Le point sur l’agriculture urbaine

Un jardin potager sur le toit du centre d’écologie urbaine de Montréal
Photo: Lise Gobeille Un jardin potager sur le toit du centre d’écologie urbaine de Montréal

Éric Duchemin est Ph.D. en sciences de l’environnement, professeur associé et chargé de cours à l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal. Il est spécialiste des changements climatiques, de l’agriculture urbaine et de la communication scientifique. Entrevue.

 

Quelle est la situation de l’agriculture urbaine actuellement à Montréal ?

 

Quand on parlait d’agriculture urbaine auparavant, on parlait surtout des jardins communautaires, mais depuis la fin des années 2000 s’est développée une nouvelle forme d’appropriation : les jardins collectifs. On en retrouve plus d’une centaine, répartis dans tous les arrondissements. Aussi, au cours des dernières années, de nouveaux groupes de coordination ont été créés, avec en tête Les Incroyables comestibles et Les Fruits défendus.

 

À Montréal, la guérilla jardinière n’est pas vraiment nécessaire, car tout devient rapidement légal. On pense au Champ des possibles, qui est maintenant géré par un comité mixte Ville-citoyens. Depuis juillet 2013, la Ville a même une section dans son plan d’urbanisme qui permet aux citoyens de s’approprier une friche.

 

Dans certains quartiers, comme Rosemont, le maire va jusqu’à encourager les gens à planter dans les saillies d’arbres et à faire des jardins de rue. Les élus, les fonctionnaires et le mouvement fonctionnent simultanément, la seule pierre d’achoppement demeurant les poules. Et le mouvement est en croissance. D’ailleurs, trois sondages récents montrent qu’entre 38 et 43 % des Montréalais cultivent des légumes, des fines herbes, des petits fruits, etc.

 

Quels sont les projets qui prennent forme en ce moment ?

 

Il y a un grand projet de potager à la mairie de Montréal ou aux alentours — peut-être le Champ-de-Mars —, comme ceux de Québec, de Paris et de San Francisco. Soumis par le Comité permanent sur l’agriculture urbaine à Montréal, le projet a reçu l’appui de Réal Ménard, responsable du développement durable, de l’environnement, des grands parcs et des espaces verts, et est poussé par lui. Mais comme il y a des contraintes — bâtiments patrimoniaux, travaux, sans-abri, etc. — et que ce projet est d’une grande envergure, il a été reporté à 2015 ou 2016.

 

Par contre, cette année, un potager sera planté et entretenu par les horticulteurs de la Ville sur la terrasse où sont reçus les dignitaires. Aussi, la présidence de la mairie organisera des activités d’agriculture familiale au cours de l’été, devant la mairie, où se trouvent les mosaïcultures.

 

Quelles sont les autres directions que prend l’agriculture urbaine ?

 

Il y a une volonté de professionnalisation et les gens désirent travailler en agriculture en restant en ville. Par exemple, les Fermes Lufa et le Santropol roulant, avec son potager sur le toit et ses champs périurbains qui fournissent sa popote.

 

De plus, il est clair que l’agriculture urbaine n’a pas uniquement des objectifs de production et de rentabilité, mais également des objectifs de transformation, d’éducation, de sensibilisation et de sécurité alimentaire. Par exemple, la coop de travail Miel Montréal fait de la mise en marché de miel, de la valorisation et de la sensibilisation dans les écoles. Pour leur part, Les Fruits défendus sont en réflexion et envisagent la professionnalisation de leurs activités afin de réaliser un travail semblable à LifeCycles Fruit Tree Project à Victoria, en Colombie-Britannique, ou à Not Far from the Tree, à Toronto.

 

Il y a aussi la City Farm School de l’Université Concordia à Montréal, qui forme des gens à la production et à la mise en marché de légumes sur le terrain du campus Loyola. Tout de même, un des défis demeure la formation, mais des discussions sont en cours avec l’Université Laval pour offrir une semaine intensive en agronomie. La présence d’un groupe-conseil ou d’un agronome statutaire à la Ville de Montréal permettrait également de développer une expertise et de desservir la région.

 

Finalement, l’agriculture urbaine à Montréal est sortie de ses moules traditionnels avec les jardins en partage, les saillies et les activités pédagogiques. De plus, sa professionnalisation et le bassin important de citoyens qui ont envie de s’impliquer en font un secteur en pleine effervescence.

 

En vrac

 

Les Incroyables comestibles. Initiative internationale de jardinage de plantes comestibles sur la voie publique. Les passants sont invités à se servir gratuitement.

 

Les Fruits défendus. Initiative mettant en réseau les propriétaires d’arbres fruitiers et des cueilleurs bénévoles. La récolte de fruits est partagée en trois : un tiers va au propriétaire de l’arbre, un tiers est partagé par les bénévoles et un tiers va à un organisme de charité.

 

Pour tout ce que vous voulez savoir sur l’agriculture urbaine à Montréal.

 

L’école d’agriculture urbaine a lieu du 18 au 22 août cette année. C’est déjà complet, mais il est possible de mettre son nom sur une liste d’attente.
 

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Attention : mildiou de l’impatiens

 

L’année dernière, particulièrement dans les régions de Laval, de Montréal et de la Montérégie, plusieurs cas importants d’infestation du mildiou de l’impatiens ont été détectés. Cette maladie, causée par Plasmodora obducens, est un fléau mondial qui frappe actuellement le Québec. Le plant infecté dépérit en quelques jours. Une fois présente, la maladie reste dans le sol sous forme d’oospore, une structure de survie qui lui permet d’infecter des impatiens plantées au même endroit, cela pendant de nombreuses années.

 

Cette infection dévastatrice qui attaque uniquement les impatiens à fleurs simples et à fleurs doubles, Impatiens walleriana, est favorisée par les conditions fraîches et humides. Aucune autre annuelle n’est affectée. Le Centre d’expertise en horticulture ornementale du Québec juge très risquées la production et la plantation d’impatiens pour la saison 2014.

 

Voici les solutions de rechange suggérées : les impatiens de Nouvelle-Guinée, les bégonias, les lobélies et les torénia pour les fleurs, et les hypoestes, les plectranthus et les coléus pour le feuillage. Ne soyez pas surpris de ne pas voir d’Impatiens walleriana dans les jardineries cette année : vous y trouverez plutôt une affiche expliquant la situation.

Pour la bibliothèque

La bible des vivaces du jardinier paresseux
Tome III

Larry Hodgson
Broquet
Mars 2014, 568 pages

Agréable à consulter et un bon outil de référence, le troisième tome de la Bible des vivaces présente plus de 8000 espèces et cultivars de plantes adaptées au nord-est de l’Amérique du Nord. Le premier chapitre est consacré à des plantes fascinantes adaptées à des conditions spécifiques et souvent extrêmes, les alpines. Le second est court et énumère les plantes qu’on cultive afin de faire sécher leurs fleurs : il est joliment nommé « Le chapitre des vivaces immortelles ».

Pour les coins moins ensoleillés, ce n’est pas le choix de fleurs qui manque, et le chapitre 3, d’ailleurs le plus volumineux, en propose une panoplie. Le quatrième chapitre traite quant à lui des feuillages décoratifs qui colorent nos aménagements durant toute la saison horticole et dont le rôle est loin d’être secondaire. La partie intitulée « Un peu de piquant dans les plates-bandes » touche une corde sensible : j’ai un faible pour ces belles ornées d’aiguilles, d’épines et de dards.

Enfin, la dernière partie, « Des vivaces à éviter », permet de ne pas faire d’erreur en introduisant certaines plantes au jardin, ce qu’on pourrait regretter longtemps, comme les envahissantes ou les toxiques. Un excellent livre. Mon bémol : la qualité de certaines photos.

 

Des questions? Écrivez à lgobeille@ledevoir.com

La bible des vivaces du jardinier paresseux

Larry Hodgson

Tome iii

Broquet