Le gros «enverdement»

Quand vient le temps de s’attaquer aux grands enjeux de l’environnement, les dernières années de politisation du vert nous ont enseigné cette chose fondamentale : il est généralement plus facile de dire que de faire.

 

Or, à l’approche de la Conférence de Paris sur le climat, la fameuse COP21, qui va ouvrir ses portes le 28 novembre prochain et à laquelle Justin Trudeau doit participer, un petit changement est peut-être en train de se profiler. Pas forcément pour le mieux, le « dire » étant sans doute en train de se transformer en « faire croire ».

 

Une balade dans les rues de Paris, à la faveur d’une escale dans la Ville Lumière il y a quelques jours, a suffi d’ailleurs à s’en convaincre. Agir, Climat, Planète… Les mots clés de la conférence se déclinent un peu partout sur les murs de la capitale française, comme dans la cour intérieure du ministère du Développement durable, où une bulle d’air géante a été gonflée pour parler climat et y présenter les grandes lignes du plan du gouvernement en matière d’environnement.

 

Un des projets frappe facilement les esprits : il est question de bouter l’obsolescence programmée — ce coup tordu des ingénieurs et financiers de la consommation de masse visant à réduire artificiellement la durée de vie d’un produit au nom de la croissance et, de facto, d’accroître les quantités de déchets — hors du territoire français. Comment ? En rendant la chose passible d’une peine de deux ans d’emprisonnement, explique une affiche posée sur un des murs du ministère, boulevard Saint-Germain, dans le quartier « gauche caviar » du même nom, mais également d’une amende de 300 000 euros. Ça fait 430 000 $, ça !

 

Faire de l’obsolescence programmée un délit grave : l’idée est certainement une musique douce à l’oreille du consommateur électeur qui, depuis quelques années, se sent impuissant face à sa machine à laver, son téléviseur ou son frigo qui lâche après cinq ou six petites années de vie utile, parfois moins, qui doit acquérir de nouveaux accessoires électroniques pour s’adapter à un nouveau format de prise, de connecteur, un nouveau système d’exploitation. Pour ne citer que ces quelques grands emmerdements d’une petite époque qui a érigé le jetable en religion et qui ne manque certainement pas d’ouailles dociles pour nourrir son dogme.

 

Mais si les intentions sont bonnes, cette perspective ne peut être rien d’autre qu’un énième leurre vert, un appeau pour verts à moitié vide ou à moitié plein, du grand « greenwashing », comme on dit sur la terrasse du Café de Flore, dont la mise en application ne peut être qu’illusoire.

 

La ronde des coupables

 

Imaginez un peu : la criminalisation de l’obsolescence programmée risque d’engorger les prisons en mettant sur la sellette plusieurs grands industriels, à commencer par ceux responsables de notre éclairage, qui sont sans doute les pères fondateurs de l’obsolescence programmée.

 

Oui, il est possible d’en fabriquer qui ne brûlent jamais. Les pionniers de l’ampoule ont d’ailleurs très bien compris les conséquences néfastes d’une telle résistance sur la bonne marche de leurs affaires en s’entendant il y a bien longtemps pour ne mettre en marché que des bulbes à incandescence dont la vie, après 1000 heures d’utilisation, devient plutôt incertaine. Un commerce qui ne voit pas sa clientèle revenir est un commerce qui ne peut que disparaître.

 

L’obsolescence programmée est sournoise, comme le prouve régulièrement le monde du numérique, qui la manie subtilement par l’entremise de mises à jour qui, en un téléchargement, peuvent rendre inopérant ou altérer les fonctionnalités d’un téléphone dit intelligent, d’un ordinateur et condamner un environnement informatique qui pourtant, jusque-là, fonctionnait très bien. Elle trouve également son carburant dans le matériau de qualité médiocre à dessein, dans le métal volontairement affaibli, dans l’abus de petites pièces en plastique et même de circuits imprimés impossibles à réparer qui forcent le remplacement d’un produit sans trop que l’on puisse trouver un responsable.

 

En France, si le projet de criminalisation suit son cours, Tim Cook, grand patron de l’empire de la pomme, Bill Gates, le père fondateur de Microsoft, et Lee Kun-hee, patron de Samsung, pourraient être du coup traînés devant les tribunaux et jetés derrière les barreaux pour avoir depuis des lunes mis leur profit, leur fonds de commerce au diapason de cette obsolescence programmée.

 

Même chose pour les grands dirigeants et ingénieurs de Sony, de Frigidaire, de Krups, Moulinex, General Electric, Panasonic, alouette. Et forcément, même si la chose, pour certains verts dogmatiques eux aussi, peut être très agréable à imaginer, il faut surtout une bonne dose de naïveté pour croire que cela pourrait vraiment arriver.

7 commentaires
  • Stewart Johnson - Abonné 9 novembre 2015 06 h 17

    Pourtant, une solution existe

    Les fabricants doivent être tenus responsables de tous leurs produits et obligés de les reprendre quand leur vie utile sera achevée. Une location à long term pour tout. Et ces mêmes compagnies seront tenues à recycler les composants dans leurs futures produits. On transformera ainsi notre économie linéaire si néfaste pour la terre.

    • Yves Corbeil - Inscrit 9 novembre 2015 09 h 13

      Excellente suggestion et du coup les frais de cette opération serviraient peut-être au prolongement de la durée de vie des produits. Car le juste millieu devrait primé pour la rentabilité totale des opérations.

    • Yvon Bureau - Abonné 9 novembre 2015 10 h 13

      J'appuie+++

    • Christian Dubé - Abonné 9 novembre 2015 19 h 50

      Oui, mais tant que tout ou presque sera fait en Chine ou ailleurs au tiers-monde, ça risque d'être bien difficile à appliquer. Que seraient les économies chinoises et coréennes sans l'obsolescence programmée?

  • Gilles Gagné - Abonné 9 novembre 2015 09 h 01

    Cette conférence de Paris deviendra-t'elle une autre conférence de l'hypocrisie? On y discutera bien sûr de positions à prendre pour atténuer notre empreinte polluante mais ce ne sera que voeux pieux pour populace à endormir, celle que l'on peut polariser aisément, celle qui dans la vie politique detient la "balance du pouvoir".

    Que fera-t'on contre l'obsolescence programmée? Absolument rien et les imachins de ce monde continueront à flancher et à faire rager pour forcer le consommateur à "se mettre à jour". Ma façon de faire entre autres: j'ai eu la première version du ipad et je n'en aurai JAMAIS une autre, c'est mon non à ces profiteurs sans moral.

  • Yvon Bureau - Abonné 9 novembre 2015 10 h 20

    Excellent texte

    Je pense à ces riches et très riches qui détruisent notre planète.

    J'ai peine à croire que notre ministre de l'environnment ira à Paris, en fin du mois, les mains libres.
    Par contre vaut peut-être mieux que le Canada y aille les mains vides et ouvertes que les mains liées, entachées d'huile.

    Vous devriez l'accompagner, monsieur Deglise !

  • Denis Paquette - Abonné 9 novembre 2015 12 h 10

    Et on parle de déficits quelle face grotesque

    La pire horreur actuellement est l'absolescence programmée et ce a tout les niveaux, si dans l'automobile ils ont eus l'audace de trafiquer les ordis vous imaginer quand vient le temps de décider de la longévité des pieces, il faut juste verifier l'augmentation du volume des vidanges pour s'en rende de compte, l'on dit qu'en informatique la longévité est de trois ans a peine et qu'elle diminue d'une génération a l'autre et nous avons pas encore parler des travaux publiques quelle sont les sommes d'argent biens investies, combien de fois nous les voyons creuser les memes tranchées, je les ai vus creuser l'avenue Papineau aux deux ans et pas de petits travaux,essayer juste d'imaginer ce que ca coutent en inconvénients, la meme chose pour les grandes avenues de Montreal j'ai vu la Ste Catherine etre creusée pendant cinq ans au meme endroit, l'intersection Sherbrooke et Papineau est creusée tous les ans , tous les étés depuis dix ans, je ne veux juste pas savoir ce que ca coute, mon opinion est que c'est colossale ce que l'on y investi, le maire de Montreal actuel, un peut plus brillant va aller s'amuser sur l'ile Notre Dame