Jacmel: on dirait le sud...
Sortir de Port-au-Prince pour aller vers Jacmel n’est pas une mince affaire. C’est là qu’on s’aperçoit que les conditions de vie sont celles du quart monde. Mais après une trentaine de kilomètres, la route s’apaise et s’enfonce dans les hauteurs. Des milliers de chèvres, des marchés. On dirait le sud…
Des enfants se lavent les pieds dans de l’eau boueuse au sortir de Port-au-Prince. Les taps taps qui arborent chacun un éloge à Dieu, au Christ et à tout ce qui vient des croyances chrétiennes ont du mal à se frayer un chemin. Les commerces de rue enlèvent à coups de sceaux répétitifs les dégâts de quelques jours de pluies torrentielles. Le sceau devenu ici, objet de première nécessité.
Arrivé à Mariani, visite chez Max Beauvoir, le chef suprême du vaudou en Haïti. Une visite rapide chez cet homme d’une importance capitale pour Haïti. Une sérénité hors du commun. Sa maison n’ayant pas souffert lors du tremblement de terre, il venait pourtant de pomper toute l’eau qui avait envahi sa maison. Des milliers d’archives à sécher, des photos, des recherches… peut-être perdues. Et il souriait à la visite. Militant et docteur, biologiste, penseur, philosophe, chercheur et écrivain…
Investiture de Max Beauvoir comme Chef Supreme... par Nzwamba
N’ayant pas tout assimilé en quelques minutes, je sus tout de même que face à ma nervosité chronique, je devrais m’asseoir au pied d’un amandier. Et calmer ma pression. Depuis ce jour, je cherche les amandiers. Et à Haïti, il n’y a pas une seule sorte de vaudou, mais des vaudous. Des vaudouisants par milliers. L’église a essayé de tuer la religion profane…. Mais elle demeure… ici et à travers le pays.
Dans les mornes, les chèvres et les bovins sont actifs. Une marchande d’ananas trop petits et de mangues presque trop grosses. Là, c’est jour de marché et l’ambiance est au rire et marchandage. Des poules attendent le verdict, la crête déjà chauffée. Plus loin, un coq en liberté et en rut, règne sur son harem gallinacé.
Arrivée à Jacmel. On s’aperçoit que le bas de la ville a été durement touché. Et dans la rue principale, c’est hallucinant. Depuis qu’un quidam a eu l’idée d’importer des motos et mobylettes chinoises à bas prix, les jeunes adultes ont acheté à crédit les pétarades avec cellulaire de la même teinte. C’est plus qu’un défilé de pétrolettes, ce sont des courses folles avec klaxons à l’appui… Poussière et décibels garantis. Jacmel se réveille un peu dans le désordre. Mais il y a de la vie….
Et la ville a gardé un charme architectural. Influences coloniales françaises et espagnoles. On reconstruit, on restaure. Bientôt un aéroport international. Des bateaux de croisières de la Caraïbe…
HÔTELS
* Le Florita est un hôtel en bas de la ville qui est un peu l’Ollofson de Jacmel. Et qui est resté debout lors du tremblement de terre.
Partout, des meubles anciens et des chambres, qui à défaut d’être du dernier cri, sont du dernier siècle.
Mais c’est surtout au niveau du bar et de la salle de bar, un lieu de créativité. Concerts, expos, lectures, cela bouge. Toujours étonnant d’être sur le Wifi en plein fin XIXème et de pouvoir jouir d’une minuscule piscine qui tient plus du bain romain que de la baignoire napoléonienne.
Et le Jacmelien moyen est fier de tout… Il a le meilleur rhum au monde, le plus gros festival de papier mâché au monde, l’artisanat le plus… les filles les plus belles etc…
Représentation de cette fierté locale, Mamay. Une femme sans âge, qui pourfend les sceptiques. Une sorte de capitaine Bonhomme féminin du sud d’Haïti. On a l’impression qu’elle s’est arrêtée de vieillir dans les années 50. Une sorte d’ Evita Peron des bords de criques. Maquillage fin, grâce des mains, subjectivité outrancière, elle est l’amie des très jeunes et de celles et ceux qui l’écoutent. Pour avoir dansé avec elle quelques pas de rumba chaloupée, je peux affirmer que Mamay est une sensuelle.
* Hôtel Cap Lamandou
Perché au dessus de la mer, cet hôtel est décalé du centre-ville, donc au calme. Piscine et terrasses à plusieurs niveaux. Chambres et suites d’un élégant confort avec literie de haute tenue. Cap Lamandou dessert une petite crique avec de nombreuses marches où viennent accoster des chaloupes de pêcheurs. Une cuisine du matin jusqu’au soir qui allie cuisine locale et internationale à l’extérieur ou à l’ intérieur.
On est ici à quelques lieues du Bassin Bleu, là où pas un mais plusieurs bassins rivalisent avec les chutes d’eau.
L’hôtel organise également des soirées et des brunchs thématiques autour des racines locales.
* La Colline Enchantée.
Petite structure de quelques chambres située à Marigot. Des chambres simples mais grandes pour certaines avec deux lits doubles. Ce sont des bungalows perchés au dessus du bar restaurant qui est un véritable rendez-vous pour les habitués du coin, avec musique les fins de semaine. Une chaude ambiance et une excellente cuisine. On est étonné d’avoir ici le Wifi.
Je vous conseille de lire les lignes fort précises de ma collègue du Devoir Hélène Clément sur cette région et sur d’autres parties d’Haïti.
Les plages ici se suivent et se ressemblent à Kabic, Cyvadier et T Mouillage.
ILE AUX VACHES: TOUT SAUF DES VACHES…
Le dernier paradis insulaire des Caraïbes ! dixit le propriétaire de Port Morgan, Didier Boulard. On est un peu obligé de le croire, puisque le gaillard d’origine française a débarqué à l’île aux vaches, il y a une vingtaine d’années, par hasard, en voilier. Une sabbatique pour faire le tour du monde avec passage entre Cuba et les Antilles. Il était ingénieur en bâtiment hospitalier. Il deviendra Robinson avec 10 000 Vendredi disséminés sur cette île sans voiture. C’est le lieu idéal pour y faire mouiller son bateau et également pour tenir un séjour de repos total. Deux choix de bungalows : avec vue sur le Rocher Raquette et la Mer. Ou avec vue sur la crique. Petite plage. Piscine avec remous, Cuisine créole et française. Excursions bateau. Le tout inclus de la sérénité. Un lieu idéal pour l’écriture d’un romain, d’un essai, d’une bio, etc….
De l’autre côté de la crique, l’hôtel Abakay Bay. Seule force à signaler, sa plage de sable. Sinon, chambres un peu aseptisées, vu les circonstances balnéaires. Et un couple propriétaire, qui, comme le dit la phrase, «N’est pas du monde….»
ARTISANAT : c’est une région bercée par l’artisanat… Jacmel est la capitale par excellence de l'artisanat de la Caraïbe. Sa production artisanale comprend le papier mâché, le travail de bois, la peinture sur tissu, les bijoux et la broderie style Richelieu. À l'origine de cette ferveur artistique se trouve la créativité de l'artiste Moro Baruk qui a inspiré et formé des centaines d'artisans. Avec comme point de mire, le Carnaval.
À lire: le roman de René Depestre, Hadriana dans tous mes rêves (1988), Prix Renaudot.
Et les écrits de Jean Métellus, l'auteur du roman Jacmel au crépuscule (Gallimard, 1981) et du recueil de poèmes Jacmel : Jacmel, ma cité musicale aux lèvres tropicales.
L’ANNIVERSAIRE DE MA FILLE
Aujourd’hui, Taïna a 12 ans. Au téléphone, les questions se multiplient…
Qu’est ce que tu vois, y a-t-il beaucoup d’enfants, as-tu pêché quelque chose ?
Joyeux anniversaire petit mouflon!
Papa, la prochaine fois que tu vas à Haïti… J’irai avec toi et je vais apporter des beaux bracelets pour les amies rencontrées et je ferais des stands avec plein d’eau de la source de chez nous!
En m’endormant, j’ai aperçu un lézard avec une pancarte en haut du lit. Sur la pancarte était écrit: On dirait le sud !
Des enfants se lavent les pieds dans de l’eau boueuse au sortir de Port-au-Prince. Les taps taps qui arborent chacun un éloge à Dieu, au Christ et à tout ce qui vient des croyances chrétiennes ont du mal à se frayer un chemin. Les commerces de rue enlèvent à coups de sceaux répétitifs les dégâts de quelques jours de pluies torrentielles. Le sceau devenu ici, objet de première nécessité.
Arrivé à Mariani, visite chez Max Beauvoir, le chef suprême du vaudou en Haïti. Une visite rapide chez cet homme d’une importance capitale pour Haïti. Une sérénité hors du commun. Sa maison n’ayant pas souffert lors du tremblement de terre, il venait pourtant de pomper toute l’eau qui avait envahi sa maison. Des milliers d’archives à sécher, des photos, des recherches… peut-être perdues. Et il souriait à la visite. Militant et docteur, biologiste, penseur, philosophe, chercheur et écrivain…
Investiture de Max Beauvoir comme Chef Supreme... par Nzwamba
N’ayant pas tout assimilé en quelques minutes, je sus tout de même que face à ma nervosité chronique, je devrais m’asseoir au pied d’un amandier. Et calmer ma pression. Depuis ce jour, je cherche les amandiers. Et à Haïti, il n’y a pas une seule sorte de vaudou, mais des vaudous. Des vaudouisants par milliers. L’église a essayé de tuer la religion profane…. Mais elle demeure… ici et à travers le pays.
Dans les mornes, les chèvres et les bovins sont actifs. Une marchande d’ananas trop petits et de mangues presque trop grosses. Là, c’est jour de marché et l’ambiance est au rire et marchandage. Des poules attendent le verdict, la crête déjà chauffée. Plus loin, un coq en liberté et en rut, règne sur son harem gallinacé.
Arrivée à Jacmel. On s’aperçoit que le bas de la ville a été durement touché. Et dans la rue principale, c’est hallucinant. Depuis qu’un quidam a eu l’idée d’importer des motos et mobylettes chinoises à bas prix, les jeunes adultes ont acheté à crédit les pétarades avec cellulaire de la même teinte. C’est plus qu’un défilé de pétrolettes, ce sont des courses folles avec klaxons à l’appui… Poussière et décibels garantis. Jacmel se réveille un peu dans le désordre. Mais il y a de la vie….
Et la ville a gardé un charme architectural. Influences coloniales françaises et espagnoles. On reconstruit, on restaure. Bientôt un aéroport international. Des bateaux de croisières de la Caraïbe…
HÔTELS
* Le Florita est un hôtel en bas de la ville qui est un peu l’Ollofson de Jacmel. Et qui est resté debout lors du tremblement de terre.
Partout, des meubles anciens et des chambres, qui à défaut d’être du dernier cri, sont du dernier siècle.
Mais c’est surtout au niveau du bar et de la salle de bar, un lieu de créativité. Concerts, expos, lectures, cela bouge. Toujours étonnant d’être sur le Wifi en plein fin XIXème et de pouvoir jouir d’une minuscule piscine qui tient plus du bain romain que de la baignoire napoléonienne.
Et le Jacmelien moyen est fier de tout… Il a le meilleur rhum au monde, le plus gros festival de papier mâché au monde, l’artisanat le plus… les filles les plus belles etc…
Représentation de cette fierté locale, Mamay. Une femme sans âge, qui pourfend les sceptiques. Une sorte de capitaine Bonhomme féminin du sud d’Haïti. On a l’impression qu’elle s’est arrêtée de vieillir dans les années 50. Une sorte d’ Evita Peron des bords de criques. Maquillage fin, grâce des mains, subjectivité outrancière, elle est l’amie des très jeunes et de celles et ceux qui l’écoutent. Pour avoir dansé avec elle quelques pas de rumba chaloupée, je peux affirmer que Mamay est une sensuelle.
* Hôtel Cap Lamandou
Perché au dessus de la mer, cet hôtel est décalé du centre-ville, donc au calme. Piscine et terrasses à plusieurs niveaux. Chambres et suites d’un élégant confort avec literie de haute tenue. Cap Lamandou dessert une petite crique avec de nombreuses marches où viennent accoster des chaloupes de pêcheurs. Une cuisine du matin jusqu’au soir qui allie cuisine locale et internationale à l’extérieur ou à l’ intérieur.
On est ici à quelques lieues du Bassin Bleu, là où pas un mais plusieurs bassins rivalisent avec les chutes d’eau.
L’hôtel organise également des soirées et des brunchs thématiques autour des racines locales.
* La Colline Enchantée.
Petite structure de quelques chambres située à Marigot. Des chambres simples mais grandes pour certaines avec deux lits doubles. Ce sont des bungalows perchés au dessus du bar restaurant qui est un véritable rendez-vous pour les habitués du coin, avec musique les fins de semaine. Une chaude ambiance et une excellente cuisine. On est étonné d’avoir ici le Wifi.
Je vous conseille de lire les lignes fort précises de ma collègue du Devoir Hélène Clément sur cette région et sur d’autres parties d’Haïti.
Les plages ici se suivent et se ressemblent à Kabic, Cyvadier et T Mouillage.
ILE AUX VACHES: TOUT SAUF DES VACHES…
Le dernier paradis insulaire des Caraïbes ! dixit le propriétaire de Port Morgan, Didier Boulard. On est un peu obligé de le croire, puisque le gaillard d’origine française a débarqué à l’île aux vaches, il y a une vingtaine d’années, par hasard, en voilier. Une sabbatique pour faire le tour du monde avec passage entre Cuba et les Antilles. Il était ingénieur en bâtiment hospitalier. Il deviendra Robinson avec 10 000 Vendredi disséminés sur cette île sans voiture. C’est le lieu idéal pour y faire mouiller son bateau et également pour tenir un séjour de repos total. Deux choix de bungalows : avec vue sur le Rocher Raquette et la Mer. Ou avec vue sur la crique. Petite plage. Piscine avec remous, Cuisine créole et française. Excursions bateau. Le tout inclus de la sérénité. Un lieu idéal pour l’écriture d’un romain, d’un essai, d’une bio, etc….
De l’autre côté de la crique, l’hôtel Abakay Bay. Seule force à signaler, sa plage de sable. Sinon, chambres un peu aseptisées, vu les circonstances balnéaires. Et un couple propriétaire, qui, comme le dit la phrase, «N’est pas du monde….»
ARTISANAT : c’est une région bercée par l’artisanat… Jacmel est la capitale par excellence de l'artisanat de la Caraïbe. Sa production artisanale comprend le papier mâché, le travail de bois, la peinture sur tissu, les bijoux et la broderie style Richelieu. À l'origine de cette ferveur artistique se trouve la créativité de l'artiste Moro Baruk qui a inspiré et formé des centaines d'artisans. Avec comme point de mire, le Carnaval.
À lire: le roman de René Depestre, Hadriana dans tous mes rêves (1988), Prix Renaudot.
Et les écrits de Jean Métellus, l'auteur du roman Jacmel au crépuscule (Gallimard, 1981) et du recueil de poèmes Jacmel : Jacmel, ma cité musicale aux lèvres tropicales.
L’ANNIVERSAIRE DE MA FILLE
Aujourd’hui, Taïna a 12 ans. Au téléphone, les questions se multiplient…
Qu’est ce que tu vois, y a-t-il beaucoup d’enfants, as-tu pêché quelque chose ?
Joyeux anniversaire petit mouflon!
Papa, la prochaine fois que tu vas à Haïti… J’irai avec toi et je vais apporter des beaux bracelets pour les amies rencontrées et je ferais des stands avec plein d’eau de la source de chez nous!
En m’endormant, j’ai aperçu un lézard avec une pancarte en haut du lit. Sur la pancarte était écrit: On dirait le sud !











