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    Mots et maux de la politique Éditorialiste et responsable des débats d'idées, Antoine Robitaille scrute les mots et expressions qui sortent de la bouche des acteurs de la classe politique.
    Il a aussi la responsabilité du Devoir de philo, une série de textes inspirés des idées des grands philosophes.

    Quelques trophées de fin d'année

    Le président du conseil du Trésor, Martin Coiteux, a transmis des voeux qui ont soulevé de vives réactions.
    Photo: Capture d'écran Le président du conseil du Trésor, Martin Coiteux, a transmis des voeux qui ont soulevé de vives réactions.
    1) Catégorie: le cliché «malaisant» des Fêtes

    Le président du conseil du Trésor, Martin Coiteux, peut-il souhaiter aux Québécois des fêtes «sous le signe du partage, de l'entraide et de la compassion envers les plus démunis et les plus vulnérables»? Pour plusieurs, non. Trop paradoxal, trop contradictoire avec les compressions que M. Coiteux exige pour atteindre l'équilibre budgétaire.

    Les réactions outrées sur les plateformes où les voeux de M. Coiteux ont été diffusés ont été si vives que le 22 décembre, le site Facebook du ministre a été inaccessible pendant quelques heures afin qu'on l'expurge des commentaires «inappropriés».

    M. Coiteux lisait une sorte de texte générique de vœux proposé à tous les parlementaires. Dès 2009, Mots et maux s'intéressait à cette pratique, qui comporte son lot de kitsch et de clichés.

    M. Coiteux aurait dû l'adapter. Comme Pierre-Karl Péladeau, qui — avec une mine à la Picolo —, fit dans l'autodérision et se moqua d'un des faits marquants de 2014: son terrible accident de vélo.

    2) Catégorie: meilleures phrases humoristiques volontaires

    Le commentaire du ministre des Affaires municipales Pierre Moreau après sa fuite en 4 x 4 des lieux d'une manifestation contre le projet de loi 3, devant l'hôtel de ville de Laval, était rigolo, il faut le dire: «Ça m'a appris que mon véhicule est hybride: asphalte et gazon.»

    Mots et maux a aussi beaucoup apprécié la délicatesse de Bernard «Rambo» Gauthier, devant la Commission Charbonneau: «Je l'ai traité de... Je ne dirai pas le mot là... masturbateur?» Le célèbre syndicaliste voulut ainsi éviter le qualificatif de «crosseur».

    Permettons-nous une petite incursion en France, où l'on décerne chaque année le prix de l'humour politique.

    Parmi les finalistes, Jean-Christophe Lagarde, président du groupe UDI à l’Assemblée nationale. En avril, il a ironisé, sur LCI, au sujet de la composition du nouveau gouvernement de Manuel Valls: «On a changé le bocal, mais on garde les mêmes cornichons!»

    Très drôle aussi, le «Prix-Nocchio» accordé par le jury à Thomas Thévenoud, qui fut brièvement secrétaire d'État au Commerce extérieur. Ce dernier avait dit: «Je ne suis pas un fraudeur, je suis un contribuable négligent.» Il faut savoir que Mediapart avait révélé que M. Thévenoud ne déclarait pas ses revenus et ne payait pas ses impôts depuis plusieurs années.

    Le dernier trophée de cette catégorie, Mots et maux l'accorde à l'humoriste Laurent Gerra, qui, au moment de la visite de François Hollande au Québec, imita le président, lui faisant dire cette phrase: «Avec Philippe Couillard, on forme une belle paire.»

    3) Catégorie: meilleures phrases humoristiques involontaires

    Le 17 mars, le ministre du Travail, Sam Hamad, en pleine campagne électorale, au micro d'une radio de Québec, déclara: «Je ne veux pas d’un gouvernement qui me dit quand mettre mes pneus d’hiver.» L'ennui, c'est que la mesure a été mise en place par un gouvernement libéral dont il était, en 2008!

    En octobre, après les attentats à Saint-Jean-sur-le-Richelieu et à Ottawa, deux déclarations ont suscité des sourires jaunes. (Merci à Louis Lacroix, de Cogéco, pour les filons.)

    Le ministre Sam Hamad a déclaré: «On est déterminés et il faut répondre et ceux qui font des gestes comme ça, il faut qu'ils soient punis très très sévèrement.» Punir? Petit problème ici: les deux auteurs des attentats... ne sont plus de ce monde.

    Le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, lui, a formulé la phrase la plus sinueuse de l'année: «Il est pas question qu'on continue de cesser de faire notre vie normale.»

    Après la mort du hockeyeur Jean Béliveau, André Drolet, député de Jean Lesage, a déclaré: «Je l'ai vu jouer, étant jeune, avec les As de Québec, avec mon frère, ici, au Colisée de Québec, dans le temps. C'est quelque chose d'assez particulier.» Assez particulier, ce «faux souvenir», car M. Drolet est né en 1954 alors que le Gros Bill a cessé de joué pour les As en 1953. Cela a engendré un mouvement délirant sur Twitter, les #andredroletfacts.

    4) Catégorie: contresens de l'année

    La championne des contresens, c'est la ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre, Lise Thériault.

    En 2014, elle nous a lancé: «Vous aurez des questions à vos réponses en chambre.»

    À propos des raisons pour lesquelles les évadés héliportés d'Orsainville avaient profité d'un relâchement des conditions de détention: «Ce qu'il est important de se rappeler, c'est qu'il y a un interdit de non-publication.»

    Lorsqu'on lui demanda si les policiers prenaient les actes de vandalisme dans les mosquées au sérieux, elle eut cette réponse: «Bien, moi je pense qu’on doit tout prendre au sérieux […] C’est pas inacceptable ce qui se passe.» Notons aussi que Lise Thériault a déclaré que «la "bruté" policière n’a pas sa place dans notre société». (Merci à Louis Gagné, de QMI, pour les filons.)

    5) Mots mis à l'index à l'Assemblée nationale en 2014

    Dans La Presse, Tommy Chouinard a dressé une liste des six ajouts au lexique des termes non parlementaires

    Il s'agit de «Ding et dong», «débile», «Lucky Luke de Twitter», «conflit d'intérêt», «visage à deux faces», «servilité».

    Cela s'ajoute à plusieurs mots mis à l'index en 2013 et début 2014: «bullshit», «Dupond et Dupont» et «madame la marquise», entre autres. Le lexique (non encore à jour) peut être consulté ici.

    6) Catégorie: lapsus, perronismes et expressions déformées

    Je l'ai déjà écrit ici, le champion toute catégorie de 2014, c'est Yves Bolduc. Ministre de l'Éducation, il a affirmé en chambre: «On ne prône pas la scolarisation à l'école, mais c'est acceptable dans notre Loi de l'instruction publique.»

    Parmi ses innombrables déclarations étranges, M. Bolduc a aussi à son crédit, en 2014, deux perles enregistrées le 30 septembre:

    • «J'ai répété à répétition qu'il n'y aurait pas d'atteinte des services directs aux élèves.»
    • «Je parle avec des termes très, très précis.»


    Autre vedette de Mots et maux en 2014: la ministre de la Famille, Francine Charbonneau, qui a à son crédit plusieurs déclarations délicieuses

    • «C'est pas quelque chose qui se fait en criant "chapeau".»
    • «On met en place et on branle l'ensemble du milieu pour venir en aide aux aînés.»


    Deux derniers trophées:

    • À Lise Thériault, qui s'est réjouie qu'on ait «mis la main sur le grappin» des évadés d'Orsainville.

    • Et au ministre des Transports, Robert Poëti, qui a eu ces mots lors d'une conférence de presse sur la sécurité routière, cet été: «Les décès, c'est les cyclistes qui les vivent.»

    Bonne année 2015, pendant laquelle, on l'espère, vous n'hésiterez pas à partager vos trouvailles avec Mots et maux™.












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