D’Oujda à Cavalia
On pense à l’Irlande avec ses partances en roulotte, à la manière des anciens routards. Et on songe également à la Camargue, où le cheval sauvage est devenu un peu trop domestiqué, mais où il continue à connaître rizières, taureaux et flamants roses.
En Toscanes, le cheval en balade nous ramène au temps des ménestrels et des marchands ambulants. En Espagne, c’est Don Quichotte qui est le guide, avec ou sans moulins. Plus près de nous, au Montana, on nous fait croire que n’importe qui est capable de murmurer à l’oreille des picouilles énervées.
Je reviens du Maroc, et j'ai vu bien des fantasias, de Marrakech à Agadir, en passant par Ouarzazate. Des courses folles et des coups de fusil.
Mais à Oujda, à quelques lieux de l’Algérie, le cheval est une façon de vivre depuis des siècles. Chaque année a lieu là une rencontre entre ces animaux et les locaux.
Quelques fois on entend des coups de fusil — une manière de faire la fête —, mais on voit surtout des exercices ensablés, où l’animal se fait un devoir de se passer les pattes à l’envers ou de jouer de la crinière au vent, même s’il n’y a pas de vent…
L’homme et l’animal, l’animal et le public. Des galops d’équidés dans le désert environnant… On a l’impression que tout le monde est heureux. On appelle aussi ce spectacle, la Tbourida.
Il existe d’ailleurs en Europe une agence de voyages qui ne fait non pas dans le Club Med, le tout inclus de «Rep Dom» ou dans la croisière qui s’amuse toujours, mais plutôt dans le cheval. Ici, c’est le cheval dans tous ses états de partances: Mongolie, Afrique du Nord et du Sud, Europe, terres australes ou étasuniennes.
Et dans la famille, avant de partir quelque part à cheval avec notre fille, nous avons utilisé des moteurs de recherche. Des moteurs oui… et beaucoup de recherches.
Et puis, nous sommes allés à Cavalia, voir Odysséo. Brossés, peignés, nattés, les sabots impecs, le naseau alerte. C’est un peu comme si les canassons étaient passés avant le spectacle, sous les auspices de Lise Watier.
Je n’ai pas vu le show: j’ai surtout regardé la prunelle de mes yeux et la maman des prunelles.
Les yeux au galop, les lèvres en délire ou plus discrètes, fermées ou en silence, au pas.
C’est un spectacle où les visiteurs sont souvent beaucoup plus discrets que les acteurs. Le cheval et ses écuyers anticipent leur facteur de risque. Le spectateur le saura juste après, et explose. S’il savait, il pourrait exploser avant.
On sait que les 70 acteurs sont des mâles. Ils se tutoient du sabot et font aller leur crinière grise. Un carrousel, des acrobates, des chevaux immobiles: les filles retiennent leur souffle. Des grands tissus, peut-être des voiles de l’Odysée. Taïna s’est écrié: «c’est comme des cathédrales!»
Des cathédrales de quoi? Mais des cathédrales de voltige papa! Je ne peux pas raconter la fin, mais il y a de l’eau, c’est tout.
On avait invité un petit ami de cheval et de cœur à Taïna, Maxime. Je crois bien qu’ils se sont tenus la main. De Oujda à Cavalia, le cheval et sa copine sont rois.


