Le couple à la mode

Ils doivent tous les deux leur carrière politique aux résidants du Plateau-Mont-Royal. Ils sont les porte-voix de branchouillés, de révoltés à la petite semaine et de rêveurs qui, sous couvert de progrès, nous ramèneraient à ce monde folklorique et doctrinaire du Québec d'antan. Le député Amir Khadir de Québec solidaire et le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, sont des réactionnaires drapés des habits rouges que n'aurait pas reniés Mao Zedong. Ils incarnent les aspirations des gueulards de tous genres, des Québécois devenus les champions du NON systématique, des nostalgiques du Québec en carrioles et des phobiques de la modernité.

Amir Khadir, héritier de la grande bourgeoisie cultivée de l'Iran, est indiscutablement le plus redoutable des deux. Grâce à son intelligence trempée dans l'acier, à sa connaissance des failles et des faiblesses des Québécois, il fonce là où les autres reculent ou hésitent et il pourfend sans état d'âme et sans remords avec ses armes préférées bien affûtées, à savoir sa dialectique implacable et son recours systématique à l'injure.

Il pratique la démagogie en bousculant ses «ennemis de classe», les «puissants», les «riches» et les «fourbes», ce qui inclut à ses yeux une grande partie de ceux qui contribuent de nos jours au développement du Québec. On croit qu'il dit tout haut ce que le pauvre Québécois exploité pense tout bas, mais en fait, c'est un homme de non-dit qui a compris qu'en dénonçant les Lucien Bouchard, les Jean Charest, les Pauline Marois et autres «adversaires du peuple», il construit le socle sur lequel des gens sincères ou aveuglés sont en train de sculpter sa statue de commandeur d'un nouvel ordre social et moral.

Il peine parfois à jouer les règles de l'institution qu'est l'Assemblée nationale et sa passion raisonnante lui joue parfois des tours. Il pratique aussi un moralisme sélectif choisissant de boycotter un magasin de son arrondissement qui vend des chaussures confectionnées en Israël, mais se garde une petite gêne devant la motion de l'Assemblée nationale sur la mort de Ben Laden. En fait, il fait la pluie et le beau temps et son avenir politique est probablement le seul à être ensoleillé. Ses compagnons de route de Québec solidaire n'osent pas le critiquer publiquement, mais c'est un secret de Polichinelle que son comportement à l'endroit de l'âme de Québec solidaire, Françoise David, relève plutôt du machisme que de sa vision théorique de l'égalité des sexes où la burqa n'est pas exclue.

Luc Ferrandez, le maire du Plateau-Mont-Royal, est, lui, l'homme qui n'arrête pas le progrès. D'après lui, le progrès se confond avec la chasse aux voitures car il a une vision autophobe de la ville. C'est un passéiste, un nostalgique de l'ancien temps qui déploie ses ardeurs en voulant transformer l'arrondissement le plus mythifié de Montréal en un village de Gaulois irrédentistes. C'est un rural urbanisé, un croisé qui tête baissée fonce sans se soucier des dommages collatéraux. Il a un jour remballé des petits vieux de son arrondissement qui protestaient contre le réaménagement en un espace vert d'un parking leur permettant de stationner à proximité de leur centre culturel. Mais Luc Ferrandez, roi de la bécane, se fiche des personnes âgées pour qui la bicyclette est un sport qui peut être mortel.

Nos deux lascars en mènent large et donnent à penser qu'ils sont les seuls à travailler pour le bien public. Des bonnes âmes les appuient sans réserve comme si leurs intentions étaient pures, pures, pures. Mais il faut être naïf pour croire que ces deux-là sont dépourvus d'ambition, de cette ambition de pouvoir qu'ils reprochent à leurs adversaires. En fait, comme les fous du roi, ils ont un rôle non négligeable, mais à condition que l'on soit conscient du danger qu'ils représentent s'ils n'étaient pas si minoritaires.

Le Québec actuel que délaissent les touristes est une société frappée de paralysie qui peine à s'arrimer à l'économie en évolution. Tout projet de développement se heurte à un mur de refus: hier à Montréal le chantier dont le Cirque du Soleil aurait été l'icône, aujourd'hui l'exploration de nos ressources naturelles, demain le Plan Nord sans doute. Pendant ce temps, les industries des technologies nouvelles regardent ailleurs et la ville de Montréal stagne, donc périclite.

C'est lorsqu'on ne sait plus à quels saints se vouer qu'on applaudit aux exploits verbaux d'un Amir Khadir en voie de béatification et d'un Luc Ferrandez qui s'imagine peut-être que la marche à pied, voire le jogging sont les mamelles du commerce.

Il est faux, archifaux de croire que ces deux hommes politiques et leurs partisans sont les défenseurs du peuple. Une chose est certaine, ils en sont à ce jour les plus grands bénéficiaires. Quelle injustice pour tous ceux qui dans l'ombre travaillent pour le Québec tout entier!
91 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 4 juin 2011 01 h 37

    Discours d'une libérale bon teint...

    Point barre.

  • jacques brassard - Inscrit 4 juin 2011 03 h 19

    Belle vengence

    La haine vous habitte et l'intelligence supérieur de M.Kahdir
    vous rend jalouse.laissez donc le soint a M.Bouchard de se
    défendre lui même.Je lis les opinions des lecteurs sur les fils de
    presse et vous ne faite PAS partis de la très grande majoritée qui
    appuis le franc parler de M.Kahdir.Aux prochaines élections les
    gens vont se souvenirs de la couchette du PQ avec le PLQ.
    Je tiens toutefois a vous dire honnetement que vous avez une
    belle plume et que si les femmes pouvaient êtres ordonnées vous
    auriez les sermonts les plus terrifiants, ceux qui font peur pour nous
    éloingner du péché,
    Jacques Brassard

  • Catherine Paquet - Abonnée 4 juin 2011 04 h 47

    Je dirais ceci à Mme Bombasdier:

    Et ceux à qui Amir Khadir s'oppose, ils n'en n'ont pas, eux, des ambitions politiques? Des stratégies un peu mesquines?

    Vous ne trouvez pas qu'il est plus glorieux d'être le seul contre le projet de loi 2004 que de faire parti des silencieux...?

  • Nasboum - Abonné 4 juin 2011 05 h 55

    semaine maigre?

    Un mauvais billet. Pourquoi s'acharner sur deux politiciens, somme toute, peu influents de l'arène publique québécoise. Au moins, ces deux comparses ont le courage de leur conviction, quelque soit leur antécédents personnels. Faites nous plutôt un billet sur l'ineptie et l'incohérence des positions du PQ sur plusieurs sujets chauds du jour. Laissez vous aller aussi avec les Libéraux qui ont fait et continuent à faire pas mal de 'conneries' depuis leur arrivée au pouvoir. Bref, oubliez Khadir car même s'il bénéficie d'un temps d'antenne bien généreux de la part de nos médias, ce n'est pas là que se trouve le bobo au Québec.

  • Ginette Bertrand - Inscrite 4 juin 2011 06 h 24

    Bravo Madame Bombardier!

    Enfin quelqu'un qui ose s'en prendre à ces nouveaux messies soi-disant voués à la seule défenseurs du peup'. Cette semaine, la lecture des commentaires sur les divers blogues québécois, au sujet d'Amir Khadir en particulier, était à la fois désolante et ahurissante, pour ne pas dire surréaliste : Saint Amir, délivrez-nous du mal, implorait-on; vous seul êtes capable de le faire. Je croyais entendre le cantique : "Le voici l'agneau si doux, le vrai pain des anges. Du ciel il descend pour nous, adorons-le tous."

    Heureusement qu'il existe des voix discordantes comme la vôtre pour nous faire retomber sur le plancher des vaches. Ce billet vous vaudra sûrement une volée de bois vert, mais celle-ci en renforcera d'autant plus la pertinence.