Les «slates» contre les «valeurs libérales»

Un texte de Gilles Lesage, dans Le Devoir du 15 octobre 1983.<br />
Photo: Un texte de Gilles Lesage, dans Le Devoir du 15 octobre 1983.

C'est un affreux emprunt à l'anglais, mais — avouons-le — bien pratique et tellement ancré dans le langage politique québécois : les «SLATES». Pour l'éviter, le Grand dictionnaire terminologique (GCT) propose d'user de «présélection» défini ainsi: «Liste de candidats en faveur desquels on recommande de voter en bloc au cours d'une élection.» Dans sa sagacité, l'auteur de la note du GDT — nul autre que le grand spécialiste des relations de travail Gérard Dion — ajoute l'explication suivante: «Il arrive fréquemment dans les élections syndicales que de telles listes soient dressées soit par l'ancien conseil de direction, soit par divers groupes de tendances opposées.»

Dans le jargon politique des partis, une élection par «slates» veut aussi dire que c'est 24 délégués (élus par les membres dans chaque association de comté) qui choisissent un chef lors d'un congrès. C'est précisément la manière dont le Parti libéral du Québec élira son prochain chef le 17 mars 2013. La plupart des autres partis s'estiment plus démocratiques puisqu'ils ont opté pour le suffrage universel des membres — ce qui implique le vote électronique. (Peu fiable en passant: cela a permis à Infoman, alias la chienne Pixelle Daoust, de voter lors du congrès à la chefferie du PQ de 2007 et à Infoman encore, alias Omar Bongo cette fois, de faire élire Gilles Taillon à la tête de l'Action démocratique en 2009).

 

Le nouveau candidat à la direction du PLQ, Jean David, a dénoncé le système des «slates» lorsqu'il a annoncé qu'il plongeait mardi.

 

En 1983, lors de la dernière course à la direction qu'a tenue le PLQ, les «slates» avaient été dénoncées par plusieurs membres, dont Henri-François Gautrin, encore député de Verdun. Mais le plus virulent et le plus précis dans sa critique (peut-être parce qu'il en avait profité en 1978) fut peut-être le chef sortant à l'époque, Claude Ryan, qui fut plus tard définisseur des Valeurs libérales.

 

Notre ex-collègue Gilles Lesage citait l'ancien directeur du Devoir, dans nos pages, le matin même du retour de Robert Bourassa à la tête du PLQ, le 15 octobre 1983 : «Ce système [des slates], qui favorise le choix d'un chef à partir de délégations plus ou moins cuisinées d'avance, a toutes les apparences de la démocratie. En réalité, il en est le plus souvent éloigné, car il fait trop l'affaire de cabaleurs d'élections qui refont d'ailleurs surface un peu partout depuis quelques semaines... Le système actuel fait souvent ressortir des limbes des personnes qu'on n'avait pas vues depuis longtemps aux rencontres et aux campagnes du parti, et qui sont envahies par une ferveur soudaine en faveur d'un candidat, aidées souvent par une forte organisation, disposant parfois de ressources abondantes.»
 

Messieurs Couillard, Bachand et Moreau, attention aux «cabaleurs», donc! Mot rare que le Trésor de la langue française définit ainsi: «Celui qui intrigue.»

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Photo de Claude Ryan: crédit Jacques Grenier

6 commentaires
  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 20 octobre 2012 09 h 04

    Vieille expression française

    Ma cabale au Canada.

    Desrosiers
    Val David

  • Marcel Bourget - Inscrit 20 octobre 2012 09 h 32

    Les magouilleurs

    Semble t il que le PLQ n'aura pas le temps de modifier son mode de scrutin à la chefferie, si on peut l'appeler ainsi, car on espère renverser le gouvernement PQ lors de la présentation de son budget au printemps avec ce nouveaux chef. De toute façon, ça risque d'être la dernière élection à la chefferie de ce parti qui est appelé à disparaître gracieuseté du magouilleur en chef John James Charest. Les "slates" ne seraient qu'une autre magouille destinée à manipuler, cette fois ci, les membres de leur propre parti.

  • Marc Blanchard - Inscrit 21 octobre 2012 09 h 28

    Les Français appellent tout simplement cela des "listes".

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 octobre 2012 11 h 04

      Je crois que ce n'est pas tout à fait la même chose. Une slate est choisie dans son intégralité, comme pour le choix des grands électeurs lors des élections présidentielles américaines: une vote de plus, et TOUS les grands électeurs de Floride sont républicains. Les listes sont élues en partie. Par exemple, trois listes de 12 candidants, mais sont élus 6 socialistes, 4 UMP et 2 FN...

  • Pierre Martin - Inscrit 23 octobre 2012 06 h 58

    Pas de chicanes dans ma cabane au Canada

    Tous les journalistes fédéralistes s'entendent pour dire qu'au moins au PLQ, il n'y a pas de «chicanes» ou de vaines luttes fratricides. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de questionnement non plus!

  • Marie-France Deshaies - Abonnée 25 octobre 2012 06 h 04

    Valeurs Libérales

    et démocratie - Est ce que ca va ensemble ?

    Poser la question c'est peutêtree y répondre........

    real