Cap-Haïtien: on dirait le nord
Survol de Jacmel à Cap-Haïtien en hélico. Des forêts, du café, du cacao… Le nord, c’est l’histoire, c’est Colomb, c’est la résistance.
C’est amusant et stressant de prendre l’hélico présidentiel. Journaliste invité; privilèges… Pas de routes carrossables pour passer du sud au nord. Mais je me disais aussi que si des ennemis jurés du «président chanteur» voulaient sa peau, ce n’était pas sa peau qu’ils pourraient tanner, mais la mienne. Mais on m’a dit avant le départ que personne ne savait que c’était l’hélico du président. C’est vrai qu’il y a tellement d’hélicos dans les hauteurs haïtiennes... Les Yankees surveillent.
Arrivé à Cap-Haïtien, je me suis retrouvé avec des Miss de beauté locales et internationales pour un concours que je n’ai pas vraiment compris. Comme toutes les Miss beauté du monde, elles parlent la patte gauche en avant et le sourire greffé aux lèvres de différents volumes.
Ici aussi, on va construire une piste pour l’international, pour les avions de 100 places. Pour des vols directs de Miami, New York et les Caraïbes.
On sent en visitant Cap-Haïtien que la ville a dû connaître ses heures de gloire. On peut se rapprocher visuellement du French Quarter. Que nenni!, proclame Eddy Lubin.
Eddy n’est pas d’accord. On est ici, dit-il, en présence de constructions uniques. Il fait remarquer des plaques de rues recouvertes de peintures, des balcons, des galeries, des portes, des fenêtres…
Eddy Lubin est plus qu’un guide historien. C’est une bible intarissable de la vie du nord d’Haïti, d’hier à aujourd’hui. Il défend l’africanité, explique l’esclavage et la colonisation. Vous vous promenez avec lui pendant deux heures et vous comprenez un peu plus. Car le tissu social haïtien n’est pas évident pour celles et ceux de l’extérieur. On est en territoire occupé par les inégalités. C’est criant.
Eddy est aussi une référence en ce qui concerne la Citadelle La Ferrière, un mini Saint-Malo dans les hauteurs, véritable sentinelle de la mer. Là, la comparaison pourrait se faire avec les tours génoises corses.
Sur le chemin de la Citadelle, on tombe sur les ruines du Palais sans Souci, désirs et délires en pierre du roi Christophe, premier roi d’Haïti. D’une certaine manière, malgré l’indépendance conquise par les esclaves et fils d’esclaves, le petit royaume ne faisait que reproduire le schéma des colonisateurs blancs qui venaient d’être jetés dehors. Mais Napoléon, lui, en bon «christophien», reste fidèle à son «grand homme» couronné, son «grand palais», sa «grande citadelle».
En plein cœur de Laferrière, dans la cour principale, a été enterré l’ancien esclave avec ses rêves aussi éphémères que son règne. Comme l’immense majorité des chefs d’État que devait ensuite connaître Haïti, Henri Christophe, tyranneau pour les uns, visionnaire bâtisseur pour les autres, finira mal en se tirant une balle en or en pleine tempe, en octobre 1820, plutôt que d’affronter une révolte de ses sujets. Une poignée de ses derniers fidèles l’enterra à la va-vite dans la citadelle où, affirme aujourd’hui une plaque grandiloquente, «seule la poussière impalpable de la dépouille tragique du monarque défunt frôle invisiblement les murs», toujours étranglés par les tentacules de la brume. (Source : Libération)
En écoutant Eddy, on saisit l’hier et on comprend un peu l’aujourd’hui. Ce n’est pas le seul fait d’Haïti, c’est le propre ou le sale de l’homme et de son amazone; le pouvoir rend fou, le pouvoir donne le droit de tout.
Le pouvoir se partage entre amis, entre castes, entre gangs de rues bien entretenues…
Pour arriver à la Citadelle, c’est un peu un parcours de combattant touristique. On arrive à une placette où des centaines d’enfants et de quidams de tous âges attendent le chalet, la bébelle à la main et le dollar à la bouche.
Pour monter les 2 derniers kilomètres, ce sont la marche à pied, la mule, la mobylette ou le mini 4X4. Pour ce dernier moyen, il faut les réserver, car il y en a 4 pour l’ensemble. Pour la mobylette et la mule, elles sont nombreuses sur le parcours et ont des tarifs pas vraiment établis. Pour la marche, on est accompagné jusqu’au sommet par une cohorte impressionnante d’enfants qui pénètrent avec vous dans la Citadelle, car l'entrée est libre. Avec les derniers vendeurs d’eau qui vous font comprendre que vous devez avoir soif. Une sorte de Mini Marrakech sans les tapis. Et une seule toilette bancale mixte pour des visiteurs en demande. Quand les touristes vont revenir, il faudra réagir.
Dans le village en contrebas, à Milot, on pourra prendre un repos salvateur en s’arrêtant au centre Culturel Lakou Lalay, qui va devenir petit hôtel et qui est dirigé par Maurice Étienne, qui est aussi guide des lieux.
On peut aller jusqu’à Dondon de l’autre versant de la Citadelle et d’effectuer du trekking dans les hauteurs de l’intérieur.
Pour ce qui est de la côte, on pourra se servir de bateaux taxis du côté de Cormier Plage, tout près de la rampe d’arrimage des bateaux de croisières de Carribean Cruise. Tarifs à dealer avant le départ. 40 $ pour une heure de cabotage, on vous prend pour un américain en visite privée, 30 $ pour un Canadien randonneur, 25 $ pour un ONG fatigué, 10 $ et vous êtes dans les bons prix extralocaux.
Les hôtels
CORMIER PLAGE: hébergement en grandes chambres dans bâtiments de 2 étages, avec vue sur la Grande Bleue. Bonne cuisine. Lieu le plus fréquenté: le bar… On discute entre ONG et ONG, avec notables du coin ou personnel dirigeant des activités de l’hôtel et ses dérivés.
Gros «hic» tout de même: comme le directeur du Cormier me confirmait qu’il pouvait compter sur les doigts de ses mains le nombre de touristes, il résiste… avec les séminaires, les ONG, là en goguette, et… les mariages. Comme généralement, les mariages se font en musique, on en profite pleinement, de la table à la chambre, sur la plage, etc. (les jeunes locaux viennent se baigner et se trémousser sur la plage, au son de l’hôtel.)
ROI CHRISTOPHE: on est ici en plein centre-ville. L’hôtel est très agréable dans tous ses recoins. Les chambres, à défaut d’être d’un modernisme sous tension, sont d’une belle éloquence, quelquefois rustique. Pour avoir goûté un midi à un buffet, la créolité de plats, tant au niveau salades, viandes et poisson était impeccable. Jardin intérieur pour savourer les heures.
Service très sympa, entre celle et celui qui a fait des études d’hôtellerie ou qui a fait ses armes dans une grande table. Et quand on est en vacances, on ne veut pas l’expresso dans la minute qui suit… Un bel endroit.
AVANT LE NORD, DÉPASSÉ PORT-AU-PRINCE
Ce n’est pas un oubli, c’est une parenthèse. Tout le long du séjour, on me parle du présent, mais aussi de l’avenir. Des volontés ministérielles du tourisme, mais aussi des lieux d’hébergement à venir, des aéroports qui prennent forme, des idées de partenariat, etc.
Mais à Noailles, à quelques lieues au nord de Port-au-Prince, il existe un village presque unique au monde. Un village comme des milliers à Haïti. Des routes poussiéreuses, des anciens qui racontent, des enfants qui écoutent ou qui jouent au cerceau local (une petite roue en fer avec un bateau), un commerce de rue de vêtements usagés, des maisons de différentes teneurs.
Mais ce que l’on retient le plus dans ce village, ce sont les coups de marteau. Ceux qui tapent de vieilles tôles, des barils remis à plat, qui œuvrent dans le couvercle ou dans le fond. Les Boss Metal…
Ici, le travail du métal, de la tôle, a un passé, un présent, et surtout un avenir.
Chaque rue a ses artisans. C’est un véritable creuset de talents. Chacun son style, son influence, sa technique. Je dis chacun car aujourd’hui, il n’y qu’une seule femme tapeuse de ferraille. Certains d’entre eux exposent en dehors de l’île. Il faut d’ailleurs souligner le travail énorme de l’association AfricAmerica et de l’Association des artisans de Croix de Bousquet.
Je ne vous donnerai pas un seul atelier d’artiste. Il faut les visiter, pas à pas. Et des prix ridicules pour l’instant pour tant d’heures de travail. Il faut faire tout de même faire une différence entre les prix pratiqués par les créateurs et les artisans. Les premiers font une œuvre unique. Les seconds pouvant reproduire un travail de départ, de nombreuses fois.
Enfin, une expo à Montréal ou ailleurs au Québec de ces œuvres verrait un grand succès.
Anecdote du président de l’association locale, Jean Eddy: réaliser une sculpture sur glace serait un de ses rêves.
Fondation des arts du fer découpé.
C’est amusant et stressant de prendre l’hélico présidentiel. Journaliste invité; privilèges… Pas de routes carrossables pour passer du sud au nord. Mais je me disais aussi que si des ennemis jurés du «président chanteur» voulaient sa peau, ce n’était pas sa peau qu’ils pourraient tanner, mais la mienne. Mais on m’a dit avant le départ que personne ne savait que c’était l’hélico du président. C’est vrai qu’il y a tellement d’hélicos dans les hauteurs haïtiennes... Les Yankees surveillent.
Arrivé à Cap-Haïtien, je me suis retrouvé avec des Miss de beauté locales et internationales pour un concours que je n’ai pas vraiment compris. Comme toutes les Miss beauté du monde, elles parlent la patte gauche en avant et le sourire greffé aux lèvres de différents volumes.
Ici aussi, on va construire une piste pour l’international, pour les avions de 100 places. Pour des vols directs de Miami, New York et les Caraïbes.
On sent en visitant Cap-Haïtien que la ville a dû connaître ses heures de gloire. On peut se rapprocher visuellement du French Quarter. Que nenni!, proclame Eddy Lubin.
Eddy n’est pas d’accord. On est ici, dit-il, en présence de constructions uniques. Il fait remarquer des plaques de rues recouvertes de peintures, des balcons, des galeries, des portes, des fenêtres…
Eddy Lubin est plus qu’un guide historien. C’est une bible intarissable de la vie du nord d’Haïti, d’hier à aujourd’hui. Il défend l’africanité, explique l’esclavage et la colonisation. Vous vous promenez avec lui pendant deux heures et vous comprenez un peu plus. Car le tissu social haïtien n’est pas évident pour celles et ceux de l’extérieur. On est en territoire occupé par les inégalités. C’est criant.
Eddy est aussi une référence en ce qui concerne la Citadelle La Ferrière, un mini Saint-Malo dans les hauteurs, véritable sentinelle de la mer. Là, la comparaison pourrait se faire avec les tours génoises corses.
Sur le chemin de la Citadelle, on tombe sur les ruines du Palais sans Souci, désirs et délires en pierre du roi Christophe, premier roi d’Haïti. D’une certaine manière, malgré l’indépendance conquise par les esclaves et fils d’esclaves, le petit royaume ne faisait que reproduire le schéma des colonisateurs blancs qui venaient d’être jetés dehors. Mais Napoléon, lui, en bon «christophien», reste fidèle à son «grand homme» couronné, son «grand palais», sa «grande citadelle».
En plein cœur de Laferrière, dans la cour principale, a été enterré l’ancien esclave avec ses rêves aussi éphémères que son règne. Comme l’immense majorité des chefs d’État que devait ensuite connaître Haïti, Henri Christophe, tyranneau pour les uns, visionnaire bâtisseur pour les autres, finira mal en se tirant une balle en or en pleine tempe, en octobre 1820, plutôt que d’affronter une révolte de ses sujets. Une poignée de ses derniers fidèles l’enterra à la va-vite dans la citadelle où, affirme aujourd’hui une plaque grandiloquente, «seule la poussière impalpable de la dépouille tragique du monarque défunt frôle invisiblement les murs», toujours étranglés par les tentacules de la brume. (Source : Libération)
En écoutant Eddy, on saisit l’hier et on comprend un peu l’aujourd’hui. Ce n’est pas le seul fait d’Haïti, c’est le propre ou le sale de l’homme et de son amazone; le pouvoir rend fou, le pouvoir donne le droit de tout.
Le pouvoir se partage entre amis, entre castes, entre gangs de rues bien entretenues…
Pour arriver à la Citadelle, c’est un peu un parcours de combattant touristique. On arrive à une placette où des centaines d’enfants et de quidams de tous âges attendent le chalet, la bébelle à la main et le dollar à la bouche.
Pour monter les 2 derniers kilomètres, ce sont la marche à pied, la mule, la mobylette ou le mini 4X4. Pour ce dernier moyen, il faut les réserver, car il y en a 4 pour l’ensemble. Pour la mobylette et la mule, elles sont nombreuses sur le parcours et ont des tarifs pas vraiment établis. Pour la marche, on est accompagné jusqu’au sommet par une cohorte impressionnante d’enfants qui pénètrent avec vous dans la Citadelle, car l'entrée est libre. Avec les derniers vendeurs d’eau qui vous font comprendre que vous devez avoir soif. Une sorte de Mini Marrakech sans les tapis. Et une seule toilette bancale mixte pour des visiteurs en demande. Quand les touristes vont revenir, il faudra réagir.
Dans le village en contrebas, à Milot, on pourra prendre un repos salvateur en s’arrêtant au centre Culturel Lakou Lalay, qui va devenir petit hôtel et qui est dirigé par Maurice Étienne, qui est aussi guide des lieux.
On peut aller jusqu’à Dondon de l’autre versant de la Citadelle et d’effectuer du trekking dans les hauteurs de l’intérieur.
Pour ce qui est de la côte, on pourra se servir de bateaux taxis du côté de Cormier Plage, tout près de la rampe d’arrimage des bateaux de croisières de Carribean Cruise. Tarifs à dealer avant le départ. 40 $ pour une heure de cabotage, on vous prend pour un américain en visite privée, 30 $ pour un Canadien randonneur, 25 $ pour un ONG fatigué, 10 $ et vous êtes dans les bons prix extralocaux.
Les hôtels
CORMIER PLAGE: hébergement en grandes chambres dans bâtiments de 2 étages, avec vue sur la Grande Bleue. Bonne cuisine. Lieu le plus fréquenté: le bar… On discute entre ONG et ONG, avec notables du coin ou personnel dirigeant des activités de l’hôtel et ses dérivés.
Gros «hic» tout de même: comme le directeur du Cormier me confirmait qu’il pouvait compter sur les doigts de ses mains le nombre de touristes, il résiste… avec les séminaires, les ONG, là en goguette, et… les mariages. Comme généralement, les mariages se font en musique, on en profite pleinement, de la table à la chambre, sur la plage, etc. (les jeunes locaux viennent se baigner et se trémousser sur la plage, au son de l’hôtel.)
ROI CHRISTOPHE: on est ici en plein centre-ville. L’hôtel est très agréable dans tous ses recoins. Les chambres, à défaut d’être d’un modernisme sous tension, sont d’une belle éloquence, quelquefois rustique. Pour avoir goûté un midi à un buffet, la créolité de plats, tant au niveau salades, viandes et poisson était impeccable. Jardin intérieur pour savourer les heures.
Service très sympa, entre celle et celui qui a fait des études d’hôtellerie ou qui a fait ses armes dans une grande table. Et quand on est en vacances, on ne veut pas l’expresso dans la minute qui suit… Un bel endroit.
AVANT LE NORD, DÉPASSÉ PORT-AU-PRINCE
Ce n’est pas un oubli, c’est une parenthèse. Tout le long du séjour, on me parle du présent, mais aussi de l’avenir. Des volontés ministérielles du tourisme, mais aussi des lieux d’hébergement à venir, des aéroports qui prennent forme, des idées de partenariat, etc.
Mais à Noailles, à quelques lieues au nord de Port-au-Prince, il existe un village presque unique au monde. Un village comme des milliers à Haïti. Des routes poussiéreuses, des anciens qui racontent, des enfants qui écoutent ou qui jouent au cerceau local (une petite roue en fer avec un bateau), un commerce de rue de vêtements usagés, des maisons de différentes teneurs.
Mais ce que l’on retient le plus dans ce village, ce sont les coups de marteau. Ceux qui tapent de vieilles tôles, des barils remis à plat, qui œuvrent dans le couvercle ou dans le fond. Les Boss Metal…
Ici, le travail du métal, de la tôle, a un passé, un présent, et surtout un avenir.
Chaque rue a ses artisans. C’est un véritable creuset de talents. Chacun son style, son influence, sa technique. Je dis chacun car aujourd’hui, il n’y qu’une seule femme tapeuse de ferraille. Certains d’entre eux exposent en dehors de l’île. Il faut d’ailleurs souligner le travail énorme de l’association AfricAmerica et de l’Association des artisans de Croix de Bousquet.
Je ne vous donnerai pas un seul atelier d’artiste. Il faut les visiter, pas à pas. Et des prix ridicules pour l’instant pour tant d’heures de travail. Il faut faire tout de même faire une différence entre les prix pratiqués par les créateurs et les artisans. Les premiers font une œuvre unique. Les seconds pouvant reproduire un travail de départ, de nombreuses fois.
Enfin, une expo à Montréal ou ailleurs au Québec de ces œuvres verrait un grand succès.
Anecdote du président de l’association locale, Jean Eddy: réaliser une sculpture sur glace serait un de ses rêves.
Fondation des arts du fer découpé.








