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    Goethe, un certain comptable de Faust...

    18 décembre 2012 11h20 | Lio Kiefer | Voyager avec Lio Kiefer
    Photo : Source: Wikipédia
    J’ai tripé sur Goethe comme auteur de phases quelquefois cyniques. Mais aussi pour le pamphlétaire de son temps et des temps futurs. Poète certainement, mais surtout érudit du temps qui passe. Quand on visite l’Allemagne, on peut constater que Goethe est plus qu’un poète, c'est une façon de façonner l’identité locale.

    En toisant une serveuse de bière surdimensionnée à Munich on ne pense peut-être pas à Goethe, mais plutôt à Fellini. Pourtant, Goethe a façonné le mental de la Teutonne, sans qu’elle ne le sache.

    C’est un peu ce que démontre (hors bière) une exposition passionnante, Goethe et l’argent, à Francfort, expliquant en quoi les comportements sociétaux vis-à-vis de l’argent éclairent les écrits de Goethe, qui eux-mêmes ont façonné les rapports des Allemands à l’argent.

    À Francfort, la capitale financière allemande, siège de deux banques centrales – la Bundesbank et la Banque centrale européenne (BCE) –, on trouve également, à l’ombre de la tour de la BCE, une bâtisse baroque au crépi jaune: c’est là que le grand poète allemand Johann Wolfgang von Goethe vit le jour en 1749.

    On retrouve la crainte qu’exprimait Goethe dans l’opinion très répandue en Allemagne selon laquelle la crise de la dette dans la zone euro est le fait de sociétés qui, refusant d’accepter les limites naturelles de leurs finances, ont emprunté à tout va avec la plus grande désinvolture. L’effondrement économique est donc le fil rouge du traumatisme national de l’Allemagne, et aussi son drame national. Faust et Méphisto guettent dans l’ombre de la crise de la zone euro, poussent Berlin à exiger une discipline budgétaire pan-européenne et suscitent en Allemagne un débat sur les limites de la croissance économique.

    «Goethe avait compris que l’argent, lorsqu’il est bien utilisé, offre des débouchés positifs, permettant par exemple de voir prospérer sa propre famille, commente le Dr. Vera Hierholzer, co-organisatrice de l’exposition. Dans le même temps, comme beaucoup d’hommes de sa condition, il redoutait les conséquences de l’excès et de l’outrance, de cette tendance à toujours vouloir davantage. C’est une attitude très allemande, aujourd’hui encore, que de voir les limites et de s’efforcer de contrôler les choses dans le cadre de ces limites.»

    À partir de 1782, Goethe fut nommé ministre des Finances du duché de Saxe-Weimar, dont les frontières correspondaient à la partie occidentale du Land de Thuringe. Cette expérience forgea sa pensée et lui inspira son chef-d’œuvre en vers, Faust – lecture obligatoire dans toutes les écoles allemandes –, dont l’argument s’articule sur le fameux «pacte faustien» entre le savant éponyme et le diable, incarné par Méphistophélès. Celui-ci promet à Faust de réaliser tous ses vœux sur Terre, mais si Faust cherche un jour à prolonger éternellement un instant de son existence, alors Méphisto lui prendra son âme.

    (Source Courrier International)

    Quand on se balade en Allemagne aujourd’hui, il est de mise de savoir si on rencontre Goethe, Faust ou Mephistophélès, à Francfort ou ailleurs. Cela ne change pas le prix du B&B, mais selon Goethe, le billet de banque, c'est le prolongement de l’alchimie.

    Et comme disait Goethe dans ses annales: «Si les singes savaient s’ennuyer, ils pourraient devenir des hommes.»

    On vivait – et/ou on vit – une époque formidable!

    À suivre.


     
     
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