Essais québécois - Deux ténors de la droite simpliste

Encensé par les chroniqueurs de droite du Journal de Montréal, Pour en finir avec le gouvernemaman est un essai simpliste qui reprend bêtement tous les poncifs de la droite économique québécoise. Réalisatrice du documentaire L'illusion tranquille (2006), la citoyenne Joanne Marcotte conclut, encore une fois, dans ce livre, à la quasi-faillite de l'État québécois, qu'elle attribue aux programmes sociaux trop généreux et à la puissance des syndicats. Selon cette admiratrice de Denise Bombardier, Richard Martineau et Mario Roy, la souveraineté est un projet dépassé et les lois du travail sont «beaucoup trop contraignantes pour les entreprises privées». Marcotte propose donc de casser les syndicats, de réduire l'État à sa plus simple expression et de remettre aux individus le soin de s'en sortir par eux-mêmes. Méchant beau projet de société!

Juste pour donner une idée de l'idéologie de la dame, notons qu'elle qualifie Radio-Canada de «temple de la pensée gauchiste», qu'elle trouve les «lucides» et les membres du «Club des ex» trop à gauche et qu'elle présente Le Devoir comme «le quotidien étatiste pro-syndical du Québec». Même le modèle américain, trop étatiste, ne trouve pas grâce à ses yeux! On comprend donc que son idéal social se résume à peu près à une sorte de sauve-qui-peut radical. Ce délirant programme qui chante les vertus du capitalisme sauvage reçoit d'ailleurs l'appui, en quatrième de couverture, des propagandistes néolibéraux Nathalie Elgrably-Levy et Michel Kelly-Gagnon.

Pour le bien collectif du Québec, on ne retiendra donc rien de ce triste pamphlet, sauf, peut-être, sa critique du «pragmatisme» à la François Legault, une position insignifiante qui voudrait faire croire à l'existence de solutions techniques à des enjeux politiques. «Plus que tout, écrit Marcotte, nous avons besoin d'en finir avec la "tyrannie du pragmatisme" et de redonner leurs lettres de noblesse aux idéologies.» Nous sommes bien d'accord quant au principe. C'est la raison pour laquelle la droite libertarienne de Joanne Marcotte et les droites supposément pragmatiques des Legault et Charest trouveront la gauche sociale-démocrate sur leur chemin.

Duhaime contre l'État

Allié idéologique de Joanne Marcotte, avec laquelle il a cofondé le Réseau Liberté-Québec, Éric Duhaime est un commentateur hyperactif qui déverse sa vulgate néolibérale sur une foule de tribunes (CHOI-FM, LCN, V, Le Journal de Montréal, Le Journal de Québec, Sun Media). Sur un ton dégagé et détendu visant à donner l'impression qu'il ne s'agit que de rappeler des évidences, Duhaime balance des énormités sans se soucier de les appuyer, sauf par deux ou trois chiffres mal contextualisés. Pour illustrer, par exemple, l'échec du système scolaire québécois issu de la Révolution tranquille, il pointe le problème du décrochage, sans préciser que ce dernier était bien pire avant.

Dans L'État contre les jeunes, Duhaime défend essentiellement la thèse selon laquelle «la majorité de la population québécoise connaîtrait une amélioration de sa condition si l'État réduisait sa taille et comprimait ses dépenses». Le thème générationnel, dans cet essai, n'est qu'un argument de vente pour habiller le propos principal qui se veut une critique en règle du modèle social-démocrate québécois.

«Au fil du dernier demi-siècle, écrit Duhaime, nous avons confié aux divers gouvernements le soin de répartir la richesse. Ils ont plutôt choisi de la détourner pour acheter des votes et gonfler la bureaucratie étatique.» En agitant le spectre de la dette publique qui nous mènera à notre perte, ce disciple de Jean-Luc Migué et de Friedrich Hayek essaie de convaincre les jeunes Québécois que les systèmes de santé, d'éducation et de garderies publics, le programme de congés parentaux, les régimes de retraite publics et les syndicats ne sont que des nuisances qui entravent leur liberté.

Duhaime affirme, par exemple, que «ceux qui ont moins de 45 ans aujourd'hui devront au cours de leur vie payer en moyenne deux cent mille dollars de plus en taxes et impôts de toutes sortes que ce qu'ils obtiendront en retour en biens et services publics». Il faut le croire sur parole puisqu'il ne dit jamais d'où vient ce douteux calcul. Spécialiste des formules trompeuses chères à la droite économique, le chroniqueur de Quebecor ressort cette idée selon laquelle «chacun de nous travaille pour le gouvernement du 1er janvier jusqu'à la mi-juin de chaque année», c'est-à-dire pour payer ses taxes et impôts, avant de pouvoir commencer «à travailler pour lui-même et sa famille». Le «gouvernement», faut-il le rappeler ici, ce sont les écoles, les garderies, les hôpitaux, les routes, la police, le système judiciaire et tous les programmes sociaux. S'il fallait payer ça individuellement, il n'est pas sûr que les gens ordinaires commenceraient à travailler «pour eux» avant la fin de l'année! De plus, comme l'écrit

J.-K. Galbraith dans L'art d'ignorer les pauvres, «les limitations qu'impose la fiscalité à la liberté des riches sont néanmoins bien peu de choses en regard du surcroît de liberté apporté aux pauvres [et aux classes moyennes, ajouterais-je] quand on leur fournit un revenu» et des services publics essentiels.

S'il fallait faire la liste de toutes les énormités contenues dans cet ouvrage, on n'en finirait plus. Duhaime affirme, notamment, que les syndicats ont plus de moyens que les patrons pour faire valoir leurs points de vue, qu'il faudrait, suivant l'exemple du Chili de Pinochet, privatiser les régimes publics de retraite (alors que la gestion privée de ces régimes coûte plus cher que la gestion publique et est souvent calamiteuse, comme on vient de le voir en 2008) et que les vieux, parce qu'ils sont plus malades que les jeunes, devraient payer plus cher pour leurs soins de santé et leurs médicaments (alors que, avec un peu de chance, nous serons tous vieux un jour).

Toutes ces provocations, de plus, sont assenées dans un style de parfait bonimenteur du patronat. Il est affligeant de constater qu'un tel discours trouve tant de tribunes.
68 commentaires
  • Jason Keays - Inscrit 4 février 2012 01 h 29

    Le triomphe de l'ignorance

    Ce que j'aime des gens comme Duhaime, c'est qu'ils vont vous dire que l'État est inefficace et qu'il en faut moins, mais paradoxalement, il est prêt a confier la décision de vie ou de mort à des fonctionnaires.

  • Marcel Bernier - Inscrit 4 février 2012 01 h 48

    La secte des libertariens...

    Cette secte n'a rien à envier aux disciples de Ron Hubbard et de sa dianétique. Ici, on utilise l'économie aux fins de lavage de cerveau et au bourrage de crâne. Mais allez-y voir concernant leur agenda moral et religieux! Voilà la réelle route de la servitude!
    Les propagandistes du culte du tycoon Pierre-Karl Péladeau (la secte des ticounes) ne sont surpassés que par les propagandistes du culte de la personnalité voué aux Desmarais. N'oublions pas qu'en termes de magnats des médias, nous avons Rémillard qui, avec la CAQ, participe de la foire.
    Tout ça parce que ces gens croient que la puissance d'argent donne des prérogatives qui ne devraient pas être accessibles au commun des mortels. Ils en oublient que la démocratie fait appel à la liberté, l'égalité et la fraternité (ces deux derniers formant la solidarité en sol québécois).
    Quoi qu'il en soit, ces gens, lorsqu'ils seront devenus vieux, pourront faire des statues de la liberté en bâtons de popsicle ou en cure-dents pour leur rappeler leurs turpitudes.

  • IamaPlatypus - Inscrit 4 février 2012 07 h 44

    C'est peut être votre analyse qui est simpliste m'sieur!

    "Joanne Marcotte conclut, encore une fois, dans ce livre, à la quasi-faillite de l'État québécois"
    Vous ne croyez pas à la possible faillite si nous ne faisons rien pour alléger le budget? Pourtant, c'est plutôt évident que les dépenses ne se réduiront pas toute seul.

    "Selon cette admiratrice de [...] les lois du travail sont «beaucoup trop contraignantes pour les entreprises privées»"
    Il en coute chaque année 7 milliards aux entreprises du canada pour se conformer aux réglementations. Pour une entreprise de moins de 5 employés, les dépenses s'élève en moyenne à 6100$ par employé, pour une entreprise de plus de 100 employés 1100$ par employé. Les réglementations sont beaucoup trop complexe pour être géré par le propriétaire dans la plupart des cas. Si vous ne trouvez pas cela contraignant...

    "Même le modèle américain, trop étatiste, ne trouve pas grâce à ses yeux!"
    Je suppose que vous faites allusions au bon vieux cliché québecois selon lequel les états-unis est le pays avec l'économie la plus libre et que les seuls dépenses sont militaires. Hors, en effet le modèle américain est très étatistes. L'armée(704 G$) est la 3e plus grosse dépense après la sécurité social(728 G$) et l'assurance maladie(832 G$). Les pensions fédérales représentent des dépensent de 216 G$ par année. Le déficit du budget est de 1 304 G$ par année et les dépense 3 637 G$. Et si on inclue les dépenses des états et des municipalités, il faut presque doublé se montant soit 7 036 G$.

    "notons qu'elle qualifie Radio-Canada de «temple de la pensée gauchiste»"
    Il est vrai que l'idéologie prédominante à Radio-Canada est de gauche. Et de plus c'est une société d'état qui coute cher et qui fait de la concurrence déloyal aux autres chaines, étant en majeur partie financé par l'état. Et que dire de son manque de transparence!

  • IamaPlatypus - Inscrit 4 février 2012 08 h 06

    C'est peut être votre analyse qui est simpliste m'sieur! (suite)

    "C'est la raison pour laquelle la droite libertarienne de Joanne Marcotte et les droites supposément pragmatiques des Legault et Charest trouveront la gauche sociale-démocrate sur leur chemin."
    Si joanne Marcotte est une libertarienne (je ne suis pas au courant de sa pensé politique) ces idées de changement ne le sont pas... Si vous avez lu le dernier chapitre du livre, vous noterez qu'elle fait mention d'une réduction du nombre de député, d'une réforme du régime de pension, de la mixité de la pratique, d'une loi empechant l'augmentation du déficit, d'une enquete sur l'industrie de la construction, d'une plus grande souplesse des syndicats pour les travailleurs, normalisé les droits scolaires à la moyenne canadienne, etc.. Dans le libertarianisme, il n'y a pas d'hopitaux publiques, pas d'éducation publique, le moins de fonctionnaires possible... On est loin de cela! La gauche et la droite représentent normalement l'égalité et la liberté. Qualifié le gouvernement charest de droite est vraiment inapproprié, même chose pour legault qui se qualifie de gauche efficace.

    "Le thème générationnel[...] n'est qu'un argument de vente pour habiller le propos principal qui se veut une critique en règle du modèle social-démocrate québécois."
    Vous dites ça comme si on devait se cacher de critiquer le modèle social-démocrate. Peut-être est-ce pour ça que vous dites un peu n'importe quoi? Vous n'avez jamais osez avoir une vision critique de notre système?

    "les jeunes Québécois que les systèmes de santé, d'éducation et de garderies publics, le programme de congés parentaux, les régimes de retraite publics et les syndicats ne sont que des nuisances qui entravent leur liberté"
    Le choix entre le privé et le publique en santé n'est pas de la liberté? L'obligation à adhérer à un syndicat n'est pas un entrave à la liberté? Éric ne veut pas enrayer la santé publique et les syndicats, il veut qu'on ait le choix! Vous ne trouvez pas ça l

  • Democrite101 - Inscrit 4 février 2012 08 h 46

    Les nouveaux illusionnistes


    La théorie économique classique fait sonner faux presque tous les arguments néo-libéraux.

    En effet, l'État est un stabilisateur cyclique.

    L'État donne des services à meilleur coût car il est largement monopsone à l'achat de nombreux biens, dont les médicaments, la police, les juges.

    La théorie marginale nous enseigne fort bien que le dernier $ dépensé par le riche a moins d'utilité que le dernier $ dépensé par le pauvre en raison du principe de la diminution de l'utilité par l'augmentation de la quantité de tout bien. Bref, qu'un $ transféré du riche au pauvre augmente son utilité.

    L'État donne des services de base (éducation et santé) qui permettent aux enfants des pauvres de passer, par la formation et une bonne santé, d'une classe économique faible à la classe moyenne. Les lois du marché, dans le domaine social, perpétuent le cercle vicieux de la pauvreté de génération en génération, à tout le moins en freinent la sortie.

    L'augmentation de l'inégalité sape à terme toute démocratie. Elle devient insidieusement ploutocrate, voire aristocratique. D'abord par la richesse, ensuite par le droit puisqu'elle devient omnipotente dans l’action législative.

    L'inégalité doit obligatoirement augmenter en quantité et en dureté tout le système policier et judiciaire répressif en raison de la baisse d'éducation des classes populaires appauvries et affaiblies. Elle engendre même par des guerres extérieures pour résorber le trop plein de la contestation et des prisons.


    La droite capitaliste est mue uniquement par la jalousie des tout petits gains obtenus par la social-démocratie (protection syndicale, congés payés, régime de pension assurée, garderies, aide juridique, ect.)

    Jalousie et cruauté à la clé, voilà les deux carburants de son programme anti-humaniste, ignorant de l'histoire, démagogique et quasi haineux, véhiculé par des inconscients politiques.

    Jacques Légaré, né 1948, ancien laveur de vaisse