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Mots et maux de la politique Éditorialiste et responsable des débats d'idées, Antoine Robitaille scrute les mots et expressions qui sortent de la bouche des acteurs de la classe politique.
Il a aussi la responsabilité du Devoir de philo, une série de textes inspirés des idées des grands philosophes.

Poésie du ministère des Transports, versions 2012 et... 1939

«Une montée en ligne droite, à faible déclivité. Le nouveau tracé attaque franchement l’obstacle, de peu d’importance d’ailleurs, pendant que le vieux chemin, à gauche, écrasé par tant d’élégance et de jeunesse, se dérobe et disparaît dans l’éboulis du ravin!»
Photo : «Une montée en ligne droite, à faible déclivité. Le nouveau tracé attaque franchement l’obstacle, de peu d’importance d’ailleurs, pendant que le vieux chemin, à gauche, écrasé par tant d’élégance et de jeunesse, se dérobe et disparaît dans l’éboulis du ravin!»
Après une conférence sur la «langue de bois», j'avais demandé aux employés de l'État présents dans la salle de dénoncer pour Mots et Maux™ certains des pires exemples de cet idiome neutre et asséchant de l'administration. Une dame du ministère des Transports m'avait alors raconté que les termes pour désigner les endroits dangereux de notre réseau routier ont souvent changé avec le temps. Jadis, un endroit dangereux, c'était un «endroit dangereux». Puis, m'a-t-elle raconté en riant, on s'est mis à parler de «points noirs». Ça faisait un peu «comédon» alors le vocable à consonance acnéique a cédé la place assez rapidement à «zones accidentogènes». Depuis quelque temps, quel terme le MTQ suggère-t-il? «Site à potentiel d'amélioration».

Et cela signifie? «Un site de dimensions restreintes qui a été le lieu d'un accident mortel, d'accidents graves ou d'un nombre anormalement élevé d'accidents pouvant être réduit de manière efficace par une intervention sur l'infrastructure.» Autrement dit il faut faire des travaux très vite dans cet endroit dangereux...
 
Nostalgie!

Il fut une époque où le ministère des Transports embauchait des vrais poètes pour faire ses textes. En 1939 par exemple, il publie Routes modernes dans la province de Québec, un ouvrage dans lequel on trouve des textes superbes, plein d'une belle confiance dans le progrès radieux, la technique supérieure à la nature et l'avenir non moins magnifique. Vus d'aujourd'hui, on y dénote une candide ignorance quant aux effets pervers de ces superbes routes droites et omniprésentes: congestion, massacre du paysage, chute de structures de béton... et «site à potentiel d'amélioration»!
 
Quelques morceaux choisis: 

«Une montée en ligne droite, à faible déclivité. Le nouveau tracé attaque franchement l’obstacle, de peu d’importance d’ailleurs, pendant que le vieux chemin, à gauche, écrasé par tant d’élégance et de jeunesse, se dérobe et disparaît dans l’éboulis du ravin!»
 
 
«Diminué, humilié, déjà oublié, apparaît ici le vieux chemin de jadis dans toute sa désuétude étriquée… il serpente, musarde, s’attarde, disparaît derrière la grange, se perd enfin dans la nuit des temps révolus… pendant que libre et joyeuse, la route nouvelle déroule son large ruban blanc et chante sa foi dans l’avenir en coudoyant le passé!»
 
(Merci à Dave Noël, historien et recherchiste du Devoir à Québec, pour la trouvaille et les images.)
«Une montée en ligne droite, à faible déclivité. Le nouveau tracé attaque franchement l’obstacle, de peu d’importance d’ailleurs, pendant que le vieux chemin, à gauche, écrasé par tant d’élégance et de jeunesse, se dérobe et disparaît dans l’éboulis du ravin!» <div>
	«Diminué, humilié, déjà oublié, apparaît ici le vieux chemin de jadis dans toute sa désuétude étriquée… il serpente, musarde, s’attarde, disparaît derrière la grange, se perd enfin dans la nuit des temps révolus… pendant que libre et joyeuse, la route nouvelle déroule son large ruban blanc et chante sa foi dans l’avenir en coudoyant le passé!»</div>
 
 
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