Festival western de St-Tite – Henni soit qui mal y pense
Photo : Lio Kiefer
Jeune cow-boy
Quand on arrive à Saint-Tite en plein festival western, le constat visuel est facile: c’est probablement le plus grand nombre de chapeaux de cow-boy portés par tous les sexes au pied carré, au Québec, pendant 10 jours. Sans oublier les nombreux sets carrés de VR, comme des expositions.
On était vendredi et c’était la première vraie journée du cow-boy. Pour entrer dans la ville, oublions la voiture. Le mieux est de prendre un bon bout de la route 159, de s’arrêter à côté du magasin de meubles Jacob et de suivre les gestes des filles. Elles indiquent avec émotion le stationnement du véhicule pour la journée, à 10 $, mais avec navette à la clé, que vous soyez deux, quatre ou sept dans la voiture. La navette prend un chemin dit secret à travers les bois et rejoint une route qui aboutit au pied de Saint-Tite.
Autre moyen pour ne pas être dans le bouchon de la rue Principale. Prendre la première à gauche après le stationnement et rejoindre le chemin des Grands Marais et celui du Lac-Nord pour tomber sur la rue Sainte-Anne, celle qui monte vers le centre névralgique de Saint-Tite.
Là, il y a quelques stationnements qui sont des champs et, pour 14,50 $, vous pouvez trouver une place. Le premier jour, on a fait quelques kilomètres à pied dans les champs (avec des bottes Boulet, c’est comme John Wayne, dans Fort Appache, mais sans les Appaches).
À 5 km de Saint-Tite, c’est 5 $, à 2km, c’est 10 $, et au village, c’est 14 $ et plus. Chaque bout de cour et de jardin est l’occasion pour les Saint-Titiennes et leurs chums de faire la cenne. Tentes, VR, caravanes par milliers. Comme un grand camp de réfugiés, mais argentés. Certains réservent un an à l’avance et d’autres reviennent au même jardin depuis 20 ans...
Les irritants
Dès la route 359, cela donne le ton. On vend des sulkies et des selles. Par contre, j’ai cherché de la moulée pour la jument de ma fille... Rien. Et quand on arrive dans le village, c’est une avalanche de stands. Des centaines de stands de chapeaux de cow-boys, de ceintures et de lunettes made in China. Le commerce asiatique est d’ailleurs très présent, avec des montres, des bijoux du plus beau clinquant, des gadgets laser, des t-shirts animaliers, des posters et des porte-clés, etc. Comme un immense marché aux puces. Beaucoup de chiens non errants ont leur code d’éthique western. Et un incontournable: le fameux cache-poussière d’Il était une fois dans l’Ouest.
Au village des artisans, j’ai trouvé des casseroles et des poêles ainsi que des couvertures pour VR (similaires aux couvertures de ma grand-mère). Ainsi que des marchands de VR et des tirages en tous genres: dont le tirage d’une voiture rouge pour aider les Forces canadiennes.
Deux découvertes pourtant: une casquette avec des faux cheveux ou poils (made in Korea) et une tente à poser derrière n’importe quel véhicule (made in China). Cette dernière est vendue par RV Westfalia (514 993-5757), qui affiche aussi ses véhicules importés.
Deux moments drôles: une mamie sénégalaise qui tient un stand de masques et boubous africains. Elle s’ennuyait dans sa barbe. Et les inévitables Péruviens qui font dans la flûte de Pan, avec accompagnement musak et boîte de rythme. Lima et Sénégal au Festival western, c’est de la vente sous pression pour le... vendeur.
Sans oublier le nombre de personnes de tous sexes, la bouteille ou la canette de bière à la main. Quand ce n’est pas la bouteille de gin ou de brandy. Vers 22h, on devrait faire des immersions pour les francophones en mal de sacres tonnants et odorants.
Points forts
En dehors du Village des Familles, des cours de danses western ou country et quelques terrasses avec certains artistes maniant la guitare, l’harmonica et le folk de bonne manière, il y a la parade. Une centaine de chars allégoriques, de calèches, tous tirés par de somptueux chevaux brossés, nattés pour l’occasion. Les harnais sont grandioses, les mords lustrés, les selles astiquées. On pourrait par contre s’abstenir de voir défiler la ministre de l’Emploi, Julie Boulet, ainsi que les commanditaires principaux, inscrits sur des étendards que des cavalières revendiquent à dos de canasson. Cela m’a fait penser à Jeanne d’Arc assise en Amazone, avec une pub de Foyer Décor, devant un château quelconque.
Ensuite, la scène musicale où, le samedi soir, Roch Voisine taponnait du folk. J’ai eu l’impression quelquefois qu’il sortait du film Brokeback Mountain. C’était très beau et les plus durs des spectateurs cow-boys applaudissaient à tout rompre. Suivront, dans la semaine, des artistes de la scène québécoise western.
Mais le plus fort reste les spectacles de rodéos présentés dans les grandes estrades. D'une capacité de 7000 personnes, l'espace était rempli les quatre fois où j’ai assisté aux shows, d'un très bon niveau d'ailleurs, issus de Coupe Canada. Des chevaux sauvages, des cavaliers avec ou sans selle, des jeunes filles (de 8 à 16 ans) rompues à la course de barils.
Et des épreuves spectaculaires comme le sauvetage: un homme, par terre, essaie de prendre un cheval et son cavalier lancés à toute vitesse. Et surtout, l’échange de cavaliers, sautant d’une monture à l’autre. Du Cavalia en arène, avec des spectateurs vociférant leurs encouragements.
Et tous les rodéos se terminaient par les bœufs. Énormes, cornés avantageusement, la testicule au garde à vous, la bave meurtrière, ils se plaisent à éliminer tout ce qui gravite. J’ai eu la même sensation que lors des quelques corridas ibériques que j’ai vues. Même s’il n’y a pas ici de mise à mort, je prenais pour le bovidé caractériel. Sans oublier les entractes (lasso, feux d’artifice, etc.) Pour les résultats.
Tout cela sur une musique qui n’a rien de western, et qui emprunte plus au techno et au hard rock. Cela m’a fait songer aux musiques que faisaient jouer les avions américains pour faire peur aux populations irakiennes ou afghanes.
Mais ici, on sert à boire dans les estrades, on fait tirer des billets pour gagner sur le champ, 2000 $ et 500 $. Personne n'a peur.
Le tout animé par Michel, animateur de foule et grand connaisseur du milieu. Entre le prénom et le CV d’un cavalier ou celui de sa monture, c’est aussi un jovialiste du gymkhana. Il hurle à tue-tête à la foule pendant quatre heures. Depuis 17 ans, chaque année. Un rock stand-up. À côté de lui, Jean-Marc Parent est un orchestre de chambre.
Seul moment de tristesse: l’euthanasie d’un cheval qui s’est cassé une patte. Et la présentation en mémoire du 11-Septembre de quelques soldats en goguette ou en permission sortant tout droit des plaines afghanes et élevés au titre de héros. Le public s’est alors levé en chantant «O Canada», la main sur le cœur. Je croyais faire un mauvais rêve.
En ce qui concerne le public, en dehors de celles et ceux qui se déguisent pour l’occasion (sorte d’Halloween chevalin), il y a un ensemble de quidams qu’on ne voit pratiquement jamais: les mordus des franges, les solidaires de la botte pointue, les stakhanovistes du cuir dans tous ses états.
On note aussi peu de forces policières puisque, paraît-il, les festivals westerns sont des évènements rassembleurs, avec le rire comme dénominateur commun.
On croise souvent des mâles qui auraient pu être figurants dans un film de John Ford.
Quant à certaines féminités, les exagérations sont plus remarquées et indescriptibles, la moralité m’interdisant dans ce blogue de situer ce qui est caché ou le contraire.
Et des chevaux se frayent un chemin entre des centaines de sacres inoffensifs pour rentrer au camping.
Pour la fin de semaine qui s’annonce, tous les billets pour les rodéos sont vendus. Festival de St-Tite
Loin de la foule: le Domaine Sainte-Flore
Pour me sentir un peu en recul des allégresses chevalines, j’ai choisi un lieu serein à quelques 20 minutes de Saint-Tite: le Domaine Sainte-Flore. Une dizaines de chalets à louer autour d’un petit lac, le lac Chrétien. Quand on dit chalet, ce sont des maisons de constructions récentes à plusieurs niveaux (de 4 à 12 personnes). Confort ménager, literie moyenne, chauffage électrique et poêle à bois, terrasse, et ouvertures de fenêtres un peu partout. Une salle de bains, deux toilettes et une baignoire sabot. Il n’y a qu’à apporter sa pitance. TV, lecteur de CD et VCR (lors de mon passage, cela ne fonctionnait pas) accès WiFi gratuit qui fonctionnait sur la terrasse face au lac.
Pour les activités: canot, baignade et pêche (en 1h12, j’ai pêché huit perchaudes et quatre truites!). En hiver: raquette, ski de fond, patinoire sur le lac et glissade.
On était vendredi et c’était la première vraie journée du cow-boy. Pour entrer dans la ville, oublions la voiture. Le mieux est de prendre un bon bout de la route 159, de s’arrêter à côté du magasin de meubles Jacob et de suivre les gestes des filles. Elles indiquent avec émotion le stationnement du véhicule pour la journée, à 10 $, mais avec navette à la clé, que vous soyez deux, quatre ou sept dans la voiture. La navette prend un chemin dit secret à travers les bois et rejoint une route qui aboutit au pied de Saint-Tite.
Autre moyen pour ne pas être dans le bouchon de la rue Principale. Prendre la première à gauche après le stationnement et rejoindre le chemin des Grands Marais et celui du Lac-Nord pour tomber sur la rue Sainte-Anne, celle qui monte vers le centre névralgique de Saint-Tite.
Là, il y a quelques stationnements qui sont des champs et, pour 14,50 $, vous pouvez trouver une place. Le premier jour, on a fait quelques kilomètres à pied dans les champs (avec des bottes Boulet, c’est comme John Wayne, dans Fort Appache, mais sans les Appaches).
À 5 km de Saint-Tite, c’est 5 $, à 2km, c’est 10 $, et au village, c’est 14 $ et plus. Chaque bout de cour et de jardin est l’occasion pour les Saint-Titiennes et leurs chums de faire la cenne. Tentes, VR, caravanes par milliers. Comme un grand camp de réfugiés, mais argentés. Certains réservent un an à l’avance et d’autres reviennent au même jardin depuis 20 ans...
Les irritants
Dès la route 359, cela donne le ton. On vend des sulkies et des selles. Par contre, j’ai cherché de la moulée pour la jument de ma fille... Rien. Et quand on arrive dans le village, c’est une avalanche de stands. Des centaines de stands de chapeaux de cow-boys, de ceintures et de lunettes made in China. Le commerce asiatique est d’ailleurs très présent, avec des montres, des bijoux du plus beau clinquant, des gadgets laser, des t-shirts animaliers, des posters et des porte-clés, etc. Comme un immense marché aux puces. Beaucoup de chiens non errants ont leur code d’éthique western. Et un incontournable: le fameux cache-poussière d’Il était une fois dans l’Ouest.
Au village des artisans, j’ai trouvé des casseroles et des poêles ainsi que des couvertures pour VR (similaires aux couvertures de ma grand-mère). Ainsi que des marchands de VR et des tirages en tous genres: dont le tirage d’une voiture rouge pour aider les Forces canadiennes.
Deux découvertes pourtant: une casquette avec des faux cheveux ou poils (made in Korea) et une tente à poser derrière n’importe quel véhicule (made in China). Cette dernière est vendue par RV Westfalia (514 993-5757), qui affiche aussi ses véhicules importés.
Deux moments drôles: une mamie sénégalaise qui tient un stand de masques et boubous africains. Elle s’ennuyait dans sa barbe. Et les inévitables Péruviens qui font dans la flûte de Pan, avec accompagnement musak et boîte de rythme. Lima et Sénégal au Festival western, c’est de la vente sous pression pour le... vendeur.
Sans oublier le nombre de personnes de tous sexes, la bouteille ou la canette de bière à la main. Quand ce n’est pas la bouteille de gin ou de brandy. Vers 22h, on devrait faire des immersions pour les francophones en mal de sacres tonnants et odorants.
Points forts
En dehors du Village des Familles, des cours de danses western ou country et quelques terrasses avec certains artistes maniant la guitare, l’harmonica et le folk de bonne manière, il y a la parade. Une centaine de chars allégoriques, de calèches, tous tirés par de somptueux chevaux brossés, nattés pour l’occasion. Les harnais sont grandioses, les mords lustrés, les selles astiquées. On pourrait par contre s’abstenir de voir défiler la ministre de l’Emploi, Julie Boulet, ainsi que les commanditaires principaux, inscrits sur des étendards que des cavalières revendiquent à dos de canasson. Cela m’a fait penser à Jeanne d’Arc assise en Amazone, avec une pub de Foyer Décor, devant un château quelconque.
Ensuite, la scène musicale où, le samedi soir, Roch Voisine taponnait du folk. J’ai eu l’impression quelquefois qu’il sortait du film Brokeback Mountain. C’était très beau et les plus durs des spectateurs cow-boys applaudissaient à tout rompre. Suivront, dans la semaine, des artistes de la scène québécoise western.
Mais le plus fort reste les spectacles de rodéos présentés dans les grandes estrades. D'une capacité de 7000 personnes, l'espace était rempli les quatre fois où j’ai assisté aux shows, d'un très bon niveau d'ailleurs, issus de Coupe Canada. Des chevaux sauvages, des cavaliers avec ou sans selle, des jeunes filles (de 8 à 16 ans) rompues à la course de barils.
Et des épreuves spectaculaires comme le sauvetage: un homme, par terre, essaie de prendre un cheval et son cavalier lancés à toute vitesse. Et surtout, l’échange de cavaliers, sautant d’une monture à l’autre. Du Cavalia en arène, avec des spectateurs vociférant leurs encouragements.
Et tous les rodéos se terminaient par les bœufs. Énormes, cornés avantageusement, la testicule au garde à vous, la bave meurtrière, ils se plaisent à éliminer tout ce qui gravite. J’ai eu la même sensation que lors des quelques corridas ibériques que j’ai vues. Même s’il n’y a pas ici de mise à mort, je prenais pour le bovidé caractériel. Sans oublier les entractes (lasso, feux d’artifice, etc.) Pour les résultats.
Tout cela sur une musique qui n’a rien de western, et qui emprunte plus au techno et au hard rock. Cela m’a fait songer aux musiques que faisaient jouer les avions américains pour faire peur aux populations irakiennes ou afghanes.
Mais ici, on sert à boire dans les estrades, on fait tirer des billets pour gagner sur le champ, 2000 $ et 500 $. Personne n'a peur.
Le tout animé par Michel, animateur de foule et grand connaisseur du milieu. Entre le prénom et le CV d’un cavalier ou celui de sa monture, c’est aussi un jovialiste du gymkhana. Il hurle à tue-tête à la foule pendant quatre heures. Depuis 17 ans, chaque année. Un rock stand-up. À côté de lui, Jean-Marc Parent est un orchestre de chambre.
Seul moment de tristesse: l’euthanasie d’un cheval qui s’est cassé une patte. Et la présentation en mémoire du 11-Septembre de quelques soldats en goguette ou en permission sortant tout droit des plaines afghanes et élevés au titre de héros. Le public s’est alors levé en chantant «O Canada», la main sur le cœur. Je croyais faire un mauvais rêve.
En ce qui concerne le public, en dehors de celles et ceux qui se déguisent pour l’occasion (sorte d’Halloween chevalin), il y a un ensemble de quidams qu’on ne voit pratiquement jamais: les mordus des franges, les solidaires de la botte pointue, les stakhanovistes du cuir dans tous ses états.
On note aussi peu de forces policières puisque, paraît-il, les festivals westerns sont des évènements rassembleurs, avec le rire comme dénominateur commun.
On croise souvent des mâles qui auraient pu être figurants dans un film de John Ford.
Quant à certaines féminités, les exagérations sont plus remarquées et indescriptibles, la moralité m’interdisant dans ce blogue de situer ce qui est caché ou le contraire.
Et des chevaux se frayent un chemin entre des centaines de sacres inoffensifs pour rentrer au camping.
Pour la fin de semaine qui s’annonce, tous les billets pour les rodéos sont vendus. Festival de St-Tite
Loin de la foule: le Domaine Sainte-Flore
Pour me sentir un peu en recul des allégresses chevalines, j’ai choisi un lieu serein à quelques 20 minutes de Saint-Tite: le Domaine Sainte-Flore. Une dizaines de chalets à louer autour d’un petit lac, le lac Chrétien. Quand on dit chalet, ce sont des maisons de constructions récentes à plusieurs niveaux (de 4 à 12 personnes). Confort ménager, literie moyenne, chauffage électrique et poêle à bois, terrasse, et ouvertures de fenêtres un peu partout. Une salle de bains, deux toilettes et une baignoire sabot. Il n’y a qu’à apporter sa pitance. TV, lecteur de CD et VCR (lors de mon passage, cela ne fonctionnait pas) accès WiFi gratuit qui fonctionnait sur la terrasse face au lac.
Pour les activités: canot, baignade et pêche (en 1h12, j’ai pêché huit perchaudes et quatre truites!). En hiver: raquette, ski de fond, patinoire sur le lac et glissade.
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