Jacques Parizeau a eu le bon goût de ne pas tirer de conclusion hâtive du réveil politique provoqué par la grève étudiante, mais il est clair que les souverainistes ne demandent qu’à tirer les marrons du feu.

Il semble un peu prématuré de dire que « les manifestations sont en train de régler le problème identitaire », qui n’est pas si simple, mais l’ancien premier ministre a sans doute raison de penser que le « nous » en sortira renforcé. Si le Québec a connu de nombreuses manifestations de solidarité dans son histoire, cette communion quotidienne au son des casseroles est un phénomène sans précédent.


Même si le gouvernement et les associations étudiantes arrivent à s’entendre sur les droits de scolarité et le retrait de la loi spéciale, les événements des trois derniers mois laisseront inévitablement des traces profondes. La solidarité est un sentiment qui peut devenir grisant.


Depuis des années, la classe politique se dé-sole du cynisme de la population et prétend chercher les moyens de favoriser une plus grande participation citoyenne. Ce n’était manifestement pas le but visé par le gouvernement Charest en faisant adoptant la loi 78, mais le résultat est indéniable.


Pourtant, rien n’assure que les souverainistes sauront en tirer profit. « Si tous les chemins mènent à Rome, toutes les discussions au Québec aboutissent invariablement à : qu’est-ce qu’on va faire de notre Québec ? » a déclaré M. Parizeau, qui dit n’avoir jamais vu 200 000 personnes manifester au Québec sans qu’on voie un seul drapeau canadien. Possible, mais il est tout aussi inédit qu’un débat prenne une telle ampleur sans que la question de la souveraineté soit soulevée.


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Si les raisons qui ont poussé Pauline Marois à adopter le carré rouge laissent peu de doute sur son désir de se concilier les associations étudiantes, ces dernières n’avaient aucun intérêt à se présenter devant le gouvernement Charest comme l’avant-garde du mouvement souverainiste. Déjà que plusieurs les accusent d’être manipulées par les syndicats et autres anarcho-communistes…


Ce qu’elles réclament n’en demeure pas moins le maintien, voire le renforcement d’un modèle de financement des universités distinct de celui du reste du Canada. La chroniqueuse du Globe and Mail, Margaret Wente, a traduit parfaitement l’état d’esprit qui prévaut ailleurs au pays en qualifiant de « Grecs du Canada » les étudiants québécois qui s’opposent à la hausse des droits de scolarité.


Dans son esprit, il s’agit là d’une autre particularité de ce déplorable « modèle québécois », qui ne saurait survivre sans les généreux paiements de péréquation que permet l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta, pour lesquels les Québécois éprouvent le plus grand mépris. Manifestement, les étudiants ne contribuent pas beaucoup au rapprochement des deux solitudes.


Qu’en serait-il dans un Québec souverain ? Au congrès péquiste de juin 2005, les délégués avaient résolu d’« accroître l’accessibilité en visant, à moyen terme, la gratuité complète du système d’éducation ». Au congrès d’avril 2011, toute référence à la gratuité a disparu du programme. Pour le moment, la position du PQ sur les droits de scolarité est le gel au niveau actuel, assorti d’une indexation au coût de la vie, en attendant la convocation d’un grand forum qui réunirait tous les acteurs du monde de l’éducation. Autrement dit, on verra.


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Jacques Parizeau s’était fait très discret depuis quelques mois, notamment depuis la déconfiture de Gilles Duceppe. Les propos qu’il a tenus en fin de semaine dernière à Québec indiquent toutefois que son scepticisme sur la détermination de Mme Marois à préparer la tenue d’un référendum n’a pas diminué. La souveraineté demeure en effet « une sorte d’idéal lointain, vague, émotif ».


Il faut dire que les sondages ne sont pas de nature à créer un grand sentiment d’urgence. À ce jour, rien n’indique que le PQ sera en mesure de bénéficier de cet « extraordinaire réveil d’une génération » qui fascine M. Parizeau. Après trois mois de crise, un gouvernement en place depuis plus de neuf ans devrait en être réduit à tenter de sauver les meubles. Libéraux et péquistes demeurent pourtant à égalité. Malgré une gestion de crise désastreuse, une entente avec les étudiants pourrait encore permettre au PLQ d’envisager une courte victoire.


On peut comprendre que M. Parizeau n’ait pas voulu se faire l’arbitre entre les différents partis indépendantistes, mais dans une élection qui pourrait se jouer sur une poignée de sièges, cette division pourrait très bien causer la défaite du PQ.


Au printemps dernier, son nouveau statut de « dame de béton » avait convaincu Mme Marois qu’une alliance circonstancielle avec Québec solidaire et, éventuellement, avec les anciens députés péquistes devenus indépendants, n’était pas nécessaire.


Indéniablement, une telle alliance comporte des inconvénients pour le PQ, mais y aurait-il pire inconvénient qu’une victoire libérale ?

48 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 29 mai 2012 02 h 13

    Un idéal lointain, vague, émotif...

    Il faudra bien, un jour, avant qu'il nous quitte pour des cieux plus radieux, que monsieur Parizeau nous explique pourquoi il n'a pas jugé bon de remettre en question le résultat du dernier référendum, vu les malversations commises par le Parti libéral du Canada, en termes de dépenses permises par la loi québécoise.
    Plutôt qu'une déclaration alambiquée sur l'argent et le vote ethnique, il aurait mieux fallu prendre ses responsabilités et poursuivre le combat : en cela, monsieur Pariseau a fait part d'une belle grande lâcheté!

    • Jeannot Duchesne - Inscrit 29 mai 2012 08 h 27

      Les lâches se sont ceux qui se taisent, qui fuient la réalité et qui cachent la vérité, ce n'est pas du tout le profil de Monsieur Parizeau.

      Il en pleut des gens comme vous dans le P.Q. qui pensent que le véritable ennemi est celui qu'on a de front. Le pire ennemi est la peur celle qu'on ne nomme jamais par son nom mais qu’on connaît sous les épithètes, étapisme, à la prochaine fois, une autre façon de gouverner, la bonne gouvernance, les conditions gagnantes, le pays dans un pays, « c’a prit 200 ans à faire le canada, on peut bien prendre 50 ans à faire le Québec ».

      Vous êtes pas tannés de mourir, bande caves? C’est assez! (Claude Péloquin)

    • Pierre Schneider - Abonné 29 mai 2012 08 h 27

      Si je me souviens, Monsieur a déjà affirmé (qu'on me corrige si je me trompe) que s'il avait su toutes les malversations commises par le camp du NON, il aurait contesté les résultats du référenddum. Mais n'oublions pas que sa déclaration, que vous qualifiez d'alambiquée, mais qui était criante de vérité, lui a valu de la part de son entourage bien-pensant un ticket vers la sortie de piste. Dommage.

  • Pierre Schneider - Abonné 29 mai 2012 06 h 01

    Nécessaire coalition

    Quand il n'est pas coulé selon les règles de l'art, le béton peut s'effriter assez rapidement et c'est ce qui risque d'arriver à madame Pauline Marois si elle s'obstine à refuser toute coalition non partisane et indépendantiste lors des prochaines élections.

  • François Ricard - Inscrit 29 mai 2012 06 h 09

    Le PLQ est là pour rester

    Bon an mal an, le PLQ est assuré d'au moins 20% du vote, ce 20% étant constituté d'anglophones et d'allophones.
    Puis il y a la majorité de la classe "affaires" qui lui est aussi acquise.
    Donc au moins 25% de l'électorat pour le PLQ.
    Seule une coalition ou une polarisation du vote francophone permettent de les reléguer auix bancs de l'opposition à l'Assemblée nationale.

    • Gilles Delisle - Abonné 29 mai 2012 06 h 56

      Vous avez malheureusement raison, monsieur! Le PLQ, le pire gouvernement depuis plus de 50 ans au Québec, peut s'en tirer avec les Anglophones, allophones et quelques Québécois francophones bornés. L'argent et le vote ethnique, clamé par Parizeau, étaient tout à fait vrai en 1995, et encore aujourd'hui.

    • France Marcotte - Abonnée 29 mai 2012 08 h 45

      Vous n'avez pas tort d'insister sur ce point, de faire ce constat sur lequel jongler: 25% d'acquis sans rien faire et même en faisant n'importe quoi, cela doit donner de la confiance...passive.
      Il faut sérieusement tenir compte de ce socle, de ce bloc de granit mal acquis, de ce monument d'inertie, il est le béton à nos pieds.

    • France Marcotte - Abonnée 29 mai 2012 08 h 48

      Mais "est là pour rester"?
      Si vous le voulez peut-être.

  • Réal Giguère - Inscrit 29 mai 2012 06 h 09

    Même à 20 ans seulement

    Léo ferait tout un candidat-vedette pour le PQ

    • Line Gingras - Abonnée 29 mai 2012 19 h 01

      Dans l'avenir immédiat, j'espère qu'il aura plutôt à coeur de poursuivre ses études.

    • Gilles Emard - Inscrit 31 mai 2012 10 h 48

      Pourquoi le PQ??? On en a ras le bol du PQ!!Tout comme le Bloc!! Le parti de M.Aussant serait beaucoup plus credible selon moi.

  • Catherine Paquet - Abonnée 29 mai 2012 07 h 06

    Attention au bruit des casseroles

    On ne sait pas très bien ce que réclament exactement les bruiteurs.

    Ce n'est pas nécessairement un changement de politiques. C'est peut-être un changement de politiciens. À guche, au centre comme à droite.

    C'est peut-être une troisième voie. Ce que la victoire du NPD en mai dernier nous invite à retenir. Dans ces conditions, le PQ, le PLQ et sans doute la CAQ, comme le Bloc le vit maintenant, sont également en danger de disparition.

    Donc, M. Parizau et Mme Marois ne devraient pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

    • France Marcotte - Abonnée 29 mai 2012 09 h 18

      Il y a des cris du coeur qu'on ne saurait vraiment expliquer.

      Comme un long sanglot inconsolable.

    • Catherine Paquet - Abonnée 29 mai 2012 15 h 04

      Vous croyez vraiment, Mme Marcotte, que le Québec se rapproche de l'indépendance?
      Quand des citoyens sont déterminés à créer le cahos, il importe peu que la couleur du parti au pouvoir soit rouge, bleu ou orange...