Il y a 600 ans, Jeanne d'Arc

La ville de Rouen, où Jeanne d'Arc a été brûlée.<br />
Photo: SOURCE FREDERIC EBERHARDT / M.A.E La ville de Rouen, où Jeanne d'Arc a été brûlée.

Depuis le début de l’année, en France, on fête la naissance de la Pucelle d’Orléans. Pas toute la France, mais celle où elle est née. Ensuite, les villes qui l’ont vue être guerrière à plein temps. C’est au-dessus de la Loire. À Rouen, où elle a été brûlée vive, on restera silencieux.

Les anniversaire de stars de tous genres en terres occidentales m’ont toujours faire rire. L’espace d’une année, on fête un anniversaire, un décès, une bataille, un génocide, une rencontre, un traité. Cela a le mérite de sortir des boules à mites des orchestres, des majorettes, des historiens, des spécialistes de la star en question.

Avec Jeanne d’Arc, on est en plein spleen franco-français. Était-elle vraiment une fille, vraiment pucelle? A-t-elle entendu des voix pour sauver la France ou était-elle simplement illuminée?

Voyez, je dis ELLE… Certainement, en ligne pour mes années d’histoire au primaire, là où Mme Pocard-Chapuy, maîtresse de CE2 (3e année) nous racontait l’histoire de Jeanne, les larmes aux yeux.

Elle commença à délirer dans son village de Domrémy vers l’âge de 13 ans, pour prendre à 17 ans, le chemin de la Loire. Elle se fit passer pour un gars, obtint une armée, alla délivrer Orléans des Anglais et fit sacrer roi à Reims un certain Charles qui devint numéro 7. Elle était enfant-soldat, mais chef.

Ensuite, elle se dit que continuer était dans ses gènes. Ah! la Jeunesse! Mais malheureusement elle se fit arrêter à Compiègne, pour être jugée plus tard, à Rouen, et brûlée vive sur un bûcher où des Français du coin applaudissaient à tout rompre. Les infos de l’époque disent que si le peuple normand ne l’aimait pas, c’est que les anglais et les bourguignons avaient fait de l’intox en matière de propagande anti-jeannette. Pour être graciée, elle aurait dû porter des habits de femme. Mais elle se résigna à la toute fin à porter des habits d’homme.

Ce que j'ai lu ensuite, c’est que si Jeanne était pucelle à Orléans, elle ne l’était plus à Rouen. Ses compagnons d’armes et de geôle, s’apercevant que le gars était une fille, lui firent grâce de leurs mâles atouts.

Ce que j’appris également, c’est que durant son parcours, elle a du subir des dizaines de tests de virginité et de nombreux tests de santé mentale vérifiés par des théologiens et autres grenouilles de bénitier de l’époque. Héroïne ou cinglée, l’histoire n’est pas prête de l’avouer.

Ce qui est très triste, c’est que le damoiseau-moiselle est devenue la mascotte du Front national. Là où Jean-Marie Le Pen d’abord, puis Marine, sa fille, en lice pour les présidentielles 2012, se font des gorges chaudes de p'tite fille de Domrémy.
On a les héros qu’on mérite!

Tout cela pour dire que le parcours touristique de Jeanne en France n’est pas ce qu’il y a de plus excitant.

• Domrémy en Lorraine est un village comme des milliers de villages, sans grand intérêt. Sauf qu’on peut comprendre que lorsqu’on est une fille de rural un peu aisé, à 13 ans, on a des hallucinations, des voix, etc.

• Vaucouleurs. C’est là qu’elle rencontra un certain Robert de Beaudricourt, capitaine de la forteresse, qui dit à l’oncle de Jeanne de ramener cette illuminée chez elle avec un gifle à la clé. Ce qui fut fait. À Vaucouleurs, restes du remparts et reste du Château.

• Chinon. Là au moins on du château. C’est là qu'elle rencontra pour la première fois le dauphin Charles et que ce dernier, pris d’un burn out princier,  reprit espoir.

• Orléans. La ville qu’elle délivra. Les banlieues sont horribles et la ville a juste la Loire pour elle.

• Reims… Heureusement il y a la cathédrale. Et la ville est belle.

• Compiègne. Le Château, la forêt, le pont Jeanne-d’Arc, La Tour Jeanne-d’Arc… et la forêt environnante.

• Rouen. Une belle vielle ville, mais aux extérieurs plutôt tristes. Jeanne fut brûlée sur une place qui était à l’extérieur de la ville, et qui, près d’une église voit fleurir un joli marché

On vivait déjà une époque formidable!

Il est alors préférable de jeter un coup d’œil sur le documentaire My Joan of Arc de Denis Chiasson.
15 commentaires
  • jean poirier - Abonné 15 février 2012 13 h 33

    Une correction nécessaire

    Je n’ai pas d’affection particulière pour Jeanne d’Arc et encore moins pour le Front national qui en fait sa mascotte. Je ne crois pas non plus à l’idée qu’elle est une pucelle envoyée par Dieu pour libérer la France. Je crois plutôt que le dauphin a utilisé une jeune fille illuminée et exaltée pour assoir son autorité sur la France.
    J'ai lu toutefois avec surprise que vous affirmez que Jeanne d'Arc "se fit passer pour un gars" et que "ses compagnons d’armes et de geôle, s’apercevant que le gars était une fille, lui firent grâce de leurs mâles atouts." Je crois qu'il faut revoir vos souvenirs de votre cours d'histoire. Si Jeanne d'Arc s'habille en homme, elle n'affirme pas pour autant qu'elle est un homme. Son rôle dans la reconquête d'Orléans repose d'ailleurs sur le fait qu'elle est une jeune pucelle envoyée par Dieu et non un jeune puceau. Certains de ses compagnons d'armes signalent d'ailleurs qu'elle a de beaux seins. Personne à l’époque, à ce que je sache, ne doute du sexe de la jeune fille.
    Il est vrai qu'elle s’habille comme un homme. Selon certains spécialistes, ce geste vise à se faire respecter par ses compagnons d’armes. Il est vrai aussi qu’elle a été violée en prison par ses geôliers après avoir accepté de revêtir des vêtements de femmes. Mais elle n'a jamais personnellement renié son sexe, même si le tribunal de l'époque considère que son entêtement à s'habiller comme ses compagnons d’armes est une preuve de son hérésie.
    Ce n’est parce qu’un parti politique fait d’un personnage historique sa mascotte, qu’une Église en fait une sainte guidée par Dieu, qu’il faut dénigrer le rôle qu’elle a joué dans la conclusion de la Guerre de Cent Ans.

    Jean Poirier
    Enseignant en histoire
    Collège Shawinigan

  • yom - Inscrit 15 février 2012 14 h 12

    Je ne résiste pas à vous conter une blague ...

    Le dernier échange entre Jeanne et l'emmitré qui commandait au spectacle :
    « Je veux descendre !
    - Rassure-toi, Jeanne, il y en aura. »

  • Christian PHILIPPE - Inscrit 15 février 2012 17 h 25

    L HISTOIRE DE FRANCE VAUT MIEUX QUE CA!

    Dommage Lio! Par votre article vous ne favorisez aucunement le tourisme "historique" et c'est une erreur, pour nos enfants nord américains.
    En vacances familiales en France en particulier, à très bon marché et possible aujourd'hui, à pieds, vélos ou pénichettes, c'est pourtant fortement à conseiller. Des recherches web, trouver les bons bouquins, les cartes anciennes, les lires ensemble, les musées sur place, tout reconnaître sur sites mêmes et ... "imaginer" et ces vieilles auberges des coins de campagne...le soir d'un bon repas s'endormir!
    Si vous vous y prenez bien, vous emporterez les enfants dans des épopées fantastiques de vérité.
    Mais ressentir les vieilles pierres est une forme de poésie, elle a peu à voir avec les futilités tant du FRONT NATIONAL , dont vous n'êtes pas membre je présume, ni du viol d'une pucelle dont les historiens ne sont pas certains d'un tel membre non plus.
    Alors de votre article aujourd'hui on reste sur sa faim!
    Amicalement bien sur!

  • Lio Kiefer - Inscrit 15 février 2012 19 h 18

    Je ne suis pas contre Jeanne d'Arc et l'histoire

    Je sais par expérience que parler à son sens d'une icône ou d'une religion déclenche toujours une certaine animation des lecteurs et c'est tant mieux.
    Pour Jeannne d'Arc, je suis toujours étonné de l'ampleur du phénomène.
    Pour voir été pensionnaire à temps plein de l'héxagone jusqu'à l'âge de 18 ans, je me rappelle que les villes d'Orléans et de Tours étaient le chef lieu de réactionnaires qui ont pris la dame en côte de maille comme mascotte électoraliste.

    Pour Mr Jean Poirier, le début, le parcours et la fin de Jeanne d'Arc sont soumis chaque année à des versions diverses d'illustres ou moins illustres historiens. Pucelle ou pas? Je m'en tape. Changement de vêtements jusqu'au bûcher. Oui, ses copains de cellule et ses bourreaux auraient dit que la dame avait des poumons d'une grande rondeurs... Et alors??

    Pour Christian Philippe, j'ai une vraie passion de l'histoire.... J'en mange. Dans mon travail, je touche une pierre et c'est bon. Mayas égyptiens, asiats, écossais, africain... Mais Jeanne d'Arc, excusez c'est trop peu....
    Je me rappelle avoir une conversation avec Gilles Proulx... sur Napoléon... Pour lui, c'était un symbole extraordinaire.... Pour moi, un tyran de plus....
    Mes racines sont allemandes et je connais nombre d'autochtones qui disent tout de même que c'est grâce à Adolph qu'ils ont les autoroutes et la Coccinelle.

    Loin de là à dire que Jeanne était une jeune facsisre en voie de développement... Sauf qu'elle n'est récupérée que par cette frange. Et que le parcours est un peu platte....
    Pour de l'histoire à toucher... Cyrano de Bergerac, D'Artagnan, Georges Sand, Marquis de Sade, Pinocchio, Casanova, Michel Strogoff, Marco Polo, Bach, Wagner, les chevaliers de la Table Ronde, Lucky Luke, Che Guevarra, Frida Khalo, Nieztsche, Nelligan, Leclerc, Vigneault....
    Beaucoup de personnages de légende... Parce que l'histoire est souvent fausse. Avec la légende, je le sais d'avance....
    Merci de vos courriels

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 17 février 2012 16 h 02

    Et Dollard?

    Les plus vieux se souviennent de notre héros Dollard des Ormeaux. Inventé par Lionel Groulx dans les années 1920, le jeune homme était supposé avoir péri au Long Sault en sauvant la colonie d'une invasion iroquoise. En fait, l'histoire a montré qu'il faisait partie d'un groupe qui pratiquait la traite des fourrures et que, probablement complètement saoûl, il a balancé sur les Indiens un baril de poudre qui, plutôt que de franchir la palissade, lui est retombée sur la gueule.

    Un condensé, en somme, de l'histoire du Québec.

    Desrosiers
    Val David