l'oeil nu voit tous les jours, ont décidé de miser sur le cheval perse. Les 6 prochains mois seront révélateurs en commençant par l'élection du 8 novembre et les élections iraniennes au printemps.

    Si Hilary Clinton devient Présidente, je crois que l'on peut miser sur un rapprochement graduel de l'Iran avec les E-U. et une réélection du Président Rouhani. Dans le cas inverse, nous n'aurons pas vraiment à nous soucier de l'Afghanistan, l'Iran ou des efforts de paix en Israël. Nous aurons un monde à rebâtir.

  • Bernard Terreault - Abonné 8 octobre 2016 08 h 35

    Bien vague

    "Un investissement continu et une attention plus soutenue" qu'est-ce en termes concrets ? Plus on intervient dans le Proche et Moyen-Orient, plus la situation y empire.