Le gouvernement Marois a renié de nombreuses promesses électorales au cours des derniers mois, mais on ne peut pas l’accuser d’avoir caché ses intentions en ce qui concerne le pétrole de l’île d’Anticosti.


Le PQ s’était simplement engagé à soumettre le dossier au BAPE avant d’en autoriser l’exploitation. « On ne prendra pas de risques. On va exploiter le pétrole de façon sécuritaire, si tant est qu’on l’exploite », avait déclaré Mme Marois lors du premier débat télévisé entre les chefs de parti. Soit, ce n’était pas le thème central de la campagne péquiste, mais il n’était pas difficile de comprendre que la porte était grande ouverte. D’ailleurs, Québec solidaire lui en faisait déjà le reproche.


Il paraît évident que le règlement publié dans la Gazette officielle le 29 mai a été taillé sur mesure pour permettre à Pétrolia d’effectuer des forages sur la quasi-totalité de la superficie du territoire de l’île. Malgré les obligations imposées aux entreprises, il est également clair que la fracturation comportera un risque pour l’environnement.


Il est parfaitement légitime de s’opposer à toute exploitation, peu importe le degré de risque et les avantages économiques que le Québec pourrait en tirer. « La merveilleuse et patrimoniale île d’Anticosti ne peut pas devenir un dépotoir minier », a lancé Françoise David jeudi à l’Assemblée nationale. Présenté ainsi, on peut difficilement lui donner tort.


« C’est une chose d’être contre l’exploitation ou l’exploration du pétrole, mais c’en est une autre d’être contre la connaissance », lui a répliqué le ministre de l’Environnement et du Développement durable, Yves-François Blanchet. Qu’il s’agisse d’Anticosti ou encore du gisement Old Harry, au large des îles de la Madeleine, comment trancher sans savoir quel est exactement le potentiel exploitable et ce que l’État pourrait en retirer ?

 

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M. Blanchet n’a pas digéré que Le Devoir le présente comme un « partenaire » de l’industrie pétrolière. Il est vrai que certains qualificatifs collent à la peau, et le ministre peut compter sur Amir Khadir pour faire en sorte que ce soit le cas, mais un peu plus de transparence aurait évité d’alimenter les soupçons. Sans la vigilance de l'ingénieur en génie géologique Marc Durand, le règlement du 29 mai serait peut-être passé inaperçu.


Le ministre a dénoncé le « glissement sémantique » qui l’a fait interpréter comme un feu vert à la fracturation, insistant sur le fait qu’aucune demande de permis ne lui était encore parvenue. Les propos qu’il avait tenus dans son entrevue au Devoir autorisaient pourtant une telle interprétation : « Il faut être cohérent. On ne peut pas dire qu’on veut permettre l’exploration mais qu’on ne permettra pas la fracturation. Il faut être logique. » Soit, les demandes de permis viendront plus tard, mais elles viendront et elles seront vraisemblablement agréées.


Après tout le mal que le PQ a dit de la fracturation durant le débat sur le gaz de schiste, on peut comprendre que M. Blanchet marche sur des oeufs, mais on ne peut pas lui reprocher d’être cohérent avec la politique de son gouvernement. Le PQ n’a jamais caché que le pétrole pourrait constituer non seulement une source de revenus appréciable pour l’État, mais aussi une « condition gagnante » pour le projet souverainiste.


Le rôle du ministre n’est pas de s’y opposer d’entrée de jeu, mais de rendre disponibles toutes les informations qui permettront au gouvernement et à la population de faire un choix éclairé. Si, en son âme et conscience, il estime que le coût pour l’environnement est trop élevé et que le gouvernement décide d’aller de l’avant malgré tout, il devrait démissionner. Sinon, il devra s’assurer que l’exploitation se fera dans les conditions les plus sécuritaires possible.


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Nul doute que le débat sera difficile. C’est facile de s’entendre pour dénoncer l’inconscience écologique des Albertains. Ce serait une tout autre affaire de nous priver nous-mêmes d’un pactole. S’il faut saccager la « perle du Saint-Laurent » alors que seulement une infime fraction du pétrole emprisonné dans le schiste serait exploitable, il vaudrait sans doute mieux y renoncer et miser plutôt sur Old Harry. Encore faudrait-il savoir ce qu’il en est exactement.


La politique étant ce qu’elle est, il faut s’attendre à certaines incongruités. Le porte-parole libéral, Laurent Lessard, en a fait sursauter plusieurs la semaine dernière à l’Assemblée nationale quand il a dénoncé la précipitation du gouvernement et suggéré qu’on applique à Anticosti le règlement sur l’eau potable adopté récemment à Gaspé. « On croirait entendre Daniel Breton », a lancé le député caquiste de Granby, François Bonnardel.


La vigilance est sans doute de mise, mais après avoir cédé en catimini à l’entreprise privée les droits sur le pétrole d’Anticosti que détenait Hydro-Québec, les libéraux devraient se garder une petite gêne.

39 commentaires
  • Pierre Zwngli - Inscrit 8 juin 2013 00 h 36

    Pas de dogmatisme

    «Il est parfaitement légitime de s’opposer à toute exploitation, peu importe le degré de risque et les avantages économiques que le Québec pourrait en tirer. »

    Bin non, pas « peu importe ». Il faut tenir compte des risques et des avantages. S'opposer s'il n'y a pas de risque ou des risques minimes (toute production ou importation d'énergie en comporte!) c'est du dogmatisme..

    • Paul Michaud - Abonné 8 juin 2013 13 h 01

      Oui, tout à fait d'accord.
      Est-ce faisable de façon sécuritaire? Est-ce une amélioration par rapport à ce qui se fait actuellement? Quels en sont les coûts et les bénéfices pour l'ensemble de la société?
      Il est facile de jouer les vierges offensées et de tout rejeter en rêvant de lendemains qui chantent sans pétrole, mais ce n'est pas une solution, c'est un rêve!
      En quoi est-ce que le pétrole utilise au QC en provenance de l'Arabie Saoudite et du Nigeria serait-il une meilleure alternative?

    • Martin Maynard - Inscrit 8 juin 2013 16 h 28

      Effectivement! Nous sommes très fort sur le pas dans ma cour ... mais coupez-nous pas nos deux autos, nos tracteurs à gazon et nos voyages dans le sud par exemple!

  • Pierre Vincent - Inscrit 8 juin 2013 04 h 44

    Quand l'ADISQ essaie de gérer l'Environnement au Québec...

    Il est ironique de constater que c'est l'actuelle ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, alors dans l'opposition, qui pourfendait les gaz de schiste justement en raison des risques de la fracturation. Maintenant au pouvoir, elle laisse son collègue de l'Environnement défendre le dossier de la fracturation hydraulique du pétrole de schiste d'Anticosti. Et les gaz à effet de serre ? On n'en parle plus dans ce débat, puisque du pétrole on en a besoin de toute manière, et que l'électricité propre dont on a d'importants surplus, il faut la faire disparaitre...

    Pour ce qui est de la récupération politique, il est clair que la venue de Daniel Breton au PQ, outre le fait qu'il a presque sauvé à lui seul Pauline Marois, a permis de récupérer un Vert, ex-candidat fédéral du NPD en plus, qu'on a ni plus ni moins muselé depuis son départ du ministère de l'Environnement. Mais si Laurent Lessard prend la relève de M. Breton, alors plus d'inquiétude, l'environnement sera très bien défendu... Et la candidature de Gabriel Nadeau-Dubois se pointe à l'horizon pour QS aux prochaines élections. Heureusement pas dans Ste-Marie-St-Jacques pour M. Breton, où Manon Massé est la candidate de QS depuis toujours... Qui sera le plus vert aux prochaines élections ? Le PQ, QS, les Verts ou le PLQ de Laurent Lessard ? Pas la CAQ avec son mirobolant Plan St-Laurent, en tout cas...

    Ce sera très amusant d'entendre Philippe Couillard nous donner sa version de la vente à rabais des droits pétroliers par Hydro-Québec que le gouvernement actuel refuse toujours de rendre les détails publics, malgré les promesses de la ministre Martine Ouellet, qui en faisait tout un plat alors qu'elle était dans l'opposition. Et Daniel Breton, qui en avait fait le principal cheval de bataille de son groupe de réflexion aujourd'hui avalé par le PQ et réduit à l'électrification des transports, va-t-il suivre sa conscience et joindre QS ? Auquel cas il faudrait lui trouver un comté...

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 8 juin 2013 13 h 38

      Les détails du contrat de vente de l'île d'Anticosti seront rendus publics en septembre, selon le gouvernement Marois.

    • Patrick Boulanger - Abonné 8 juin 2013 16 h 23

      C'est par l'intermédiaire de ses assemblées d'investiture que QS choisit ses candidats M. Vincent. Par conséquent, Saite-Marie-Saint-Jacques n'appartient pas plus à M. Massé qu'à tout autre membre de QS qui voudrait se présenter contre elle lors d'une éventuelle assemblée d'investiture dans Saite-Marie-Saint-Jacques.

    • Patrick Boulanger - Abonné 8 juin 2013 20 h 29

      En plus d'être membre de QS, j'imagine qu'il y a d'autres conditions pour être éligible à présenter sa candidature à une assemblée d'investiture de QS (ex. : J'imagine qu'un mineur de 17 ans ne peut pas se présenter comme candidat même s'il est membre).

  • Normand Carrier - Abonné 8 juin 2013 06 h 39

    Chaque chose en son temps ....

    Comme dirait mon grand père , chaque chose en son temps et le gouvernement se doit de procéder d'une facon pragmatique .... Il est fondamental de connaitre les véritables richesses que l'ile Anticosti renferme et pour se faire il faut permettre l'exploration et connaitre les résultats de l'étude du BAPE ....... Cela doit se faire d'une facon transparente et évaluer le potentiel et les risques ..... Seulement après , le gouvernement sera en mesure de prendre une décision rationnelle et logique .....

    Concernant les libéraux , ils sont en porte a faux avec leur passé de gaz de schiste ou ils ont tout fait en catimini et donné tous les permis d'exploration sans qu'un contribuables en soit informé et cela a des prix dérisoires et risibles et l'Hydro-Québec a cédé tous ses droits a l'entreprise privée ... Ils n'ont aucune lecon a donner et leur crédibilité est nulle .......

    La position de QS est dogmatique car être contre sans en connaitre les véritables données et risques est essentiellement politique ...... Comment QS qui veut appliquer un programme socialiste de gauche pourrait-il si on ne crée pas de richesse avec tous les facteurs de richesses ..... Croire qu'on peut aller chercher toute cette richesse chez 2% des contribuables est utopique et contre productive ......

  • Jacques Morissette - Abonné 8 juin 2013 06 h 51

    Le problème avec les politiciens.

    Ils parlent avec leurs consciences pendant la campagne électorale, mais ils deviennent surtout pragmatique une fois au pouvoir. Est-ce cela l'incongruité dont vous parlez, M. David?

    Donc, l'électorat votent pour la conscience dont ils ont fait état durant la campagne , mais ils doivent ensuite endurer leur pragmatisme souvent de bas étage une fois au pouvoir.

    Je ne sais pas quel type d'exploitation du pétrole ils veulent faire? Est-ce simplement pour extirper à partir d'une nappe de pétrole ou du schiste de pétrole? La différence?

    Une nappe de pétrole peut se comparer à un verre dans lequel il y a du pétrole, une paille suffit pour l'extirper. Le pétrole de schiste est dans les glaçons dans le verre d'eau.

    Dans ce dernier cas, la technologie a besoin d'être très au point pour extirper le pétrole de la glace sans polluer l'eau dans lequel se trouve la glace, sans parler des erreurs humaines.

  • Raymond Gauthier - Abonné 8 juin 2013 08 h 03

    Le candidat idéal

    « Qu’il s’agisse d’Anticosti ou encore du gisement Old Harry, au large des îles de la Madeleine, comment trancher sans savoir quel est exactement le potentiel exploitable et ce que l’État pourrait en retirer ? »

    « Ce serait une tout autre affaire de nous priver nous-mêmes d’un pactole. S’il faut saccager la « perle du Saint-Laurent » alors que seulement une infime fraction du pétrole emprisonné dans le schiste serait exploitable, il vaudrait sans doute mieux y renoncer et miser plutôt sur Old Harry. Encore faudrait-il savoir ce qu’il en est exactement. »

    Monsieur David, si vous l’écrivez sans rire, vous êtes tout à fait mur pour joindre les rangs du PQ. Madame Marois vous « espère » à bras ouverts !

    Raymond Gauthier, aux îles de la Madeleine