Noëls des Mondes... (suite et fin)
Et s'il existait un pays du bonheur? Mais juste avant... la dernière étape de la Nativité, du côté de la Russie.
Le calendrier de l’avent est une tradition germanique qui est née de l’imagination d’un père de famille voulant canaliser l’impatience de ses enfants avant Noël. Il découpa des images pieuses qu’il leur remit chaque matin. Un peu plus tard, les images pieuses se sont transformées en biscuits. Le calendrier est ainsi né.
Russie
Depuis la nuit des temps, et aujourd'hui encore, le mystérieux Krakonoche règne sur les Monts des Géants.
C'est un vieux magicien très grand et très puissant. Il porte une barbe blanche si longue qu'elle s'emmêle parfois à sa ceinture et un bâton si haut que viennent souvent s'y percher les oiseaux.
Les gens de la région ne l'ont jamais vu mais ils disent qu'ils entendent parfois dehors ses genoux craquer: «Krak! Krak!»
Autrefois, dans un chalet de ces montagnes, vivaient Milena et sa grand-mère. La vieille femme filait la laine de ses moutons et la petite fille en faisait des carrés de tissu coloré qu'elle allait vendre au marché, avant les fêtes de Noël, dans un village de la vallée.
Cette année-là, la neige tomba en abondance. Elle était si blanche que Miléna et sa grand-mère ne purent résister au plaisir d'aller s'y amuser. Elles jouèrent si longtemps avec leur luge sur les pentes enneigées qu'elles en oublièrent leur travail.
Les jours passèrent... Quand Noël arriva, Miléna se dépêcha d'aller vendre le peu qu'elle avait tissé, mais elle parvint si tard au marché que les villageois s'en allaient déjà avec leurs cadeaux dans les bras.
Ils avaient acheté des dindes et des jouets de bois, des galettes et de grands cœurs en pain d'épice.
Miléna leur cria :
— Voyez mes carrés de tissu! Achetez-les-moi!
Mais les gens lui répondirent:
— Ils sont bien jolis mais ils sont trop petits ! Et puis, nous avons déjà dépensé tout notre argent!
Alors, Miléna retourna vers son chalet tristement. En chemin, un vent violent se mit à souffler, la neige se remit à tomber et il se mit à faire très froid. Miléna entendit: «Krak! Krak!» Et soudain, une haute silhouette apparut dans la tempête.
Un homme très vieux et très grand se dressa devant elle. Il portait une barbe blanche si longue qu'elle s'emmêlait à sa ceinture et un bâton si haut que les oiseaux effrayés par le vent venaient s'y accrocher.
Il demanda à la fillette, qui ne l'avait pas reconnu:
— Que fais-tu là?
— Je rentre chez moi, répondit Miléna, car ma grand-mère m'attend...
— Tu as bien de la chance! dit encore le vieillard. Moi, je n'ai personne avec qui passer Noël.
Alors Miléna s'écria:
— Venez donc avec moi! Nous serons bien tous les trois... Nous ferons un grand feu de bois et, au moins, nous n'aurons pas froid!
Quand ils arrivèrent à la maison, Miléna expliqua à se grand-mère ce qui s'était passé au village. La vieille femme soupira, puis elle dit en souriant:
— Tant pis! Nous filons et nous tissons depuis tant d'années sans jamais nous arrêter... Pour une fois, nous nous sommes bien amusées! À présent, nous devrons nous contenter de petits bouts de saucisson, de quelques morceaux de pain et de biscuits secs.
Pleine d'entrain, elle étendit les tissus colorés sur la table et invita l'étranger à venir partager leur repas. Miléna fit un grand feu de bois, puis elle alla chercher le saucisson... En prenant le plat, elle poussa un cri de joie: les petits bouts de saucisson venaient de se transformer, sous ses yeux, en un dindonneau délicieux!
Soudain, les morceaux de pain se changèrent en galettes de sarrasin! Enfin, les biscuits secs prirent la forme de tendres coeurs de pain d'épice!
Très étonnées, Miléna et sa grand-mère se tournèrent vers leur invité. Mais celui-ci était sorti. Il coupait dans le jardin une branche de sapin. Sa longue barbe s'emmêlait à sa ceinture, son haut bâton se dressait vers le ciel étoilé et ses genoux faisaint: «Krak! Krak!»
Alors, la grand-mère s'écria:
— C'est Krakonoche! Qu'ai-je donc dans ma vieille caboche pour ne pas l'avoir reconnu?
Quand le magicien rentra dans la maison, il déposa sur un banc la branche de sapin qui se mit à grandir et à grandir encore, au point de devenir un arbre de Noël plein de petites pommes d'or et de jouets de toutes sortes.
— Merci Krakonoche! s'écria Miléna.
Mais le vieil homme répondit:
— C'est moi qui vous remercie de m'avoir invité ici.
Cette nuit-là, dans le petit chalet de bois, ils firent tous les trois la plus joyeuse et la plus belle veillée de Noël qu'on ait jamais vue dans ce pays-là, tandis que dans la cheminée dansait un véritable feu de joie.
***
Et s’il existait un pays où Noël serait comme un traité de paix, comme une immense terre de convivialité, comme plein de boules d’amour qu’on accrocherait aux arbres, aux passants, aux bateaux, aux animaux, aux étoiles. Allons faire un tour au pays des gens heureux.
Pays imaginaire
On aurait dit un pays où quatre enfants se seraient trouvés en même temps, pour les mêmes raisons, juste à la période de Noël. Il y a Samuel, Samir, Simon et Sang. Ils se sont donnés rendez-vous pour créer un nouveau pays, celui des gens heureux. Dans ce pays, il y a la mer, la montagne, la campagne, du sable, de la neige, des palmiers, des sapins. On y trouve des oiseaux en abondance, des poissons par milliers, des chiens qui sont plutôt contents, des chats aux pattes de velours et des papillons qui récitent des chansons.
C’est Noël, mais ce n'est pas la fête pour tout le monde. Ah j'ai oublié de vous dire: Samuel est plutôt juif, Samir est surtout palestinien, Simon est profondèment chrétien et Sang vraiment bouddhiste. Mais comme Simon tripe sur sa crèche et son sapin de Noël, les trois autres ont décidé de l’accompagner dans ses délires de réveillon.
Toute la nuit, ils écoutent Simon qui chantent des refrains sacrés qui quelquefois les font sourire. Chacun a apporté quelque chose à manger. On est à l'abri, dans une sorte de grange et les enfants observent leurs différences.
Après avoir fait un échange de cadeaux, les enfants se sont endormis, les bras tendus vers l’autre.
Un papillon raconte l’histoire. Des oiseaux se sont mis à chanter et les arbres à danser.
C’est un peu comme cela que s’est construit le pays des gens heureux… Avec peu de choses; la connaissance des autres.
Voilà, le voyage est terminé. J’espère que vous avez passé un joyeux Noël du monde par histoires interposées. Il y a des traditions, des odeurs, des joies et des cadeaux. Il y a des certitudes et des légendes. Il y a aussi des lumières et des sourires d’enfants. J’aimerais dédier ces Noëls du Monde à toutes celles et tous ceux qui mangent la vie, qui épousent l’amour, qui s’agitent, qui se trémoussent, qui savent se reconnaître ou qui savent s’oublier.
Noël, ce n’est pas simplement pour les enfants sages, c’est également pour les oubliés, les solitaires, les reclus, les prisonniers, les énervés, les enchaînés. Pour ceux qui refusent de suivre, pour ceux qui essaient de survivre, pour ceux qui ne veulent pas abdiquer, pour ceux qui se battent, pour ceux qui ont décidé de partir.
Ces textes, je les écrits en 2002 au cours d'une émission du réseau Rock Détente au Québec, que j'enregistrais à chaque Noël et qui avait un titre si simple mais génial: «Les Noëls du monde»... avec la musique, cela durait six heures.. sans pub.
Pour les remerciements de mon rétroviseur radiophonique, ils sont adressés en tout premier lieu à Guy Banville, voyeur extra-terrestre, directeur des programmes, initiateur du Rock Détente, jamais remplacé, et qui a donné la chance aux boulevards du FM de ne pas avoir de limites de vitesses sur le contenu.
À Roger Laurendeau, alors directeur musical et qui suivait avec entrain des chants de Noël qui sortaient de la programmation initiale. Aux autres dirlos qui ont suivi sans broncher les traces de Guy.
Et d'autres noms... Claude Beaudoin, Louise Roy, la famille Gaspé-Beaubien, Pimpon, Élaine Lauzon, Ann Parkinson, Mady Kiefer et mon père, pour m'avoir appris des histoires des pays de là-bas.
Vous ne m’en voudrez pas si je finis ces Noëls du Monde en embrassant du plein des lèvres, les lumières de ma vie, Taïna et Isabelle.
Joyeux Noëls
Le calendrier de l’avent est une tradition germanique qui est née de l’imagination d’un père de famille voulant canaliser l’impatience de ses enfants avant Noël. Il découpa des images pieuses qu’il leur remit chaque matin. Un peu plus tard, les images pieuses se sont transformées en biscuits. Le calendrier est ainsi né.
Russie
Depuis la nuit des temps, et aujourd'hui encore, le mystérieux Krakonoche règne sur les Monts des Géants.
C'est un vieux magicien très grand et très puissant. Il porte une barbe blanche si longue qu'elle s'emmêle parfois à sa ceinture et un bâton si haut que viennent souvent s'y percher les oiseaux.
Les gens de la région ne l'ont jamais vu mais ils disent qu'ils entendent parfois dehors ses genoux craquer: «Krak! Krak!»
Autrefois, dans un chalet de ces montagnes, vivaient Milena et sa grand-mère. La vieille femme filait la laine de ses moutons et la petite fille en faisait des carrés de tissu coloré qu'elle allait vendre au marché, avant les fêtes de Noël, dans un village de la vallée.
Cette année-là, la neige tomba en abondance. Elle était si blanche que Miléna et sa grand-mère ne purent résister au plaisir d'aller s'y amuser. Elles jouèrent si longtemps avec leur luge sur les pentes enneigées qu'elles en oublièrent leur travail.
Les jours passèrent... Quand Noël arriva, Miléna se dépêcha d'aller vendre le peu qu'elle avait tissé, mais elle parvint si tard au marché que les villageois s'en allaient déjà avec leurs cadeaux dans les bras.
Ils avaient acheté des dindes et des jouets de bois, des galettes et de grands cœurs en pain d'épice.
Miléna leur cria :
— Voyez mes carrés de tissu! Achetez-les-moi!
Mais les gens lui répondirent:
— Ils sont bien jolis mais ils sont trop petits ! Et puis, nous avons déjà dépensé tout notre argent!
Alors, Miléna retourna vers son chalet tristement. En chemin, un vent violent se mit à souffler, la neige se remit à tomber et il se mit à faire très froid. Miléna entendit: «Krak! Krak!» Et soudain, une haute silhouette apparut dans la tempête.
Un homme très vieux et très grand se dressa devant elle. Il portait une barbe blanche si longue qu'elle s'emmêlait à sa ceinture et un bâton si haut que les oiseaux effrayés par le vent venaient s'y accrocher.
Il demanda à la fillette, qui ne l'avait pas reconnu:
— Que fais-tu là?
— Je rentre chez moi, répondit Miléna, car ma grand-mère m'attend...
— Tu as bien de la chance! dit encore le vieillard. Moi, je n'ai personne avec qui passer Noël.
Alors Miléna s'écria:
— Venez donc avec moi! Nous serons bien tous les trois... Nous ferons un grand feu de bois et, au moins, nous n'aurons pas froid!
Quand ils arrivèrent à la maison, Miléna expliqua à se grand-mère ce qui s'était passé au village. La vieille femme soupira, puis elle dit en souriant:
— Tant pis! Nous filons et nous tissons depuis tant d'années sans jamais nous arrêter... Pour une fois, nous nous sommes bien amusées! À présent, nous devrons nous contenter de petits bouts de saucisson, de quelques morceaux de pain et de biscuits secs.
Pleine d'entrain, elle étendit les tissus colorés sur la table et invita l'étranger à venir partager leur repas. Miléna fit un grand feu de bois, puis elle alla chercher le saucisson... En prenant le plat, elle poussa un cri de joie: les petits bouts de saucisson venaient de se transformer, sous ses yeux, en un dindonneau délicieux!
Soudain, les morceaux de pain se changèrent en galettes de sarrasin! Enfin, les biscuits secs prirent la forme de tendres coeurs de pain d'épice!
Très étonnées, Miléna et sa grand-mère se tournèrent vers leur invité. Mais celui-ci était sorti. Il coupait dans le jardin une branche de sapin. Sa longue barbe s'emmêlait à sa ceinture, son haut bâton se dressait vers le ciel étoilé et ses genoux faisaint: «Krak! Krak!»
Alors, la grand-mère s'écria:
— C'est Krakonoche! Qu'ai-je donc dans ma vieille caboche pour ne pas l'avoir reconnu?
Quand le magicien rentra dans la maison, il déposa sur un banc la branche de sapin qui se mit à grandir et à grandir encore, au point de devenir un arbre de Noël plein de petites pommes d'or et de jouets de toutes sortes.
— Merci Krakonoche! s'écria Miléna.
Mais le vieil homme répondit:
— C'est moi qui vous remercie de m'avoir invité ici.
Cette nuit-là, dans le petit chalet de bois, ils firent tous les trois la plus joyeuse et la plus belle veillée de Noël qu'on ait jamais vue dans ce pays-là, tandis que dans la cheminée dansait un véritable feu de joie.
***
Et s’il existait un pays où Noël serait comme un traité de paix, comme une immense terre de convivialité, comme plein de boules d’amour qu’on accrocherait aux arbres, aux passants, aux bateaux, aux animaux, aux étoiles. Allons faire un tour au pays des gens heureux.
Pays imaginaire
On aurait dit un pays où quatre enfants se seraient trouvés en même temps, pour les mêmes raisons, juste à la période de Noël. Il y a Samuel, Samir, Simon et Sang. Ils se sont donnés rendez-vous pour créer un nouveau pays, celui des gens heureux. Dans ce pays, il y a la mer, la montagne, la campagne, du sable, de la neige, des palmiers, des sapins. On y trouve des oiseaux en abondance, des poissons par milliers, des chiens qui sont plutôt contents, des chats aux pattes de velours et des papillons qui récitent des chansons.
C’est Noël, mais ce n'est pas la fête pour tout le monde. Ah j'ai oublié de vous dire: Samuel est plutôt juif, Samir est surtout palestinien, Simon est profondèment chrétien et Sang vraiment bouddhiste. Mais comme Simon tripe sur sa crèche et son sapin de Noël, les trois autres ont décidé de l’accompagner dans ses délires de réveillon.
Toute la nuit, ils écoutent Simon qui chantent des refrains sacrés qui quelquefois les font sourire. Chacun a apporté quelque chose à manger. On est à l'abri, dans une sorte de grange et les enfants observent leurs différences.
Après avoir fait un échange de cadeaux, les enfants se sont endormis, les bras tendus vers l’autre.
Un papillon raconte l’histoire. Des oiseaux se sont mis à chanter et les arbres à danser.
C’est un peu comme cela que s’est construit le pays des gens heureux… Avec peu de choses; la connaissance des autres.
Voilà, le voyage est terminé. J’espère que vous avez passé un joyeux Noël du monde par histoires interposées. Il y a des traditions, des odeurs, des joies et des cadeaux. Il y a des certitudes et des légendes. Il y a aussi des lumières et des sourires d’enfants. J’aimerais dédier ces Noëls du Monde à toutes celles et tous ceux qui mangent la vie, qui épousent l’amour, qui s’agitent, qui se trémoussent, qui savent se reconnaître ou qui savent s’oublier.
Noël, ce n’est pas simplement pour les enfants sages, c’est également pour les oubliés, les solitaires, les reclus, les prisonniers, les énervés, les enchaînés. Pour ceux qui refusent de suivre, pour ceux qui essaient de survivre, pour ceux qui ne veulent pas abdiquer, pour ceux qui se battent, pour ceux qui ont décidé de partir.
Ces textes, je les écrits en 2002 au cours d'une émission du réseau Rock Détente au Québec, que j'enregistrais à chaque Noël et qui avait un titre si simple mais génial: «Les Noëls du monde»... avec la musique, cela durait six heures.. sans pub.
Pour les remerciements de mon rétroviseur radiophonique, ils sont adressés en tout premier lieu à Guy Banville, voyeur extra-terrestre, directeur des programmes, initiateur du Rock Détente, jamais remplacé, et qui a donné la chance aux boulevards du FM de ne pas avoir de limites de vitesses sur le contenu.
À Roger Laurendeau, alors directeur musical et qui suivait avec entrain des chants de Noël qui sortaient de la programmation initiale. Aux autres dirlos qui ont suivi sans broncher les traces de Guy.
Et d'autres noms... Claude Beaudoin, Louise Roy, la famille Gaspé-Beaubien, Pimpon, Élaine Lauzon, Ann Parkinson, Mady Kiefer et mon père, pour m'avoir appris des histoires des pays de là-bas.
Vous ne m’en voudrez pas si je finis ces Noëls du Monde en embrassant du plein des lèvres, les lumières de ma vie, Taïna et Isabelle.
Joyeux Noëls


