Parfois, il faut savoir «niaiser»
Le terme «niaiser» est vraiment risqué pour Pauline Marois. Dans deux des pires crises qu’elle a dû traverser, ce vocable très québécois est apparu dans le décor à un moment ou à un autre.
La première fois, c’était lorsque Mme Marois et Mme Maltais avaient décidé de déposer le projet de loi privé 204. Cette loi contribuait à «bétonner» l’entente de gestion du futur amphithéâtre entre Québecor et la ville de Québec. Souvenez-vous, la chef péquiste avait déclaré: «Une fois qu’on a pris une décision, il faut avoir le courage de foncer. Il faut arrêter de niaiser. Nous voulons un amphithéâtre, nous voulons des événements internationaux et culturels à Québec, nous voulons une équipe de la LNH: agissons !» J’en avais parlé ici.
On se souvient de la suite. Révolte du caucus, qui n’avait pas été informé. Puis il y eut le «débarquement» du 6 juin 2011 : démissions des Pierre Curzi, Louise Beaudoin et Lisette Lapointe. Cette crise a bien failli coûter son poste à Pauline Marois. Bref, Il eût fallu «niaiser» et informer le caucus de ses intentions de déposer le projet de loi 204.
Le terme «niaiser» est revenu hanter Mme Marois à la fin de la campagne électorale lorsqu’une vidéo a été mise en ligne de militants péquistes qui imploraient les Québécois d’élire un gouvernement péquiste majoritaire.
Leur argument ? «Pas le temps de niaiser !», scandaient-ils, reprenant la célèbre phrase de Nabile Sahel, fêtard du bar Copacabana et sensation du Web.
Or, les Québécois ont manifestement décidé de «niaiser» car ils ont élu le PQ minoritaire.
Malgré tout, une fois au gouvernement, Pauline Marois a semblé faire une devise de la phrase de Nabile Sahel. Dès le premier conseil des ministres, le 20 septembre, sans attendre d’avoir un tableau complet des finances publiques, elle multiplie les décisions controversées : annulation de la hausse des droits de scolarité ; abolition de la «taxe santé» ; fermeture de la centrale Gentilly-2. La rétroactivité de la hausse des impôts pour combler le manque à gagner de l’abolition de la «taxe santé» ? Le nouveau gouvernement n’avait pas eu le temps d’y penser. Il lui a fallu reculer. La lune de miel en fut gâchée. Parfois, il est mieux de «niaiser» un peu, non ?


