Stephen Harper et Haïti: la suite

Au cours de la dernière semaine, le premier ministre Stephen Harper a mis sa propension à vouloir tout contrôler au service de la réponse canadienne à la crise humanitaire qui s'abat sur Haïti. Les résultats sont impressionnants.

Depuis le tremblement de terre de mardi dernier, on assiste à un déploiement intelligent de la gamme de moyens dont dispose le Canada pour intervenir dans ce genre de circonstances. Jusqu'à présent, l'opération s'est déroulée sans les bavures qui avaient caractérisé la réplique canadienne au tsunami de décembre 2004 et à la guerre au Liban en 2006.

La connaissance canadienne du terrain haïtien n'est pas étrangère à la mise en place rapide de mesures d'urgence importantes. Ottawa semble également avoir tiré des leçons salutaires des cafouillages du passé. En prime, le premier ministre — omniprésent dans la direction des opérations depuis la première heure — est en symbiose avec l'opinion publique plutôt qu'à sa remorque. Même les partis d'opposition concèdent que la réponse initiale du gouvernement Harper à la crise haïtienne a été exemplaire.

***

La bonne tenue du dossier haïtien facilitera-t-elle un virage dans la perception qu'ont les Canadiens de Stephen Harper? Les faiseurs d'images conservateurs le souhaitent évidemment. La crise est survenue au moment où de nouvelles preuves de l'exceptionnelle fragilité du lien de confiance entre l'électorat et le gouvernement conservateur s'accumulaient. À Stephen Harper, les Canadiens ne pardonnent toujours pas ce qu'ils permettaient sans vraiment sourciller à Jean Chrétien.

La semaine dernière, quatre sondages démontraient, chiffres à l'appui, que la décision de proroger le Parlement jusqu'en mars avait fait fondre l'avance du Parti conservateur dans les intentions de vote. Au total, c'est l'ensemble du capital d'estime amassé au fil de la gestion de la récession tout au long de l'an dernier qui s'est volatilisé au cours des dernières semaines. Ce sont des données qui laissent entendre que, malgré la faiblesse de la performance de l'opposition officielle, le parti au pouvoir n'est pas blindé contre une débâcle électorale et encore loin d'une majorité gouvernementale.

Le gouvernement Harper ne serait pas le premier régime en panne d'inspiration et d'élan dans les intentions de vote à trouver un nouveau souffle providentiel à la faveur d'événements tragiques imprévus. En 2001, les attentats du 11-Septembre avaient eu pour effet de donner un sens au troisième mandat de Jean Chrétien.

Jusque-là, le gouvernement libéral tournait en rond; dans le vide ambiant, sa guerre intestine était en voie de prendre complètement le pas sur les affaires de l'État. La crise de leadership qui agitait à la même époque l'opposition officielle allianciste accentuait cette évidente dérive. Le Parlement fédéral tournait à vide.

Si les événements du 11-Septembre n'avaient pas changé la donne fédérale, on peut croire que le règne de Jean Chrétien aurait fini en queue de poisson plutôt que d'être couronné par le grand débat que l'on sait sur la participation canadienne à la guerre en Irak.

***

La tragédie qui afflige Haïti survient au moment où le Canada se prépare à commencer à se désengager du front militaire de l'Afghanistan, le pays qui a le plus monopolisé l'attention du gouvernement fédéral depuis quelques années.

Une fois l'urgence immédiate passée à Haïti, il faudra nécessairement s'atteler à son essentielle reconstruction. Tout destine le Canada à jouer un rôle de première ligne dans ce qui s'annonce comme une corvée internationale de longue haleine.

Car, s'il y a un endroit sur la planète où le Canada est un joueur, au sens utile du mot, c'est bien davantage à Port-au-Prince qu'à Kaboul ou à Kandahar. L'identité des rescapés et des disparus canadiens en Haïti — des ingénieurs, des infirmières, des médecins, des policiers-mentors, des travailleurs humanitaires, etc. — et les liens tissés entre les deux pays témoignent de l'engagement de la société civile canadienne dans la région

Ottawa est actuellement à la recherche d'une vocation plus humanitaire pour le Canada en Afghanistan. Jusqu'à présent, cette recherche est problématique. Les conditions ambiantes ne sont pas nécessairement propices au genre d'action sur laquelle le gouvernement fédéral voudrait idéalement se replier dans la foulée de son engagement militaire.

Le maintien d'une présence canadienne en Afghanistan n'est pas incompatible avec un rôle de premier plan en Haïti, mais le fait est que les ressources humanitaires canadiennes ne sont pas inépuisables. Depuis la semaine dernière, un redéploiement essentiel de moyens importants sur le front haïtien fait désormais partie du débat sur la suite à donner à la mission de Kandahar.

Dans la perspective du retrait militaire prochain du Canada en Afghanistan, on peut avancer qu'il y aurait de bonnes raisons pour qu'Haïti devienne la priorité du gouvernement Harper en matière de développement international et que le premier ministre trouverait vraisemblablement son compte politique dans un tel réalignement.

***

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

***

chebert@thestar.ca
9 commentaires
  • Yvon Roy - Inscrite 18 janvier 2010 04 h 58

    prévention

    Prévoir de nouveaux édifices à l'abri des intempéries seraient certainement un must avant de procéder à toute forme de reconstruction pour Port-au-Prince.

    Et des maisons préfabriquées made in Québec à cet effet seraient sans doute très utiles tant pour les écoles que pour les hôpitaux fort probablement.

    Indépendamment du PLC et de certains autres sabots de Denver parfaitement inutiles par ailleurs. Voilà!

  • jacques noel - Inscrit 18 janvier 2010 07 h 15

    1100 Canadiens disparus

    C,est la pire tragédie humaine de nos vies, 40 fois le 11-septembre.
    Vous trouvez Harper performant?
    Les Chinois étaient là avant les Canadiens!

  • Gilles Bousquet - Inscrit 18 janvier 2010 07 h 53

    Quoi faire exactement ?

    Pour Haïti, et tout particulièrement pour la région de Port-au-Prince, le dernier séisme était le pire en 200 ans. La violence de la secousse vient surtout rappeler la configuration dangereuse de son environnement, et le risque de nouveaux séismes majeurs, toujours présent.

    Questionn : Est-ce que son beau temps vaut les risques de ses tremblements, pour se reconstruire dans le même environnement ? Si oui, reconstruire en ciment ou en légers matériaux, assez forts pour résister aux inondations et ouragans ? Ou émigrer, en grand nombre, vers un autre pays, avec meilleure administration et un territoire assez grand, pour faire vivre correctement ces millions d’habitants, encore vivants ? L'Afrique, les États-Unis, le Canada, l'espace et le choix sur terre sont grands.

  • Bernard Lorazo - Abonné 18 janvier 2010 09 h 01

    Chemin de Damas ou opportunité d'affaires?

    L'activisme de M. Harper à propos du sinistre haïtien est plutôt intrigant: aurait-il trouvé son "chemin de Damas" ou, plus prosaïquement, tout comme pour le désastre économique récent, n'y voit-il qu'une occasion d'affaires à saisir pour les entreprises canadiennes? Avec, à la clé, un regain de popularité à d'éventuelles élections qu'il provoquerait?
    Au vu des quatre années passées, le côté calculateur froid de M. Harper ferait plutôt pencher vers la deuxième hypothèse.

  • Carole Dionne - Inscrite 18 janvier 2010 14 h 41

    REMISE À L'ORDRE, Mme Hébert...

    Concernant le dossier des libanais-ses, je ne crois pas que le gouvernement s'est trainé les pieds. C'est le fait plutôt que plusieurs milliers de libanais ont joué sur leur double citoyenneté (qui plus est, on a vu un reportage de Radio-canada sur ce dossier: comment ils faisaient pour contourner les règles) et qu'ils ont crié au meurtre parce que le gouvernement n'agissait assez vite ,selon eux. Ils auraient dû crier contre le peuple libanais qui est toujours en guerre contre lui-même mais non, c'était plus facile de rendre coupable le Canada.


    Beaucoup de monde gueule contre la Canada, le Québec car s'est facile, le québécois moyen se sent toujours coupable de quelque chose. Demandez aux indiens, ils l'ont la recette.

    Faque Mme Hébert, pas d'accord avec vous...