Le droit à l’indignation

Ce n’est pas un droit qu’on trouve dans la Charte et c’est bien dommage. Ce ne sont pas les sujets de s’indigner qui manquent pourtant. L’indignation est essentielle dans notre monde, si fragile face au chant des sirènes et si docile face aux autorités qui ne se gênent pas pour manipuler les citoyens ou pire, les soumettre sans appel. L’indignation est une réaction saine qui permet de dénoncer les injustices dont les humains sont victimes et d’entretenir une flamme qui autrement aurait tendance à s’éteindre quand le vent se lève.

 

Pour ma part, je prêche l’indignation depuis que j’ai 10 ou 11 ans. J’ai commencé chez les soeurs, car j’ai hérité ma capacité de m’indigner de ma grand-mère Marie-Louise qui ne trouvait pas beaucoup de qualités au monde dans lequel elle vivait et qui a fait en sorte que je ne me laisse pas marcher sur les pieds sans réagir. Je lui en ai toujours été reconnaissante. Ce sont ses leçons qui m’ont guidée durant toute ma vie.

 

À quelques jours de Noël, je ne peux pas ne pas penser à elle. Elle détestait cette fête parce qu’elle la trouvait trop commerciale (imaginez ce qu’elle dirait aujourd’hui), trop « anglaise » aussi parce qu’à l’époque on entendait plus souvent « Merry Christmas » que « Joyeux Noël » dans les rues de Montréal. Elle ne supportait pas non plus d’entendre le Minuit, chrétiens surtout à cause de ces deux lignes qui disent : Peuple à genoux, attends ta délivrance. Elle voulait que ces mots soient changés pour « PEUPLE DEBOUT, CHANTE TA DÉLIVRANCE ». Ma Marie-Louise était une femme rare à son époque.

 

Il m’arrive souvent de me demander quels seraient ses combats aujourd’hui. Je sais qu’elle serait de toutes les manifs, casseroles en main, et qu’elle n’accepterait jamais qu’on fasse perdre aux femmes le peu qu’elles ont réussi à obtenir au cours des 40 dernières années. Elle voudrait des garderies gratuites, des infirmières respectées, des conditions de travail justes et surtout pas mesquines pour toutes ces femmes de la fonction publique qui sont toujours les moins bien payées et sur qui tout le système repose. Leurs acquis avaient réussi à leur redonner une identité propre et une fierté qu’on balaie sous le tapis. Marie-Louise n’accepterait pas qu’on bardasse les élèves en les changeant d’école pour réduire les commissions scolaires. Un « gouvernement aux longs couteaux » vient pourtant de tout remettre en question.

 

Pour ma part, je crois que le trip de pouvoir de nos dirigeants actuels a tout pour nous indigner. Et ils affirment même, sans s’en excuser, que le pire est à venir. Drôle de phénomène que ces gouvernements auxquels nous « prêtons notre pouvoir » en les élisant et qui nous crachent au visage dès qu’ils sont en selle.

 

Dans le monde entier, on s’entend pour dire que l’éducation des jeunes est en état d’urgence. Ici, on coupe les ressources, on augmente le nombre d’élèves par classe, on augmente outrageusement les revenus des têtes dirigeantes des universités, mais on coupe dans les besoins essentiels de la culture et des sciences. On charcute sans état d’âme dans ce qui fait de nous un peuple créateur et en état de survivance.

 

Certains de mes lecteurs me reprochent parfois mon indignation face à ce qu’on fait vivre au peuple québécois. On n’appelle pas toujours « indignation » mes reproches et mes coups de colère, mais je peux certifier que mes critiques émanent de ma capacité d’indignation qui fait partie de mon ADN et qui me servira d’adrénaline jusqu’à la fin de mes jours. Ce n’est certainement pas le moment de se taire et de laisser faire.

 

J’ai donc l’intention de vous revenir le 9 janvier 2015. Ma réserve d’indignation est suffisante pour envisager une année sous le règne des trois docteurs qu’il ne faut surtout pas confondre avec les Rois Mages. Les nôtres ne nous offrent ni or ni encens, mais un cafouillage que nous allons subir longtemps. Pas plus d’ailleurs que le ministre du Trésor qui fait plus penser à Séraphin Poudrier qu’à un administrateur du Trésor public. Quant au ministre des Finances, je ne suis pas arrivée encore à saisir vraiment de quoi il parle.

 

Je vous fais tous les voeux d’usage et je me dis que 2015 sera ce que nous en ferons. C’est à nous de jouer maintenant. Je vous remercie de continuer à me lire. Je nous souhaite à tous une année 2015 moins angoissante que celle qui se termine. Je vous suggère de mettre le mot « solidarité » dans votre vocabulaire de chaque jour. Nous en aurons besoin. Quant au droit à l’indignation, je souhaite vous voir vous lever pour l’affirmer haut et fort. Quand nous serons tous assez indignés, nous serons invincibles.

  • Jacques-Olivier Brassard - Abonné 19 décembre 2014 00 h 24

    Un jour, nous le chanterons...

    « PEUPLE DEBOUT, CHANTE TA DÉLIVRANCE »

    D'ici là, chantons en choeur : « Peuple debout, bientôt la délivrance ! »

  • Jeanne Langlois - Inscrite 19 décembre 2014 03 h 45

    Le droit à l'indignation

    S'indigner , le dire et le redire , nous garde dans l'espoir .

    Merci !

    Jeanno

  • Marc Lacroix - Abonné 19 décembre 2014 06 h 18

    Le contentement des agneaux !

    Je commence tout d'abord par vous remercier Mme Payette pour l'énergie qui vous osez encore mettre pour réveiller le bon peuple qui vit la tête encore dans le brouillard de la société néolibérale qui nous entoure. Ce brouillard qui fait que plusieurs s'investissent dans l'inutile et le culte du "Moi". Les Québécois, mais pas seulement les Québécois, le monde entier devrait réaliser qu'ils vivent dans un rêve insipide dans lequel ils sont manipulés par les politiciens, les hommes d'affaires brefs, les gens de pouvoir, qui nous obligent à construire une société-prison dans laquelle, ils sont les seuls gagnants.

    Noël, ne devrait pas être la fête de la consommation effrénée, mais un temps de repos qui nous permet de nous rencontrer et de refaire connaissance. Pas besoin de bébelles qui vont nous forcer à faire des heures supplémentaires une fois de retour des vacances. La simili austérité dans laquelle nous enfouissent les trois docteurs qui permet d'enrichir les amis et de taper sur le reste du monde ne répond qu'aux besoins des petits comptables "cheaps"; ayons le courage de s'élaborer une société avec de vraies valeurs qui permettent de voir à long terme, pour nos enfants et leurs enfants. Prenons conscience du non-sens d'une société où chacun vit séparé des autres, dans son petit monde égoïste qui nous transforme tous en outils jetables après usage.

    Oui, j'espère que nous aurons la force de nous indigner plutôt que de nous cantonner à une bête rectitude politique qui fait que nous n'osons... que consommer et jouir de ce que nous valons... pour l'instant !

  • Jacquelin Beaulieu - Abonné 19 décembre 2014 07 h 14

    Grande réserve d'indignation pour 2015 .....

    Madame Payette , votre réserve d'indignation risque d'être insuffisante pour l'année qui vient avec ce gouvernement libéral qui nous impose coupures , austérité, restrictions , chambardements , rapetissement de l'état et qui ignore le travail de croissance économique , créateurs d'emplois et porteur d'espoir .....
    Ce gouvernement , dont les meneurs sont des dogmatiques , nous laissent dans les limbes et tente d'empêcher les municipalités d'appeller les diminutions de transferts la taxe Moreau ......

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 décembre 2014 07 h 29

    J'ai le droit ! (Variante de : c'est pas juste!) Comme à 11 ans...

    Nul ne songerait une seconde à priver madame Payette de la salutaire expression de sa colère, même ses critiques les plus réguliers. La question n'est pas là. La société québécoise ne se porte ni mieux ni pire de simplement accueillir ses mouverments d'humeur. Ce qui nous enrichit collectivement, c'est quand elle ne juge pas son irritation suffisamment parlante par elle-même pour se dispenser de la justifier. Ce n'est hélas pas si fréquent. Alors on écoute ses récriminations, on sait d'avance vers qui elles finiront par pointer, invariablement. On se dit qu'une femme aussi sage ne peut qu'être dans le vrai. Elle le croit aussi. C'est son droit.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 décembre 2014 07 h 51

      On peut disséquer et faire valoir qu'un bec-scie et qu'un malard ne sont pas identiques. Mais quand ça fait couac, que ça a des pattes palmées et que ça porte des plumes, on peut facilement conclure que c'est un canard. Ce n'est plus un droit ni une croyance, mais bien une évidence.

      Bonne journée.

      PL

    • Lise Bélanger - Abonnée 19 décembre 2014 08 h 28

      L'indignation (c'est pas juste, comme à 11 ans) est le premier pas de la démocratie et la liberté. Où êtes-vous M. Desjardins?

      Pour trouver des solutions, il faut être aux commandes, donc en fonction au gouvernement.

      Mme Payette en a trouvé plusieurs lorsqu'elle était ministre.

      Maintenant, tenter d'éveiller les esprits, la conscientisation des démarches gouvernementales etc...sont le rôle du journaliste qu'est Mme Payette.

      Souvent à 11 ans, on ne remet pas en question l'univers adulte n'est-ce pas, mais moi je préfère le c'est pas juste qui amène à l'action.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 décembre 2014 09 h 56

      Monsieur Lefebvre, votre commentaire fait image, certes, mais au-delà de l'image?

      Madame Bélanger, si l'indignation est le premier pas de la liberté et de la démocratie, à condition de ne pas se contenter de piaffer sur place en faisant la sourde oreille.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 décembre 2014 10 h 24

      Au-delà de l'image apparait la logique M. Maltais Desjardins.

      En voici une autre : Le marin était occupé sur le quai a défaire son câble pour voir ce qu'il y avait dedans. Après quelques heures, il se rend compte que plus rien ne retient son bateau pendant qu'à côté de lui s'amoncelait un gros tas de brindilles inutiles. Conclusion : À trop défaire et déchiqueter nos arguments, ils perdent toute consistance.

      Bonne journée.

      PL

    • Clermont Domingue - Abonné 19 décembre 2014 10 h 26

      Où est le vrai, m Maltais Desjardins? Aimez-vous l'Etat-Providence? Souhaitez-vous que nos élèves décrochent davantage? Avez-vous hâte de payer de votre poche pour vous faire soigner? Voulez-vous plus de pauves autour de vous? Connaissez-vous le mot: solidarité? Accepteriez-vous de payer plus d'impôts?

    • Marc Lacroix - Abonné 19 décembre 2014 10 h 51

      À Richard Maltais Desjardins,

      Le conformisme béat n'est pas non plus générateur de progrès, les citoyens sont justifiés de passer des commentaires sur les orientations de la société et Mme Payette fait partie de notre société. Je présume que vous avez aussi un point de vue, comme les autres, vous avez le droit de l'exprimer et d'argumenter à ce sujet, mais je comprends mal pourquoi Mme Payette devrait se taire si vous avez le droit de parler !

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 décembre 2014 11 h 25

      Monsieur Lefebvre, j'aime les images, mais pas au point de prétendre qu'elles se substitueraient à la « logique ».

      Monsieur Domingue, je ne dis pas que le gouvernement Couillard ait raison mais que les choix budgétaires actuels s'inscrivent dans la continuité de l'engagement d'atteindre le déficit zéro, auquel tous les partis pour la droite - ils sont trois et ont obtenu 90 % des suffrages exprimés - souscrivent et qu'il y a une bonne part de mauvaise foi à en attribuer l'odieux au PLQ alors que le PQ aurait dû sabrer aussi cruellement que lui. Serais-je prêt à payer plus d'impôt par solidarité avec les jeunes familles, avec les personnes âgées, avec les poqués de la société? Oui, monsieur. Mais je fais partie du 10%...

      Monsieur Lacroix, ce n'est pas parce qu'on ne dit pas la même chose qu'on donne forcément dans un « conformisme béat » qui suffirait à nous faire taire si on s'en reconnaissait coupable. Je ne dis pas du tout que madame Payette doive se taire. Bien au contraire, je déplore toutefois qu'elle nous offre quelquefois plus d'états d'âme que d'arguments. Ce n'est pas lui faire affront que de le regretter.

    • Clermont Domingue - Abonné 19 décembre 2014 13 h 06

      Merci m Maltais Desjardins, c'est en s'exprimant qu'on se comprend. Le 10%, j'en fais aussi partie. Depuis longtemps, je réclame l'ajout de deux palliers à la table d'impôt. Ce serait plus solidaire que de chercher à rapetisser l'Etat

    • Michel Vallée - Inscrit 19 décembre 2014 17 h 00

      @ pierre lefebvre

      « [...] Quand ça fait couac, que ça a des pattes palmées et que ça porte des plumes, on peut facilement conclure que c'est un canard. Ce n'est plus un droit ni une croyance, mais bien une évidence.»


      Pourtant, quand ça ne fait pas couac, que ça n'a plus de palmes aux pattes et que c'est déplumé sur l'étal du boucher, c’est toujours bien quand même un canard !