L'odeur de la poudre

Depuis le début des négociations dans le secteur public, les trois mots fatidiques — «moyens de pression» — ont été lâchés pour la première fois cette semaine, et ce n'est certainement pas un hasard s'ils sont sortis de la bouche d'une infirmière.

De tous les employés du secteur public, qui sont très souvent perçus comme des privilégiés, les infirmières sont de loin celles qui jouissent de la plus grande sympathie dans la population. D'ailleurs, après l'impression désastreuse laissée par les fiers-à-bras de la FTQ-Construction, le syndicalisme en général a bien besoin d'elles pour redorer un peu son image. Allez, les filles!

Tout le monde reconnaît qu'elles ont droit à de meilleures conditions, sous peine de les voir passer au secteur privé, sinon en Suisse, mais jamais les médecins n'avaient montré une telle sollicitude à leur endroit.

Jeudi, le président de la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ), Gaétan Barette, a sauté par-dessus le cheval dans une entrevue au Soleil. Selon lui, les infirmières affectées aux «soins critiques», que ce soit à l'urgence, dans les blocs opératoires ou aux soins intensifs, devraient être payées 20 % de plus que leurs consoeurs qui oeuvrent dans les autres services.

Même la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIS), Régine Laurent, a semblé trouver que M. Barrette y allait un peu fort. «Je comprends qu'il ne nous trouve pas assez gourmandes», a-t-elle lancé, ajoutant que sa centrale s'en tenait néanmoins à ses demandes initiales.

Les infirmières, dont le salaire moyen est actuellement de 43 000 $, réclament une semaine de quatre jours totalisant 32 heures payées comme 35. Pour des gens dont le revenu annuel moyen est de 360 000 $, comme c'est le cas des médecins spécialistes, cela est sans doute peu de chose. On verra bien ce qui restera de cette belle solidarité en bout de piste.

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Les informations qui circulent sur l'état des négociations aux différentes tables vont toutes dans le même sens. «Ils ne négocient pas, ils ne font que chercher à couper ou à reprendre», a déploré la présidente de la FIS.

Même son de cloche à la CSQ. Hier, son président, Réjean Parent, déplorait que le gouvernement tente encore de rogner sur les conditions de travail des enseignants, déjà sous le coup d'un décret depuis quatre ans.

Depuis le début des négociations, la présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay, a adopté un ton conciliant, qui tranchait avec l'intransigeance de sa prédéces

seure, Monique Jérôme-Forget. Concrètement, cela ne semble pas avoir fait une grande

différence.

Hier, Mme Gagnon-Tremblay a invité les syndicats à un blitz de négociations d'ici la date butoir du 31 mars. Les règlements de dernière heure font partie de la dynamique des relations de travail et elle n'a jamais dit que son offre de 7 % en cinq ans était définitive, mais il n'y a aucun signe avant-coureur d'une entente. Bien entendu, personne ne veut être tenu pour responsable d'un éventuel échec, mais une odeur de poudre commence à flotter dans l'air.

Dès le départ, les habitués de ces négociations, comme l'ancien président de la CSN, Gérald Larose, prévoyaient que la présente ronde se terminerait encore une fois par l'adoption d'une loi spéciale.

Dans l'état actuel des finances publiques, on voit mal comment un compromis est possible. Surtout que le gouvernement Charest semble vouloir présenter un «budget moumoune», comme le disait Gaétan Barette. S'il renonce à augmenter les tarifs de façon significative et privilégie plutôt les réductions de dépenses, il devient inévitable que les employés de l'État fassent les frais du retour à l'équilibre budgétaire.

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À partir du moment où l'affrontement devient inévitable, la cause est portée devant le tribunal de l'opinion publique, qui sera l'ultime juge, même si la majorité dont le gouvernement dispose à l'Assemblée nationale lui permet d'imposer sa volonté.

Les questions posées dans un sondage de Léger Marketing commandité par l'Institut économique de Montréal, dont les journaux de Quebecor ont publié les résultats hier, étaient passablement alambiquées. Faut-il s'étonner que «seulement 10 % des Québécois estiment que l'État devrait céder devant les demandes syndicales et augmenter le fardeau fiscal afin de les financer»?

Il est néanmoins permis de croire qu'une nette majorité se range toujours dans le camp du gouvernement. À force de se faire seriner que le Québec est «dans le rouge» et que les fonctionnaires font le party avec le fruit du dur labeur des contribuables, le contraire serait étonnant.

Au rythme où augmente l'insatisfaction à l'endroit du gouvernement, les négociateurs syndicaux n'ont cependant aucun intérêt à se presser. Si «moumoune» qu'il puisse être, il y a de fortes chances que le prochain budget alimente encore le mécontentement de la population. Si les syndicats avaient réussi à gagner la bataille de l'opinion publique en 2005, c'était simplement parce que le gouvernement avait encore plus mauvaise presse qu'eux.
6 commentaires
  • jpz - Abonné 20 mars 2010 12 h 44

    le principe des augmentation au % est inéquitable... il faut aider ceux qui ont le moins de pouvoir d'achat.

    Équité, conscience sociale et pouvoir d’achat.

    Considérant les salaires et les bonus hyper gonflés des cadres et des hauts salariés. ( 174 fois )
    Considérant les salaires moyens québécois 42 K$ par année.
    Considérant la faiblesse économique actuelle et la capacité du Québec de payer ses employés.

    Je propose à tous ceux dont le salaire est plus de 1000 $ par semaine d’accepter un gel salarial de 2 ans pour permettre de dégager les sommes requises pour augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs à faibles revenus. Ainsi, je propose de donner à tous les bas salariés 1 $ de plus de l’heure ( régulières sans le surtemps ) pour les 2 prochaines années ; ce qui pourra hausser leur pouvoir d’achat de 2000 $ par année.

    Je trouve inéquitable l’actuel régime d’augmentation au pourcentage ; car accorder 2 % à quelqu’un qui fait 60, 80 ou 100 K$ par année c’est donner 2 fois plus à ceux qui en ont le moins besoin. De plus , ceux qui change de poste et de responsabilités pourront changer de catégories et augmenter leur rémunération.

    De plus, cette mesure permettra de faire rouler l’économie québécoise car ces sommes seront dépenser aux Québec ce qui rapportera des taxes et des impôts, tandis que des hauts salariés pourraient dépenser ou placer ces dollars ailleurs hors du pays.

    Je pense que cette mesure est plus que positive et devrait être présentée aux tables de négociation des employé-e-s des secteurs publics et parapublics. La plupart des salariés au delà de 50 K$ que j’ai questionné ont admis que cette proposition était un bel esprit de conscience sociale acceptable.

    Jean-Paul Thivierge
    St Bruno de Montarville

    Équité sociale
    Au lieu d'augmenter les impôts de tous
    Au lieu d’augmenter les tarifs un peu partout , ce qui fera monter l’inflation sur tout ce qu’on achète.
    pour payer les services et les infrastructures publiques

    on devrait augmenter de 5 % l'impôt minimum de ceux qui font plus de 1000 $ par semaine
    on devrait augmenter de 10 % l'impôt minimum de ceux qui font plus de 2000 $ par semaine
    on devrait augmenter de 15 % l'impôt minimum de ceux qui font plus de 3000 $ par semaine

    on devrait aussi donner 1 $ de l'heure de plus à tous ceux
    qui ne font pas 1000 $ par semaine

    le principe des augmentation au % est inéquitable...
    il faut aider ceux qui ont le moins de pouvoir d'achat.

    Jean-Paul Thivierge St Bruno de Montarville

  • France Marcotte - Abonnée 20 mars 2010 15 h 36

    La cloche de la désinformation

    "Il est néanmoins permis de croire qu'une nette majorité (des Québécois) se range toujours dans le camp du gouvernement. À force de se faire seriner que le Québec est «dans le rouge» et que les fonctionnaires font le party avec le fruit du dur labeur des contribuables, le contraire serait étonnant." Justement, il est temps qu'on entende un autre son de cloche. Malheureusement, la majorité ne lit pas Le Devoir qui a pourtant fait paraître ces derniers jours des textes éclairants sur la situation des travaillleurs de l'État. La désinformation me semble un élément supplémentaire de l'attirail de l'antidémocratie qui fleurit en nos murs.

  • Raymonde Chouinard - Inscrite 21 mars 2010 15 h 32

    L'odeur de la poudre...

    ...semble plus persistante dans votre nez, monsieur David!

    C'est ça, il faudrait augmenter l'impôt des citoyens qui ne bénéficient pas du salaire des médecins-spécialistes, ni des professionnels de la santé, et qui ont peine à joindre les deux bouts, avec un petit salaire minable de base, pour la plupart, de 35 000-40 000$/année, pour financer le salaire mirobolant exigé par Barrette et les employés de la fonction publique qui devraient s'estimer chanceux et non-fiers, dont c'est le leitmotiv ces derniers jours, de détenir un poste au sein de la fonction publique, tels: les professeurs, employés de la fonction publique et autres, dont le salaire est régi par l'état québécois.

    Assez c'est assez de presser le citron....!

  • Raymonde Chouinard - Inscrite 21 mars 2010 16 h 17

    La désinformation....

    ...la cloche de la désinformation (France Marcotte)
    ---------------------------

    En tant qu'abonnée, je lis les articles du Devoir et ....pourtant, j'ai mes réserves tant qu'à l'impartialité et l'objectivité de certans journalistes engagés de ce quotidien, tout dépendant de l'option politique qu'ils défendent, et que l'on peut clairement définir à travers les propos pro-souverainistes qu'ils entretiennent et qui semblent constituer la norme, sinon la ligne directoriale de ce quotidien supposément impartial, politiquement parlant....et dont la politique d'information, selon ce qu'on peut lire dans leur préambule, n'est au service d'aucune idéologie ni d'aucun parti politique.

    On est en droit de se questionner lorsque l'on constate que certains journalistes du Devoir se sont donnés comme mission de tirer à boulets rouges sur Jean Charest et d'alimenter la hargne de ses opposants, et on peut facilement y voir un complot pour déstabiliser le gouvernement libéral au profit du PQ.

  • Dany Deschênes - Inscrit 22 mars 2010 16 h 40

    La situation est absurde et désolante

    Les employés de l'État qui ont subi de nombreuses lois spéciales (1982, 1983, 1986, 1993, 1997, 1999, 2005) comportant des récupérations salariales, la réouverture de leur convention, des gels ou de faibles hausses de rémunération. C'est unique dans l'histoire du Québec que les salariés ne puissent bénéficier d'une amélioration de leur sort sur une aussi longue période.

    Les fonctionnaires, les employés des commissions scolaires et ceux des hôpitaux sont aussi, sinon plus essentiels au bon fonctionnement des services publics que ceux des sociétés d'État et des universités. Rien ne justifie qu'ils soient traités différemment. Si Québec refuse les demandes syndicales, il doit appliquer sa logique budgétaire à toutes les organisations qui sont sous sa responsabilité. C'est une question d'équité.

    La fonction publique est dans un état lamentable et on se demande pourquoi.

    Le recours à la loi spéciale est beaucoup trop facile pour le parti politique au pouvoir.

    Un citoyen découragé d'une situation aussi absurde.