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Mots et maux de la politique Éditorialiste et responsable des débats d'idées, Antoine Robitaille scrute les mots et expressions qui sortent de la bouche des acteurs de la classe politique.
Il a aussi la responsabilité du Devoir de philo, une série de textes inspirés des idées des grands philosophes.

«Sauvages» au salon bleu

À gauche, la Porte de la famille amérindienne au Parlement, anciennement appelée Porte du sauvage! oeuvre de Louis-Philippe Hébert.
Photo : À gauche, la Porte de la famille amérindienne au Parlement, anciennement appelée Porte du sauvage! oeuvre de Louis-Philippe Hébert.
En colère contre l'abandon de projets de mini-centrales dans son comté, la députée libérale Julie Boulet à lâché en chambre mardi: «Les gens de la Mauricie ont la preuve aujourd'hui que, s'il y a eu des sauvages dans ce dossier, les sauvages sont devant nous...»

Le président Jacques Chagnon a eu ces mots : «S'il vous plaît! Mme la députée, je pense que vous devriez retirer vos propos, ils ne sont pas acceptables dans une assemblée, ici. Ça fait pas mal d'années, […] qu'on n'appelle plus des Amérindiens, soit d'ici ou d'ailleurs, des sauvages. Oui. Madame.»

En passant, il est cocasse que ce soit M. Chagnon qui reprenne Mme Boulet sur cette question. En 2004, c'est lui qui avait créé tout un tollé lorsqu'il avait affirmé qu'il y avait plus de violence dans certaines sociétés autochtones que «dans le restant de la société». À Kanesatake, avait-il soutenu, quand «il passe une corneille, [et que] t'es pas content, tu sors ton 12, tu tires la corneille. On ne voit pas ça ailleurs».

Mais revenons au Salon bleu ce mardi. Interpellée par M. Chagnon, Mme Boulet a tenté de s'expliquer : «M. le Président, alors c'est une citation d'un journaliste du Nouvelliste. Alors, je peux déposer le journal…» Le président a insisté : «Je vous demande de retirer vos derniers propos. Vous les retirez? Parfait.»

J'ai croisé Mme Boulet dans le couloir peu après et je lui ai demandé si elle faisait référence aux autochtones de quelque manière que ce soit. «Non, pas du tout», a-t-elle répondu, expliquant qu'elle citait Jean-Marc Beaudoin chroniqueur au Nouvelliste. Je suis allé voir le texte intitulé «S'il y a eu des "sauvages" dans ce dossier, ils sont à Québec», du jeudi 7 février.

M. Beaudoin y fait clairement référence à un chef autochtone. Citons le au long car le texte n'est pas disponible sur le site Internet :

«De son côté, le chef Atikamekw David Boivin ne répondait toujours pas aux appels des journalistes, dix fois plus en colère que le maire Beaudoin, selon les propos de ce dernier avec lequel il avait eu un entretien. Le chef Boivin était parti à la recherche de la hache de guerre pour la déterrer et envisageait déjà organiser des barrages routiers.

Il faut reconnaître que s'il y a eu des "sauvages" dans ce dossier, ils ne sont pas là où on pourrait le penser. Un peu comme il l'avait fait pour Gentilly-2 alors que l'annonce de sa fermeture avait été faite par un attaché de presse, c'est par un simple appel téléphonique d'un membre du bureau du ministre Sylvain Gaudreault que le maire de La Tuque a été prévenu mardi matin que le gouvernement allait tenir quinze minutes plus tard une conférence de presse à Québec pour annoncer son largage du projet de la petite centrale Manouane Sipi que La Tuque devait remettre en marche en association avec la communauté Atikamekw de Wemotaci.

Si le maire Beaudoin a été prévenu à la dernière minute, sans autre forme de discussions, de la décision gouvernementale, c'est la journaliste du Nouvelliste, Audrey Tremblay qui a appris la nouvelle au chef autochtone.

Cela témoigne encore une fois d'un incroyable manque de respect et d'une totale insensibilité de la part de l'actuel gouvernement envers des communautés qui voient leurs économies détruites ou des projets structurants brisés par ses décisions. "Ce sont des dictateurs", s'est emporté le maire Beaudoin, se référant même à Lénine, "Vous pouvez me citer", a-t-il dit. "Ça ne peut pas être pire qu'avec ce gouvernement-là."»



BDV: À gauche, la Porte de la famille amérindienne au Parlement, anciennement appelée Porte du sauvage! oeuvre de Louis-Philippe Hébert.
 
 
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