Perspectives - Difficile crédit

La Banque du Canada multiplie les appels auprès des ménages canadiens. Affichant un endettement élevé, ils sont exhortés à sortir d'une zone de confort par rapport au crédit réfléchissant un mirage créé par des taux d'intérêt maintenus historiquement bas. On craint un réveil brutal une fois la hausse des taux venue.

Entre le crédit facile et les restrictions au crédit... Les autorités monétaires ont beau s'alarmer de l'endettement des ménages, pour un législateur, la ligne est toujours difficile à tracer entre qui a droit au crédit et qui doit y renoncer. Petit lexique d'un crédit facile et de ménages canadiens appelés à se responsabiliser.

Données alarmantes

- Selon la Coalition des associations de consommateurs du Québec, depuis 1990 l'endettement augmente sept fois plus vite que les revenus.

- Le crédit à la consommation des ménages canadiens a augmenté de 64,7 % depuis 1990, de 29,3 % depuis 2000.

- En 10 ans, le montant net des transactions sur les cartes de crédit a plus que triplé.

- Le taux d'épargne personnelle au Canada est passé de 13 % au début des années 1990 à moins de 0 % en 2005.

- Le taux d'endettement des ménages canadiens atteint 148,1 % du revenu personnel disponible, contre 147,2 % aux États-Unis.

- Selon le Mouvement Desjardins, dans l'immobilier le prix des propriétés a augmenté de 112 % en dix ans, tandis que la croissance des revenus s'est limitée à 33 %. Le ratio prix des propriétés/revenu personnel disponible, qui a fluctué entre 2,2 et 2,6 fois de 1988 à 2001, a explosé pour s'approcher présentement de la barre du 4 pour 1.

Données pondérées

- Les analystes de la Banque TD estiment que ce taux d'endettement se dirige vers les 151 % d'ici 2013. Mais du même souffle, ils qualifient de confortable un niveau se situant entre 130 et 140 %, tout en rappelant qu'à l'entrée de la crise celui des Américains atteignait les 160 %.

- En décembre dernier, la Banque du Canada calculait que 5,9 % des ménages canadiens étaient alors vulnérables à une augmentation des taux, sur la base que leurs mensualités accaparaient plus de 40 % de leur revenu brut. Elle estimait que cette proportion de ménages à risque passerait à 8,5 % d'ici 2012 si les taux d'intérêt gagnent trois points de pourcentage.

- Selon un analyste de la CIBC, l'histoire enseigne que les défauts de paiement hypothécaire sont davantage tributaires de l'état de santé du marché de l'emploi que du niveau des taux d'intérêt. Au cours des trente dernières années, le nombre de faillites personnelles a augmenté deux fois plus vite dans un contexte de diminution des taux d'intérêt que dans un contexte de hausse de ces taux. Les taux d'intérêt augmentent lorsque l'économie se redresse, et les avantages que procure une économie en phase positive sur le plan de l'emploi et du revenu contrebalancent aisément l'impact de taux d'intérêt élevés sur le remboursement des dettes, disait-il.

Données sécurisantes

- S'inspirant des données de la SCHL, cet analyste précisait en décembre 2009 que, pour ce groupe soi-disant «à risque», parmi ces ménages ayant souscrit une hypothèque en 2009 avec un rapport prêt-garantie supérieur à 80 % et un ratio d'endettement supérieur à 40 %, plus de 80 % ont opté pour une hypothèque à taux fixe. Cette situation est complètement à l'opposé de celle qui a prévalu aux États-Unis, où les Américains à faible revenu utilisaient en grand nombre les hypothèques à taux variable.

- Selon les statistiques de l'Association des banquiers canadiens, la dette des ménages canadiens est composée à 68 % de prêts hypothécaires, à 20 % d'une marge de crédit et à 5 % d'une dette sur carte de crédit.

- Les Canadiens ayant des prêts hypothécaires ont un avoir net représentant, en moyenne, 50 % de la valeur de l'habitation.

- De 65 % à 70 % des Canadiens paient le solde mensuel entier de leur carte de crédit.

- Le taux national des prêts hypothécaires en souffrance se situe à un demi-point de pourcentage.

- Le taux de comptes en souffrance des cartes de crédit atteignait 1,34 % (du solde total des comptes) au 31 janvier dernier, poussant le taux de perte nette annualisé à 5,36 %. Ces taux sont revenus à 1,13 % et à 4,58 % respectivement le 31 juillet dernier. Historiquement, le pourcentage en souffrance a oscillé entre 0,7 % et 1,8 % depuis 1977.

- Le pourcentage des cartes de crédit en souffrance au Canada représente la moitié de celui des États-Unis.

- Le revenu n'est pas un facteur déterminant qui rembourse ou non sa carte de crédit. Selon Statistique Canada, le pourcentage des familles à revenu faible, moyen et élevé qui remboursent leur carte de crédit chaque mois est similaire.

- Le marché compte plus de 60 cartes à faible taux d'intérêt.
3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 16 décembre 2010 11 h 00

    Bon et mauvais endettement

    Il faudrait distinguer. Quand on doit 200 000 $ sur une maison de 250 000 $ ou plus à l'âge de 40 ans ou moins, c'est un bon investissement. Quand on doit de l'argent sur un char, sur ses vacances dans le Sud ou sur sa carte de crédit, on vit au dessus de ses moyens et on se prépare à la faillite.

  • celljack - Inscrit 16 décembre 2010 12 h 05

    Merci aux irresponsables.

    En 2007 déjà je mettais en garde qui-veut-l'entendre qu'il ne fallait pas s'endetter, que le marché immobilier et que les faibles taux de crédit étaient un piège-à-con.

    J'ai passé 3 ans sans dépenser, sans m'endetter, à rester dans mes vieux pantalons pendant que les voisins se payaient du luxe à crédit.

    D'ici 5 ans les hypothèques exploseront. J'aurai d'ici là des économies et des investissements sécuritaires qui fructifieront. Avec la future vraie crise je rachèterai à rabais ce que vous ne pourrez plus soutenir.

    Merci de ne pas avoir su vivre avec modestie!

  • Michel Vallée - Abonné 16 décembre 2010 17 h 56

    Est-il possible d'épargner?

    Faut-il vraiment se surprendre du fait que les québécois ne puissent plus épargner? Si vous investissez dans l'immobilier, le gouvernement québécois contrôle de façon très serrée les revenus que vous pouvez faire avez le loyer de vos logements. Le Québec est, à ma connaissance, la seule province à contrôler les loyer, faisant ainsi assumer par les propriétaires, petits ou grands, une subvention au logement. Au lieu d'investir dans les HLM qui au bout de 10 ans sont tout délabrés, ne devrait-on pas subventionné les familles pour avoir accès aux logements disponibles.

    Si en outre vous êtes montréalais, vos taxes foncières ont plus que doublé au cours des 15 dernières années et vont encore augmenter de plus de 4% dans le prochain budget.

    Pas surprenant que nous ne puissions plus épargner.