Autrement, c’est embêtant

L’an dernier à pareille date, Bernard Drainville répétait à qui voulait l’entendre qu’il était urgent de rétablir le lien de confiance avec la population, mis à mal par trop de promesses non tenues, et d’apprendre à faire de la politique autrement. Il allait bientôt en arriver à la conclusion que la survie même du Parti québécois en dépendait.

À la faveur de la crise interne qui avait sérieusement ébranlé le leadership de Pauline Marois et réveillé les ambitions de Gilles Duceppe, le député de Marie-Victorin avait réussi à imposer la convocation d’un conseil national spécial qui, à la fin de janvier, avait accouché d’une série de réformes destinées à renouveler la démocratie québécoise.


Disant faire confiance à la sagesse populaire, Mme Marois s’était notamment résignée à autoriser la tenue éventuelle d’un référendum d’initiative populaire auquel elle s’était opposée catégoriquement dans le passé, craignant de perdre le contrôle des événements. Comme s’ils l’avaient prise au mot, les électeurs ont manifesté leur sagesse le 4 septembre dernier en refusant une majorité parlementaire au PQ, éliminant du coup tout risque de référendum inconsidéré.


Dans l’esprit de M. Drainville, la création d’un poste de directeur parlementaire du budget (DPB), comme il en existe déjà un à la Chambre des communes et au Congrès américain, serait une autre expression du nécessaire renouveau. Dans ce cas-ci, le PQ pourrait compter sur l’appui de la Coalition avenir Québec. François Legault avait été le premier à proposer d’importer le modèle fédéral, mais il n’aurait sans doute aucune objection à renoncer à son propre projet de loi si le gouvernement préférait s’attribuer le mérite de cette réforme.


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Mais voilà que M. Drainville, aujourd’hui ministre responsable des institutions démocratiques, devient soudainement hésitant à s’engager sur le chemin de la vertu. C’est qu’il peut devenir très embêtant de faire de la politique autrement. Depuis que Stephen Harper lui a confié le poste de DPB en 2006, Kevin Page n’en finit plus de dénoncer ses cachotteries.


M. Drainville s’interroge maintenant sur « l’utilité » de créer une nouvelle « structure » — quelle horreur ! — dont on ignore le coût, alors qu’il suffirait peut-être d’élargir le mandat du vérificateur général (VG). En mars dernier, Mme Marois promettait pourtant de faire l’un et l’autre, les deux organismes ayant des rôles très différents. Alors que le VG se penche après coup sur la gestion des différents organismes et programmes gouvernementaux, le mandat du DPB serait de présenter un portrait global des finances publiques et d’évaluer à l’avance le coût des mesures proposées par le gouvernement.


Il aurait certainement été préférable de savoir avant les élections si la situation des finances publiques était conforme aux prévisions du printemps dernier ou s’il s’était creusé un « trou » de 800 millions, comme l’a ensuite découvert Raymond Bachand, voire de 1,6 milliard, comme le prétend son successeur, Nicolas Marceau, qui a dû renoncer à abolir la taxe santé.


Les péquistes ont dénoncé pendant des années le tripotage de chiffres auquel se seraient livrés les libéraux. Faut-il comprendre des interrogations de M. Drainville que l’arrivée au pouvoir du PQ constitue une garantie de transparence ? Personne ne doute de l’honnêteté des fonctionnaires du ministère des Finances, mais ils ont également un devoir de sensibilité aux intérêts politiques de leurs patrons successifs.


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M. Legault a raison : il serait très utile d’avoir une évaluation indépendante du coût du gel des droits de scolarité et du manque à gagner qui en résultera pour les universités. On encore de ce qu’il en coûtera réellement pour fermer la centrale de Gentilly-2. Si le passé est garant de l’avenir, il ne serait peut-être pas mauvais non plus de jeter un oeil sur la « bonification » du projet de l’échangeur Turcot et sur le prolongement de la ligne bleue.


Il peut parfois arriver que le DG et le DPB arrivent aux mêmes conclusions, comme cela s’est produit à Ottawa dans le dossier des chasseurs F-35, dont les conservateurs avaient caché les coûts faramineux. Les contribuables n’ont cependant aucune raison de se plaindre de ce chevauchement : si le gouvernement Harper décidait finalement d’acheter un autre avion, ils épargneraient des milliards.


Tout le monde reconnaît que les finances publiques québécoises sont dans un état précaire. Précisément, la tentation d’embellir la situation est d’autant plus grande. Doté d’un budget du même ordre que celui de son vis-à-vis fédéral, soit 2,8 millions, un DPB constituerait un excellent investissement. Sinon, le lien de confiance que voulait rétablir M. Drainville s’effilochera encore un peu plus.

  • Marie-France Deshaies - Abonnée 25 octobre 2012 05 h 50

    Autrement c'est embetant

    C'est sur mais ça doit se faire.

    réal

  • François Ricard - Inscrit 25 octobre 2012 06 h 39

    Le courage d'agir

    Pendant la campagne électorale, les candidats de tous les partis déclarent, la main sur le coeur, qu'ils auront le courage et l'audace de mettre en place les mesures nécessaires au progrès de la population.
    Une fois au pouvoir, ils cherchent plutôt à poser les gestes qui leur vaudront des votes, quitte à faire le contraire de ce qu'ils disaient.
    De valeureux défenseurs du bien commun ils deviennent des quêteux raccoleurs.
    Et lors de la campagne suivante, ils voudront que la population ajoutent foi à leurs propos. Comme si le passé n'était pas garant de l'avenir.

  • Charles F. Labrecque - Inscrit 25 octobre 2012 08 h 17

    Si jamais..

    Si jamais le gouvernement péquiste refusait de nommer un DPB pour remplir les promesses que nous a faites le ministre bernard Drainville. Ce refus serait une fraude aussi coupable,si non plus que les fraudes engendrées par la mafia. Parce que la mafia n'a pas elle solicitée l'appuis des québécois.

    • Pierrette Boulianne - Inscrite 25 octobre 2012 09 h 58

      LA POLITIQUE AUTREMENT.
      Monsieur Labrecque,
      Le DPB (directeur ou directrice du budget) serait sans doute utile, mais de là à accuser d'avance Bernard Drainville de fraudeur et le comparer à la mafia, si ce poste n'est pas créé, c'est vraiment plus qu'exagéré.
      Toute personne intelligente et honnête se rend compte que l'équipe au pouvoir est beaucoup moins inquiétante que la dernière.
      Laissons les travailler et faisons leur confiance.
      Pierrette Boulianne,
      Alma, Lac St-Jean, Qc

    • Normand Carrier - Abonné 25 octobre 2012 11 h 47

      Dire que ce questionnement serait aussi coupable que les fraudes engendrées par la mafia relève du burlesque et d'une partissanerie aveugle est euphémisme .....

    • Charles F. Labrecque - Inscrit 25 octobre 2012 13 h 49

      Madame Pierrette je ne traite pas le ministre de fraudeur je dis simplement que si il refuse d'appliquer ce qu'il a demender aux libéraus et le promettre durant la campagne, là se serait une fraude.

  • Jean Lapointe - Abonné 25 octobre 2012 09 h 09

    Et pourquoi pas

    «M. Drainville s’interroge maintenant sur « l’utilité » de créer une nouvelle « structure » — quelle horreur ! — dont on ignore le coût, alors qu’il suffirait peut-être d’élargir le mandat du vérificateur général (VG). En mars dernier, Mme Marois promettait pourtant de faire l’un et l’autre, les deux organismes ayant des rôles très différents.»

    Je n'ai vraiment pas d'opinion sur ce sujet parce que je ne m'y connais pas suffisamment mais je conçois très bien que Bernard Drainville et madame Marois puissent se demander si les choses ne pourraient pas se faire autrement.

    Quand on est au pouvoir, on voit inévitablement les choses autrement mais pas nécessairement pour le pire.

    Bref, je trouve que Michel David condamne un peu vite Bernard Drainville.

    C'est que j'ai évidemment un préjugé favorable à l'endroit du gouvernement Marois.

    Après tout ce qu'on a vécu au cours des dix dernières années, ça fait du bien de pouvoir enfin reprendre un peu d'espoir en l'avenir grâce à la présence d' un gouvernement du Parti québécois.

    Je souhaiterais même que des élections aient lieu dans peu de temps pour que le Parti québécois soit majoritaire.

    Je ne vois vraiment pas ce que, dans les circonstances, je pourrais souhaiter de mieux.

  • Jacques Pruneau - Inscrit 25 octobre 2012 10 h 52

    Posons-nous une question:

    Qui aurait pensé que nos concitoyens donneraient encore 50 députés aux Libéraux? Personne n'aurait pu se douter de cela. Dans les sondages, les libéraux se cachaient de honte et ils avaient raison.
    Naturellement, il devient impossible étant minoritaire de respecter des projets et de nouvelles structures. On ne se demande même plus si celles-ci étaient ou non nécessaires.
    Charest nous mentait continuellement tant et plus durant ses mandats, avec ses mains non pas sur le volant mais... dans nos poches.
    On ne va pas se casser la tête pour une nouvelle qui n'en est pas une, finalement.

    • François Ricard - Inscrit 25 octobre 2012 18 h 17

      Le monde des affaires, les anglophones et les allophones forment un bloc monolitique acquis au PLQ.
      Ce bloc représente grosso modo 30% de l'électorat.
      Alors le PLQ n'a qu'à aller chercher de 5 à 10% de votes chez les québécois de souche pour exercer le pouvoir.