Haïti: un pays singulier qui se conjugue au pluriel
15 heures à l’aéroport de Port-au-Prince. Le vol Transat de retour. Je reconnais des blancs dans la file. Tu ne peux pas quitter indemne Haïti, comme tu quittes la République dominicaine, la Barbade ou Saint-Martin. Pas pour la misère… Pour la différence, pour la population, pour le vaudou, pour l’histoire.
Les blancs, c’était une gang de crapauds et grenouilles de bénitiers qui, l’air satisfait, m’ont dit qu’ils avaient pendant une semaine distribué vêtements, prières et paroles du poète juif assassiné à 33 ans, mais en version sous-titrée. Du genre il faut porter sa croix, mais après c’est l’Éden.
Après quoi monsieur Jésus? Une vie de merde, des insultes éternelles et…?
Le crapaud s’est rassis dans son fauteuil Club et a repris deux fois du mousseux, ce qui est un peu normal quand t’as donné tes culottes râpées et tes chemises usées.
Je commence comme cela, car les ONG aujourd’hui, à Haïti, commencent à être une plaie. Avant le tremblement, les ouragans, le choléra, les ONG étaient là et c’était plutôt bien. Aujourd’hui, j’ai rencontré un paquet de responsables ou pas d’ONG du monde entier. Ils ont inventé une nouvelle fonction, le colonialisme humanitaire.
Une femme, nommée Cindy, du Texas, me disait dans le coin de Port-Haïtien, qu’elle avait un dispensaire dans les parages, mais qu’elle voulait ouvrir une succursale là et là. Une sorte de Jean Coutu de l’humanitaire. Chacun ou chacune a ses serviles du ménage, de la bouffe…
Avec un 20 dollars venu des Yankees ou du Canada, t’as 4 bonnes à plein temps pendant une semaine.
C’est quand même étonnant d'avoir rencontré beaucoup d’ONG pendant une semaine, dans les bars et restos branchés de Pétion-Ville, ou en week-end dans tous les hôtels que j’ai visités (c’est vrai que venir en aide aux nécessiteux fatigue).
Dans mon village de Rawdon, je connais une madame qui fait dans l’humanitaire, pour surtout espérer avoir un poste à l’UNESCO. La madame aime modérément les enfants, mais à Haïti, elle est vue comme une queen de la cutie et couchotte avec un médecin local. Elle voudrait surtout acheter des terres, pour du profit… Elle aime tellement le pays!
Ou une autre, Française, qui s’est déclarée prêtresse vaudou et qui fait des conférences en Europe sur l’art de vivre en harmonie avec les plantes.
Les ONG fabriquent un assistanat pour la population et pour l’hôtellerie et la restauration chic locales. Pas tous, bien sûr, mais un paquet…
Je ne conclus rien, mais j’ai vu plusieurs pays; Port-au-Prince en est un… Plus difficile, encore abîmé, mais déjà partiellement nettoyé. Les vies ont repris, les enfants chahutent, les parents sont un peu inquiets, mais on a repris le chemin de ou des amours.
Je conseillerai aux gens de TVA de faire une semaine haïtienne sur la fameuse Bonne Nouvelle. Au lieu de présenter une ouverture de banque ou de concessionnaire automobile, on pourrait se concentrer sur le nombre de bisous donnés sur une plage de Jacmel ou sur une mamie qui caresse les bras de sa petite fille… Ce sont là des bonnes nouvelles.
Et puis le sud, le centre, le sud-ouest, le nord, le nord-ouest. Dans les régions, il y a des ananas, des tomates, du cresson, des mangues, des piments, de l’ail, des oignons, des poules, des chèvres. On s’en sort fort bien en répétant des gestes séculaires.
Du côté plage, Haïti peut faire la nique facilement aux sables de la République dominicaine qui sont, eux, contrôlés par les Espagnols ou autres puissances du tout inclus. Ici, c’est vierge et cela se voit.
Et également de cesser de penser qu'Haïti est un coupe-gorge.
Pour preuve personnelle, je me suis fait voler tout mon matériel électronique au Costa Rica, soudoyer de l’argent au Mexique au péage de l’autoroute, et réclamer 300 $ par la police de Margarita pour port de ceinture oublié. On m’a défoncé une villa en Martinique, la même chose en Jamaïque. Un policier de République dominicaine m’a intimé de le prendre en auto-stop avec une poule vivante sur le siège arrière qui s’est libéré de tout son stress sur la banquette arrière.
Et mon filleul, qui se voulait photographe en bateau-stop, s’est vu obligé de cesser son périple, après avoir été enlevé au Nicaragua, et dépouillé de toute forme de travail, la violence en sus.
Selon les chiffres de l’UNODC (Office des Nations Unies contre la drogue et la crime). Haïti est un des pays avec le moins d’insécurité dans les Caraïbes. En tête de ce palmarès du nombre d’homicides pour 100 000 habitants, la Jamaïque, les Îles Vierges américaines, Trinidad, la Barbade, Porto Rico, Sainte Lucie et la Rép dominicaine. Sur un total de 21 destinations, Haïti se trouve en 17e place, juste devancée par Anguilla, la Barbade, Cuba et la Martinique.
Un article édifiant sur le développement d’Haïti.
La formation, la jeunesse, l’intégration, la prise en main, la richesse culturelle, l’éducation, ce sont les grandes lignes que défend avec obstination Michaëlle Jean, envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti. Une entrevue complète avec cette dernière, que j’ai réalisée à mon retour d’Haïti, sera dans quelques jours en ligne.
Malgré un départ difficile, le président Martelly place le tourisme comme une valeur ajoutée, une pierre angulaire de l’édifice de reconstruction économique du pays. La France, les États-Unis, le Canada, l’Italie placent le tourisme comme une source de revenus nécessaire.
Les actions de la ministre du Tourisme haïtien en sont la preuve. Stéphanie Balmir Villedrouin, est une ardente, une négociatrice, une volontariste. Entourée d’une équipe de jeunes dîplomé(es) qui ont la rage au ventre et l’avenir en guise de passeport.
Hier, la ministre a rencontré Charles Castel, le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), pour la mise en place d’un programme de financement pour le secteur touristique. Elle a aussi tenu une réunion de travail avec la Banque Mondiale, qui est prête à investir 40 millions de dollars américains pour la réhabilitation de la Citadelle et la création d'une unité de gestion du Parc National Historique.
Elle revient au Québec, pour rencontrer des tours opérateurs et des agences de voyages.
Donc, l’avenir est prêt, les talents sont là, les volontés nouvelles sont activées. Par contre, il faudra que celles et ceux qui relèvent de privilèges depuis des lustres, commencent à lâcher du lest. Il faudra que la société civile se réunisse et ne se réfugie pas dans le clanisme. Il faudra que la religion parle de vaudou.
Il faudra que les Haïtiens de l’intérieur et ceux de l’extérieur croient en leurs valeurs plurielles.
Pour une histoire si singulière. Elles et ils existent déjà. Je les ai rencontrés.
Les blancs, c’était une gang de crapauds et grenouilles de bénitiers qui, l’air satisfait, m’ont dit qu’ils avaient pendant une semaine distribué vêtements, prières et paroles du poète juif assassiné à 33 ans, mais en version sous-titrée. Du genre il faut porter sa croix, mais après c’est l’Éden.
Après quoi monsieur Jésus? Une vie de merde, des insultes éternelles et…?
Le crapaud s’est rassis dans son fauteuil Club et a repris deux fois du mousseux, ce qui est un peu normal quand t’as donné tes culottes râpées et tes chemises usées.
Je commence comme cela, car les ONG aujourd’hui, à Haïti, commencent à être une plaie. Avant le tremblement, les ouragans, le choléra, les ONG étaient là et c’était plutôt bien. Aujourd’hui, j’ai rencontré un paquet de responsables ou pas d’ONG du monde entier. Ils ont inventé une nouvelle fonction, le colonialisme humanitaire.
Une femme, nommée Cindy, du Texas, me disait dans le coin de Port-Haïtien, qu’elle avait un dispensaire dans les parages, mais qu’elle voulait ouvrir une succursale là et là. Une sorte de Jean Coutu de l’humanitaire. Chacun ou chacune a ses serviles du ménage, de la bouffe…
Avec un 20 dollars venu des Yankees ou du Canada, t’as 4 bonnes à plein temps pendant une semaine.
C’est quand même étonnant d'avoir rencontré beaucoup d’ONG pendant une semaine, dans les bars et restos branchés de Pétion-Ville, ou en week-end dans tous les hôtels que j’ai visités (c’est vrai que venir en aide aux nécessiteux fatigue).
Dans mon village de Rawdon, je connais une madame qui fait dans l’humanitaire, pour surtout espérer avoir un poste à l’UNESCO. La madame aime modérément les enfants, mais à Haïti, elle est vue comme une queen de la cutie et couchotte avec un médecin local. Elle voudrait surtout acheter des terres, pour du profit… Elle aime tellement le pays!
Ou une autre, Française, qui s’est déclarée prêtresse vaudou et qui fait des conférences en Europe sur l’art de vivre en harmonie avec les plantes.
Les ONG fabriquent un assistanat pour la population et pour l’hôtellerie et la restauration chic locales. Pas tous, bien sûr, mais un paquet…
Je ne conclus rien, mais j’ai vu plusieurs pays; Port-au-Prince en est un… Plus difficile, encore abîmé, mais déjà partiellement nettoyé. Les vies ont repris, les enfants chahutent, les parents sont un peu inquiets, mais on a repris le chemin de ou des amours.
Je conseillerai aux gens de TVA de faire une semaine haïtienne sur la fameuse Bonne Nouvelle. Au lieu de présenter une ouverture de banque ou de concessionnaire automobile, on pourrait se concentrer sur le nombre de bisous donnés sur une plage de Jacmel ou sur une mamie qui caresse les bras de sa petite fille… Ce sont là des bonnes nouvelles.
Et puis le sud, le centre, le sud-ouest, le nord, le nord-ouest. Dans les régions, il y a des ananas, des tomates, du cresson, des mangues, des piments, de l’ail, des oignons, des poules, des chèvres. On s’en sort fort bien en répétant des gestes séculaires.
Du côté plage, Haïti peut faire la nique facilement aux sables de la République dominicaine qui sont, eux, contrôlés par les Espagnols ou autres puissances du tout inclus. Ici, c’est vierge et cela se voit.
Et également de cesser de penser qu'Haïti est un coupe-gorge.
Pour preuve personnelle, je me suis fait voler tout mon matériel électronique au Costa Rica, soudoyer de l’argent au Mexique au péage de l’autoroute, et réclamer 300 $ par la police de Margarita pour port de ceinture oublié. On m’a défoncé une villa en Martinique, la même chose en Jamaïque. Un policier de République dominicaine m’a intimé de le prendre en auto-stop avec une poule vivante sur le siège arrière qui s’est libéré de tout son stress sur la banquette arrière.
Et mon filleul, qui se voulait photographe en bateau-stop, s’est vu obligé de cesser son périple, après avoir été enlevé au Nicaragua, et dépouillé de toute forme de travail, la violence en sus.
Selon les chiffres de l’UNODC (Office des Nations Unies contre la drogue et la crime). Haïti est un des pays avec le moins d’insécurité dans les Caraïbes. En tête de ce palmarès du nombre d’homicides pour 100 000 habitants, la Jamaïque, les Îles Vierges américaines, Trinidad, la Barbade, Porto Rico, Sainte Lucie et la Rép dominicaine. Sur un total de 21 destinations, Haïti se trouve en 17e place, juste devancée par Anguilla, la Barbade, Cuba et la Martinique.
Un article édifiant sur le développement d’Haïti.
La formation, la jeunesse, l’intégration, la prise en main, la richesse culturelle, l’éducation, ce sont les grandes lignes que défend avec obstination Michaëlle Jean, envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti. Une entrevue complète avec cette dernière, que j’ai réalisée à mon retour d’Haïti, sera dans quelques jours en ligne.
Malgré un départ difficile, le président Martelly place le tourisme comme une valeur ajoutée, une pierre angulaire de l’édifice de reconstruction économique du pays. La France, les États-Unis, le Canada, l’Italie placent le tourisme comme une source de revenus nécessaire.
Les actions de la ministre du Tourisme haïtien en sont la preuve. Stéphanie Balmir Villedrouin, est une ardente, une négociatrice, une volontariste. Entourée d’une équipe de jeunes dîplomé(es) qui ont la rage au ventre et l’avenir en guise de passeport.
Hier, la ministre a rencontré Charles Castel, le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), pour la mise en place d’un programme de financement pour le secteur touristique. Elle a aussi tenu une réunion de travail avec la Banque Mondiale, qui est prête à investir 40 millions de dollars américains pour la réhabilitation de la Citadelle et la création d'une unité de gestion du Parc National Historique.
Elle revient au Québec, pour rencontrer des tours opérateurs et des agences de voyages.
Donc, l’avenir est prêt, les talents sont là, les volontés nouvelles sont activées. Par contre, il faudra que celles et ceux qui relèvent de privilèges depuis des lustres, commencent à lâcher du lest. Il faudra que la société civile se réunisse et ne se réfugie pas dans le clanisme. Il faudra que la religion parle de vaudou.
Il faudra que les Haïtiens de l’intérieur et ceux de l’extérieur croient en leurs valeurs plurielles.
Pour une histoire si singulière. Elles et ils existent déjà. Je les ai rencontrés.









