La dernière fois que le Québec a projeté une image aussi ridiculement intolérante remonte à une quinzaine d’années, quand la populaire émission 60 Minutes, diffusée sur le réseau américain CBS, avait rapporté le plus sérieusement du monde qu’un perroquet avait fait l’objet d’une plainte pour cause d’unilinguisme anglais.

L’Office de la langue française avait eu beau nier formellement ce qui était une pure invention, le journaliste l’avait quand même incluse dans son reportage. Pourquoi laisser les faits contredire une bonne histoire, n’est-ce pas ?


Résultat : 20 millions de téléspectateurs avaient découvert qu’une bande de dangereux fanatiques vivaient à leur frontière.


Cette fois-ci, ce n’est que trop vrai. Non seulement quelqu’un s’est plaint de la présence du mot « pasta » sur le menu d’un restaurant… italien, mais un fonctionnaire de l’Office y a donné suite.


Il suffisait de jeter un oeil sur la première page du National Post de jeudi pour imaginer la nouvelle éruption de Quebec bashing dans les chaumières du ROC.


L’Office a eu beau condamner cet « excès de zèle », qui ne tenait pas compte de l’exception prévue dans le cas des spécialités étrangères, le mal est fait, encore une fois. Je me demande comment Jean-François Lisée va expliquer aux anglophones que, dans un Québec souverain, les fonctionnaires auront plus de jugeote.

 

***
 

Le chroniqueur politique de la Gazette, Don MacPherson, a souligné « l’hypocrisie » du libellé utilisé dans la Charte de la langue française, dont aucun article n’interdit ou ne limite l’usage de la langue anglaise, mais plutôt celle d’une « langue autre que le français », alors que seul l’anglais est visé.


Lucien Bouchard avait jadis « éprouvé des moments d’impatience » quand la défunte Commission de protection de la langue française était intervenue pour faire respecter les dispositions de la Charte relatives à l’affichage commercial dans le Quartier chinois. Il avait dit souhaiter que la Commission fasse son travail « de façon raisonnable », ce qui laissait entendre que la loi ne devait pas être appliquée dans certains cas.


Curieusement, quand les libéraux sont au pouvoir, cette « façon raisonnable » d’appliquer la loi devient soudainement du laxisme. Soit, le fonctionnaire allergique aux pasta n’était pas très futé, mais il n’en existe pas moins un flou artistique sciemment entretenu par des politiciens, qui hésitent à appeler un chat un chat.


C’est d’ailleurs cette même pudeur - ou hypocrisie - qui empêchera les participants au Sommet sur l’enseignement supérieur de discuter du déséquilibre dans le financement des universités, nettement à l’avantage des établissements « d’une langue autre que le français », comme l’ont réclamé une trentaine de professeurs qui qualifient cette disproportion de « véritable vestige de l’époque d’avant la Révolution tranquille ».


La principale de McGill peut bien vanter la contribution de son établissement au développement économique du Québec, il demeure que la moitié des médecins formés à McGill grâce aux impôts payés par l’ensemble des contribuables québécois quittent le Québec, alors que 90 % des diplômés de l’Université de Montréal y restent.


Tous programmes confondus, une étude de l’Institut de recherche sur le français en Amérique datée de 2010 concluait que les diplômés des universités anglophones quittaient le Québec dans une proportion cinq fois plus importante que ceux des universités francophones. S’il est question de développement économique, on peut imaginer un meilleur investissement.

 

***


Oui, je sais, remettre en question le statut privilégié de McGill traduit un déplorable anti-élitisme, voire une coupable anglophobie. Alors, n’en parlons plus. Cette tendance à la culpabilisation est néanmoins de mauvais augure pour le débat à venir sur le projet de loi 14, qui vise à renforcer la Charte de la langue française.


Trente-cinq ans après l’adoption du bill 101, on aura droit aux mêmes accusations. Le nouveau héros des angryphones, Beryl Wajsman, qui a été banni à vie du Parti libéral du Canada après sa comparution devant la commission Gomery, voit dans le gouvernement Marois « le plus radical jamais élu dans le Québec des temps modernes ». Pauline Marois, une radicale ? Un peu de sérieux !


Le meilleur est sans doute à venir. Quand le PQ avait présenté la première version de son projet de loi sur l’identité, à l’automne 2007, M. Wajsman y avait vu « l’institutionnalisation de l’intolérance ». Le caricaturiste de l’hebdomadaire The Suburban, dont il est l’éditeur, avait jugé approprié d’associer le PQ au Ku Klux Klan.


Il avait sans doute raison : une société qui ne tolère pas les pasta doit être capable du pire.

62 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 23 février 2013 00 h 33

    J'ai déjà travaillé comme focntionnaire

    Et j'ai aussi vu ce genre d'individu. Ça prend de tout pour faire un monde. Mais une chance que ce n'est qu'une personne. Par contre, qui était son gestionnaire et pourquoi l'a-t-il laissé passer cette niaiserie là?

    J'ai même vu un fonctionnaire s'écrire sur les doigts de sa main (tous les doigts) pour ne pas oublier ce qu'il avait en tête (on était au restaurant). Je dinais avec lui , Pour une vérification dans une entreprise. Moi aussi, comme vous tous, je me suis demandée qui a engagé un pareil "bolo"!!!

  • Michel Bédard - Inscrit 23 février 2013 03 h 53

    Jugeote...

    Le Protecteur du citoyen l'a déjà mentionné, les lois ne doivent pas dans certains cas être appliquées aveuglément et façon archi stricte. C'est là que la jugeote devrait intervenir...

    Parce que les juges, eux, se doivent d'appliquer les lois "comme elles sont écrites", il est impératif que les lois soient claires et rédigées de façon précise. Certains fonctionnaires ou autres personnes en autorité se distinguent assez peu par le sens, leur ouverture d'esprit et un jugement éclairé. Le pire des cas, c'est quand on se fait répondre "monsieur, je ne suis pas payé pour me poser des questions, j'applique..." Quand on ne met pas d'huile dans l'engrenage, ça grince, ça pête, et il y a risque de bavures...

  • Normand Carrier - Abonné 23 février 2013 06 h 56

    Une communauté réactionnaire ......

    Il s'agit de lire La Gazette une fois par semaine pour constater que les anglophones capotent dès qu'il s'agit du renforcement du francais et de la souveraineté du Québec . Les éditorialistes , chroniqueurs et lettres d'opinion perdent tout bon sens et toute objectivité lorsqu'il s'agit de ces deux sujets et c'est vrai principalement sur la langue francaise ....

    Comment une erreur d'un fonctionnaire rapidement corrigée peut devenir le prétexte a une vendetta contre la communauté francophone et le fait francais .....Nous aurons a nous battre constamment pour assurer la survivance de notre langue et de notre culture car les anglos associés a certaines communautés nous ferons payer cher toutes avancées de la protection du francais ....Cela n'a pas changé depuis la première mouture de la charte de la langue francaise en 1978 car ils sont allergiques a toutes lois linguistiques .....

    Mais en lisant le JdeM hier , je constatais que deux chroniqueurs a tête grise nous rapetissait comme peuple suite a cette bévue et blamait le gouvernement Marois d'avoir trop mis les fonctionnaires de l'OLFQ en confiance depuis son élection....Nous avons nos rapetisseurs de peuple dans nos rangs ... Il m'apparait que Diane de Courcy aura le calme et le doigté pour faire face a ce fanatisme d'arrière garde et nous lui donnerons notre support inconditionnel car les gestes que nous posons aujourd'hui serviront pour notre survie de demain ....

    • Nicolas Vincent - Inscrit 23 février 2013 11 h 18

      Et il suffit de lire une fois par semaine la section Réactions du Devoir pour voir à quel point certains francophones font de l'anglophobie une spécialité. Regardons-nous dans le miroir avant de pointer les autres.

    • Mireille Deschênes - Inscrite 23 février 2013 11 h 39

      Et moi j'ai entendu toute la journée à la radio la plus écoutée en ville dénoncer les français qui n'avaient pas de jugement avec de petits rires sarcastiques. Je n'en revenait pas d'entendre ces animateurs, commentateurs dénigrés l'OLF.
      Alors que pendant ce temps là au Manitoba ils sont a faire une de ces crises de nerfs parce que les plaques d'immatriculation sont disponibles dans les deux langues. Je n'ai pas entendu personne jasé de cela, pauvres Québécois.

    • Jacques Boulanger - Inscrit 23 février 2013 13 h 59

      @ Nicolas Vincent
      Et il suffit de lire tous les jours la section Réactions du Devoir pour voir à quel point certains francophones font de la francophobie une spécialité. Regardez-vous dans le miroir avant de pointer les autres.

  • pierre minville - Inscrit 23 février 2013 08 h 01

    Bavure?

    Pourrions-nous savoir qui a porté cette plainte farfelue? Et depuis combien de temps l'inspecteur impliqué est en fonction?

    Comment savoir si la plainte n'origine pas d'un groupe opposé à la loi 101?

    L'inspecteur qui a planifié cette belle niaiserie est-il un partisan politique?

    La partisanerie politique aurait-elle joué un rôle dans cette fort possible mise en scène?

    • Nicolas Vincent - Inscrit 23 février 2013 11 h 21

      Ça y est, la théorie du complot, ultime refuge de ceux qui refusent de regarder la réalité en face.

      Même s'il s'agissait d'un inspecteur aux sombres objectifs, voulez-vous bien m'expliquer comment cette foutaise a pu traverser tous les paliers administratifs de l'OQLF jusqu'au point d'aboutir dans une lettre officielle envoyée au restaurant?

    • Jacques Boulanger - Inscrit 23 février 2013 12 h 25

      Eh oui ! Il y a 36 000 plaintes fondées à l'OLF qui n'ont pas de suite. Et celle-là a fait l'objet d'un traitement accéléré ! Bizarre ...

    • Simon Pelchat - Abonné 23 février 2013 12 h 56

      Je m'interroge comme vous sur l'origine et les visées politiques à la foi du plaignant ou de la plaignante et sur celui du fonctionnaire de L'Office de la langue française.

    • Mireille Deschênes - Inscrite 23 février 2013 15 h 13

      Vous savez la réalité dépasse la fiction très souvent et des complots ont ne les compte plus.

  • Bernard Terreault - Abonné 23 février 2013 08 h 24

    McGill et ses étudiants

    Pour des raisons financiéres et pragmatiques, entre autres notre appartenance, qu'on aime ça où non, au Canada et à l'ALÉNA, le Québec devra se rėsoudre à harmoniser ses frais descolarité à ceux du Canada. Mais il pourrait ensuite favoriser par le biais de l'impôt les diplômés qui restent au Quėbec, par exemple en leur en remboursant une partie pendant les années subsėquentes. Ce que fait par exemple la Norvège en convertissant en "bourse" les "prêts" ėtudiants pour ceux qui rėussissent dans ml es dėlaismet qui demeurent, bien entendu, en Norvège.

    • Gilles Théberge - Abonné 23 février 2013 11 h 04

      La proposition de récupérer des coûts de formation par le biais de l'impôt est sans doute intéressante monsieur tétreault.

      Mais comment faire pour récupérer ces frais auprès des étudiants de McGill, particulièrement ceux de médecine, qui selon les données connues quittent en masse le Québec après leurs études...? Vous pensez vraiment que l'Aléna a prévu ce genre de situations ?

    • Nicolas Vincent - Inscrit 23 février 2013 11 h 22

      Très juste, je suis tout à fait d'accord avec vous. Mais cette vision heurte ceux qui voient dans le principe de gratuité une fin en soi, tout en refusant d'en reconnaître les effets pervers.

    • Martin Maynard - Inscrit 23 février 2013 11 h 59

      Il y a probablement plusieurs solutions comme celle-ci qui mériteraient plus de réflexion. Malheureusement, qu'est ce qui peut sérieusement être analysé en 1.5 jours?

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 23 février 2013 16 h 34

      On ne peut pas avoir quelque chose gratuitement alors que c’est très coûteux ailleurs, et quitter allègrement après.

      Il doit y avoir une contre-partie de la gratuité universitaire : en entreprenant ses études, l'étudiant québécois s'engage par contrat à rembourser à l'État le vrai coût de ses études s'il quitte le Québec avant d'y avoir travaillé un certain nombre d'années, au prorata du nombre d'années.

      De plus, pour les non-résidents, les frais de scolarité devraient être la totalité des coûts réels de cette scolarité pour les non-résidents qui viennent ici profiter de notre système pour s'en aller ailleurs ensuite. Actuellement, ils paient 15 000 $ par année, alors que le vrai coût pour l’État est de 30 000 $.

    • Karine St-Onge - Inscrite 24 février 2013 08 h 49

      On extrapole un peu à côté du sujet de l'article, mais c'est tout de même une discussion pertinente qu'il faut avoir. J'aimerais ajouter un bémol : restreindre à l'outrance l'accès à nos universités pour les étudiants étrangers peut aussi être négatif. Tout ne se mesure pas en $$$. Oui, ils doivent payer plus cher que les résidents, mais passer de 15 000 à 30 000 $ est peut-être exagéré... Ce que certains d'entre eux peuvent apporter à nos institutions (en recherche, entre autres) ou ce qu'ils peuvent ramener chez eux pour enrichir (pas forcément monétairement) leur pays est aussi bénéfique collectivement. La collectivité ne doit pas se résumer à son propre pays, son petit soi-même, mais s'étendre mondialement.