Souvenirs de voyages: égo-objets
Le souvenir de voyage est le plus souvent la trace de ce qu’on a vécu à Varadero, en Amazonie profonde, à San Francisco ou en Afrique masquée. C’est la marque de notre passage, c’est la référence, c’est un peu nous. On l’appelle l’égo-objet.
Je me mêle à ce processus. À la maison, mon ex-compagne sourcillait de mes masques, des mes peaux d’ours noir et blanc, et ne supportait plus le petit singe en bois du Panama (dessiné par des enfants, travaillé par un vrai papy et lissé par la mamie qui attendait son cinquième enfant). Pour moi, tout cela était du vrai, de l’authentique. Pour la famille, c’était des ramassis à poussière. Seule, ma fille estimait que mon signet en requin des bas fonds de Moorea avait du sens. Ce que je voulais présenter, en fait, était ma présence là-bas.
Le souvenir de voyage comme objet rapporté du séjour peut être synonyme de plusieurs choses: il peut désigner un moment précis des vacances, un moment d’égarement, une prise de conscience, une appartenance à un lieu, un personnage, une émotion, allant du flirt à la séparation hâtive en passant par la soirée bien arrosée.
Il y a pour chacun une échelle des valeurs comme les peccadilles (t-shirts, porte-clés, macarons, boissons, épices), les items représentatifs de différentes cultures (plats à tajine, cendriers à eau, tam-tams, masques africains, statues de bouddhas, boomerangs australiens, matriochkas) et les trouvailles qui rendent particulièrement fiers parce que ce sont des modèles uniques, parce que celui qui nous l’a donné (couteau du guide masaï, dent de requin du pêcheur mexicain, tissu indien issu de la coiffe d’une aïeule récemment disparue) nous en a prouvés l’authenticité. Quand il n’y a vraiment rien à acheter, on s’approprie des bouts de voyages (sable du désert, poussière du mur de Berlin, os de mouette fatiguée, edelweiss séché des hauteurs).
Il existe même une hiérarchie dans les lieux d’achat de ces items: la pire étant la boutique d’aéroport, suivie de très près par les boutiques de souvenirs et les marchés d’artisanat.
Et puis, il y a les modes, les items incontournables.
En ce moment, à Rome, François fait un malheur. Quant à Jean-Paul II, il est un incontournable de Czestochowa. À Londres, malgré le décès de la Dame de fer, c’est toujours Lady Di qui a la vedette. Au Venezuela, Chavez est le leader dans le domaine du cendrier et de la coupole.
En Russie, les montres avec Lénine et Staline se vendent comme des petits pains rassis.
Mao a ses adeptes, Hitler a ses pas perdus, et Napoléon ses admirateurs. Pour plus de sensibilité, on aura Thérèse à Lisieux, Bernadette à Lourdes et Fatima à Fatima. Avec les monuments comme témoins en fer pas très forgé. Cela nous ressemble et ce sont des égo-objets.
Pour en savoir plus lire l'écrit d’Anna Zisman.
Je me mêle à ce processus. À la maison, mon ex-compagne sourcillait de mes masques, des mes peaux d’ours noir et blanc, et ne supportait plus le petit singe en bois du Panama (dessiné par des enfants, travaillé par un vrai papy et lissé par la mamie qui attendait son cinquième enfant). Pour moi, tout cela était du vrai, de l’authentique. Pour la famille, c’était des ramassis à poussière. Seule, ma fille estimait que mon signet en requin des bas fonds de Moorea avait du sens. Ce que je voulais présenter, en fait, était ma présence là-bas.
Le souvenir de voyage comme objet rapporté du séjour peut être synonyme de plusieurs choses: il peut désigner un moment précis des vacances, un moment d’égarement, une prise de conscience, une appartenance à un lieu, un personnage, une émotion, allant du flirt à la séparation hâtive en passant par la soirée bien arrosée.
Il y a pour chacun une échelle des valeurs comme les peccadilles (t-shirts, porte-clés, macarons, boissons, épices), les items représentatifs de différentes cultures (plats à tajine, cendriers à eau, tam-tams, masques africains, statues de bouddhas, boomerangs australiens, matriochkas) et les trouvailles qui rendent particulièrement fiers parce que ce sont des modèles uniques, parce que celui qui nous l’a donné (couteau du guide masaï, dent de requin du pêcheur mexicain, tissu indien issu de la coiffe d’une aïeule récemment disparue) nous en a prouvés l’authenticité. Quand il n’y a vraiment rien à acheter, on s’approprie des bouts de voyages (sable du désert, poussière du mur de Berlin, os de mouette fatiguée, edelweiss séché des hauteurs).
Il existe même une hiérarchie dans les lieux d’achat de ces items: la pire étant la boutique d’aéroport, suivie de très près par les boutiques de souvenirs et les marchés d’artisanat.
Et puis, il y a les modes, les items incontournables.
En ce moment, à Rome, François fait un malheur. Quant à Jean-Paul II, il est un incontournable de Czestochowa. À Londres, malgré le décès de la Dame de fer, c’est toujours Lady Di qui a la vedette. Au Venezuela, Chavez est le leader dans le domaine du cendrier et de la coupole.
En Russie, les montres avec Lénine et Staline se vendent comme des petits pains rassis.
Mao a ses adeptes, Hitler a ses pas perdus, et Napoléon ses admirateurs. Pour plus de sensibilité, on aura Thérèse à Lisieux, Bernadette à Lourdes et Fatima à Fatima. Avec les monuments comme témoins en fer pas très forgé. Cela nous ressemble et ce sont des égo-objets.
Pour en savoir plus lire l'écrit d’Anna Zisman.


