Entre deux maux

Pauline Marois avait été catégorique au lendemain de la formation de son cabinet. « La taxe santé sera annulée. […] Quand j’ai pris cet engagement, je savais qu’il y aurait des conséquences et je vais les assumer. »

Elle a fait cette déclaration plus de deux semaines après les élections du 4 septembre. La nouvelle première ministre savait donc parfaitement qu’elle dirigerait un gouvernement minoritaire, avec toutes les contraintes que cela implique.

Elle a également laissé Nicolas Marceau prendre les gens pour des imbéciles en niant, contre toute évidence, avoir escamoté le caractère rétroactif de la hausse d’impôt que les plus fortunés auraient à supporter. Pour une femme qui a plus de 30 ans d’expérience politique, autant d’amateurisme est renversant.
 
Certes, elle ne sera pas la première à « marcher sur la peinture », comme disait Jean Chrétien, qui en avait donné une démonstration spectaculaire en revenant sur ses promesses d’abolir la TPS et de déchirer l’accord de libre-échange. Le problème est que Mme Marois aura moins de temps pour nettoyer les dégâts. Surtout que l’impasse budgétaire demeure entière, même si la confrontation avec l’opposition a été reportée au printemps.
 
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Ce cafouillage laissera inévitablement des séquelles. Les millions de contribuables dont la taxe santé sera simplement diminuée, alors que le PQ avait promis de l’éliminer en totalité, auront toutes les raisons de se sentir floués.
 
Durant toute la campagne, il a répété qu’un taux fixe de 200 $ était inéquitable. Comment justifier qu’un contribuable dont le revenu imposable est de 42 000 $ paiera toujours la même taxe santé de 200 $ que celui dont le revenu est de 129 000 $? Les partis d’opposition ont raison : il y a eu fausse représentation. Le PQ avait promis d’imposer un fardeau additionnel de 1 milliard aux plus fortunés ; finalement, le transfert sera d’à peine 400 millions.
 
Si la nouvelle formule de M. Marceau respecte « l’esprit » de sa promesse électorale, comme il le soutient, les libéraux pourront dire qu’ils ont également respecté « l’esprit » de leur engagement de 2003, même si les baisses d’impôt étaient très inférieures aux milliards qu’ils avaient fait miroiter.
 
Le PQ risque de perdre sur tous les tableaux. Après cette volte-face, il ne peut plus espérer récupérer les voix perdues à Québec solidaire. Françoise David a eu beau jeu de dénoncer cette capitulation devant la cabale des possédants. Quant aux milieux d’affaires, le soulagement qu’ils ont pu ressentir ne fera pas disparaître la méfiance que le nouveau gouvernement leur inspire. En revanche, ils savent maintenant qu’il suffit d’un peu de chantage économique pour le faire retraiter.
 
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Un malheur n’arrive jamais seul, dit-on. Fort heureusement, le suivant peut parfois frapper ailleurs. Si embarrassé que soit le gouvernement, les révélations faites devant la commission Charbonneau placent les libéraux dans une situation encore plus gênante, et le pire est peut-être à venir.
 
L’ancien ministre David Whissell aura beau traiter Lino Zambito de « bandit » dont les allégations ne sont pas crédibles, le gouvernement Charest a refusé si longtemps de créer une commission d’enquête que la population est maintenant convaincue qu’il voulait empêcher la vérité d’éclater. D’ailleurs, personne n’a semblé mettre en doute les affirmations de M. Zambito concernant la mafia ; pourquoi mentirait-il quand il s’agit des élus ?
 
Par voie de communiqué, Nathalie Normandeau a fait savoir qu’elle n’a jamais été impliquée dans « l’organisation » des activités de financement où elle se contentait de faire acte de présence. Sans blague, croyait-elle réellement que les ingénieurs et les entrepreneurs qui se bousculaient à ses cocktails le faisaient pour ses beaux yeux ? Que les bouquets de roses et les billets de spectacle offerts par son « cher Lino » étaient simplement « l’expression de sa générosité » ?
 
Moins catégoriques que leurs anciens collègues, les candidats à la succession de Jean Charest ont pris la précaution de condamner à l’avance toute irrégularité qui aurait pu être commise. Le nouveau ministre responsable des Institutions démocratiques, Bernard Drainville, a d’ailleurs pris bonne note de leurs vertueuses dispositions.
 
Raymond Bachand se voulait bien déterminé à bloquer la baisse d’impôt que son successeur entend inclure dans le budget du printemps prochain. Il reste à voir si le PLQ sera toujours dans des dispositions aussi belliqueuses après six mois d’audiences de la commission Charbonneau.
 
Dans l’esprit de M. Bachand, le PQ vient de faire la preuve de son « incompétence absolue ». Après le témoignage de M. Zambito, bon nombre d’électeurs pourraient toutefois en arriver à la conclusion qu’elle constitue un moindre mal.
  • Carole Dionne - Inscrite 11 octobre 2012 00 h 27

    Les deux maux:

    Qu'est-ce qui est pire: perdre $100.00 parce que les libéraux me l'ont volé ou perdre $150.00 parce que le PQ improvise sur toute la ligne?

    • François Ricard - Inscrit 11 octobre 2012 07 h 06

      Permettez-moi de corriger quelqu'un peu votre assertion pour qu'elle reflète mieux la situation:
      "Les deux maux:
      Qu'est-ce qui est pire: perdre $100 000 000 parce que les libéraux me l'ont volé ou perdre $150.00 parce que le PQ improvise sur toute la ligne?"

  • Raymond Labelle - Abonné 11 octobre 2012 05 h 28

    Les limites d'un gouvernement minoritaire.

    Je suis convaincu que si le PQ avait été majoritaire, il n’aurait pas reculé et n’aurait pas cédé au chantage économique que l’on sait - à la limite, il aurait reporté un peu pour enlever l’aspect rétroactif de la mesure et aurait limité l’augmentation des impôts sur le gain en capital et les dividendes aux revenus plus élevés.

    C'est sa situation minoritaire à l'Assemblée nationale qui l'a obligé à reculer. Les mesures devront faire l'objet d'un vote à l'Assemblée nationale et les partis d'opposition ont manifesté une fin de non-recevoir, alors donc...

    • François Ricard - Inscrit 11 octobre 2012 07 h 11

      Cette marche arrière est bien plutôt un mauvais calcul politique ou un manque de courage ou les deux à la fois.
      Le courage n'aurait-il pas consisté à ne pas plier devant cette pression des médias.
      Quant aux partis d'opposition, leur désapprobation n'est que du vent.
      Vous voyez le PLQ en campagne électorale?
      Mme Marois avait l'occasion en or de bien asseoir son gouvernement. Elle a préféré miné la confiance des ministres qui ont posé des gestes audacieux.

    • Raymond Labelle - Abonné 11 octobre 2012 13 h 31

      Vous avez peut-être raison M. Ricard, mais la question ne m'apparaît pas si simple. Il ne faut pas oublier que la mesure devra être sanctionnée au prochain budget, à un moment où le PLQ aura un chef. Il n'est pas impossible que le PLQ soit tout à fait prêt à aller en élections à ce moment, pour profiter de l'apparence de renouvellement avec un nouveau chef.

      Ceci étant dit, votre question demeure pertinente: le PQ devrait-il risquer une autre élection sur ce principe? Il y a le principe, la possibilité pour le PQ de devenir majoritaire mais aussi la possibilité que le PLQ reprenne le pouvoir.

      N'oublions pas aussi que le recul du PQ n'est pas total: même la mesure modifiée comporte des éléments de progressivité. Le transfert du fardeau vers les plus riches sera de 60% moins élevé qu'initialement prévu.

    • enid bertrand - Inscrit 11 octobre 2012 19 h 50

      Oui mais le gouvernement savait qu'il était minoritaire.

      Alors, pourquoi tout ce cafouillage.

      La question est plutôt, et même les journalistes de toutes les options semblent se la poser: "Y a-t'il un pilote dans l'avion?"

  • Raymond Labelle - Abonné 11 octobre 2012 05 h 34

    La mauvaise foi de M. Bachand à propos de la taxe santé.

    Je regrette que cette chronique passe sous silence la mauvaise foi criante de M. Bachand, qui représente le PLQ, en réaction aux positions du PQ à propos de la taxe santé.

    D’une part, M. Bachand reproche au PQ d’avoir abandonné sa promesse. Or, la promesse du PQ exige l’appui de l’Assemblée nationale et le PQ a été obligé d’abandonner cette promesse à cause de la fin de non-recevoir de l’Opposition. Comment ceux qui ont exigé cet abandon à un gouvernement minoritaire peuvent-ils ensuite oser le lui reprocher?

    Ensuite, le PQ respecte quand même partiellement l’esprit de sa promesse en introduisant des éléments de progressivité dans cette taxe régressive instituée par le PLQ. Et M. Bachand, par-dessus la mauvaise foi évoquée ci-haut atteint la mauvaise foi au carré : il reproche au PQ cette progressivité, après lui avoir reproché de l’abandonner.

    Je ne fais pas confiance à quelqu’un d’aussi mauvaise foi pour diriger le Québec.

    • Fernand Lachaine - Inscrit 11 octobre 2012 07 h 30

      100% d'accord avec vous. Je ne croyais pas que Bachand pouvait être de cette trempe de politiciens.
      Il est vraiment de mauvaise foi et opportuniste.

    • F. Georges Gilbert - Inscrit 11 octobre 2012 08 h 52

      En effet.'Quelqu'un d'aussi mauvaise foi' qui a diriger les finances du Québec,les deux mains sur un volant déficiant,chancelant,depuis trop longtemps..
      Nous pouvons que constater,le résultat déplorable.Je préfère un Marceau qui recule devant la profondeur du trou financier,occulté par un Bachand pontifiant,
      que les faux-fuyants de 'performants économistes' qui marchent à crédit et doublent notre dette nationale -abyssale..

  • Nasser Boumenna - Abonné 11 octobre 2012 06 h 17

    Stratèges

    La nouvelle mouture fiscale est celle qui aurait dû être proposée en premier lieu et le gouvernement, avec la décision sur Gentilly 2 et le gaz de schiste, aurait paru bien plus intelligent. Mais il a fait dans l'à peu près et en a payé le prix. De là à dire qu'il a déjà perdu les prochaines élections, c'est aller un peu vite. Je suis tout de même surpris par la célérité mal placée de ces décisions. Ont-ils des stratèges politiques dans leurs cabinets?

    • François Ricard - Inscrit 11 octobre 2012 07 h 15

      La première version, avec quelques amendements concernant les gains de capitaux et dividendes, était la bonne.
      Un contribuable qui gagne aujourd’hui 150 000 $ peut compter sur au moins 10 000 $ de plus dans ses poches qu’il y a 12 ans, révélait récemment les calculs du professeur fiscaliste Luc Godbout de l’Université de Sherbrooke. La hausse d’impôts annoncée lui aurait laissé 600 $ de moins dans son portefeuille l’an prochain.
      Bienvenu dans le merveilleux monde Marois, M. Marceau.

  • Micheline Gagnon - Abonnée 11 octobre 2012 07 h 02

    Damned if you do, damned if you don't

    Fausse représentation, électeurs québécois trahis, l'opposition nous montre sa mauvaise foi car ils ont été les premiers à dire qu'ils s'opposeraient à toute augmentation d'impôt.

    • André Desgagnes - Inscrit 11 octobre 2012 15 h 07

      100% d'accord avec vous Micheline.