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Mots et maux de la politique Éditorialiste et responsable des débats d'idées, Antoine Robitaille scrute les mots et expressions qui sortent de la bouche des acteurs de la classe politique.
Il a aussi la responsabilité du Devoir de philo, une série de textes inspirés des idées des grands philosophes.

«L'homme à la voix d'or» protégera-t-il la CAQ des médias?

Richard Thibault a été nommé cette semaine vice-président du comité exécutif de la Coalition avenir Québec. À l'ADQ, il était «président de la commission des communications». Dans la vie, c'est un expert en «gestion de crises» à Québec où il a sa boîte, RTCOMM. Il est même «accrédité par la Disaster Recovery Institute».

Quand j'ai souligné ça à un de mes collègues, il m'a tout de suite dit que c'est le PQ qui aurait dû l'embaucher! Un autre m'a demandé s'il était à l'ADQ à l'époque de la très désopilante course à la chefferie. (Eh non! M. Thibault a joint le parti de Gérard Deltell le 25 janvier 2011.) En tout cas, Gilles Taillon en aurait bien eu besoin.

Peu l'ont relevé, mais M. Thibault est un ancien employé des cabinets libéraux de l'ère Bourassa, où il a évolué après avoir passé des années à la télédiffusion des débats à l'Assemblée nationale comme animateur. Endroit où il a vécu une crise : la fusillade de Denis Lortie en 1984. Il a un petit côté Austin Powers (rappelons-nous L'Homme au membre d'or) si on considère qu'il a fondé l'entreprise L'homme à la voix d'or, «offrant ses services d'enregistrement de voix hors champ et de réalisation/production de documents audio de différents types».

À l'Assemblée nationale, il a sans doute appris à nous connaître, nous les médias, puisqu'il parle beaucoup de nous. Il propose même des «formations» intitulées «L'art de survivre aux médias».

Il fait sa pub ainsi : «Avez-vous peur des médias? Vous sentez-vous nerveux à l’idée de donner une entrevue à un journaliste? Percevez-vous vos relations médias comme un mal nécessaire à la bonne marche de votre organisation? [...] Cet atelier conférence vous permettra de comprendre le contexte dans lequel les médias évoluent; de savoir comment négocier ou donner une entrevue; d’apprendre des astuces pour gérer une période de questions ou représenter honorablement votre organisation en tant que porte-parole.» On a bien hâte de voir comment la CAQ appliquera ces belles «astuces» à l'Assemblée nationale.

Dans une publication intitulée Le Stratège, qu'il publie sur son site web, M. Thibault donne beaucoup de conseils qui serviront peut-être aussi à François Legault. Jean Charest a Sun Tzu, Legault a Thibault.

« Avec les pouvoirs publics et les journalistes qui alimentent l’opinion publique, nous ne sommes ni à la confesse, ni devant le tribunal. Cependant, il faut leur donner l’image d’une collaboration pleine et entière.»

«L’expérience nous apprend qu’en situation de crise, ce qui compte n’est pas vraiment ce qui est arrivé, mais ce que la population pense qu’il est arrivé.»

«Être transparent ne signifie pas tenter de défendre l’indéfendable. Il faut plutôt dire la vérité, avouer ses torts, accepter et même déclarer publiquement sa responsabilité, le cas échéant. Cette transparence nous servira bien dans le long terme. »

Dans un autre numéro, M. Thibault utilise une formule que Gérard Deltell a déformé de manière spectaculaire: «La politique de l’autruche a rarement été une stratégie gagnante en matière de gestion de crise.» Dans un autre passage, il se veut créatif : «L’autruche n’est pas l’emblème des prévoyants et rappelons-nous que la crise la mieux gérée est celle qu’on parvient à éviter.»

Quand la CAQ traversera une crise, proposera-t-il à M. Legault de nous rencontrer pour ne rien dire? On peut le penser : «Dans un conflit comme dans une gestion de crise, le premier à parler établit l’agenda et définit l’angle du message. Pour cette raison, n’hésitez pas à rencontrer les journalistes même si vous n’avez rien de précis à leur dire.»

Quand la CAQ nous reprochera un reportage, on citera Thibault : «Les médias sont des outils dont la société s’est dotée pour rapporter et commenter les événements. Ils ne servent ni Dieu, ni le diable, et ne nous renvoient que notre propre image.»

M. Thibault ne recule devant aucun cliché : «On sait que l’histoire est un perpétuel recommencement.» Ou encore : «Il n’y a qu’une seule façon de manger un éléphant : une bouchée à la fois.»

Si j'avais à parier sur une circonscription où M. Thibault portera les couleurs de la CAQ, je miserais sur Lafontaine : «La cigale et la fourmi nous apprend que chaque jour suffit sa peine et que c’est en travaillant avec régularité à notre plan de continuité des affaires que nous en retirerons le plus de bénéfices et en viendrons à bout. Le lièvre et la tortue nous enseigne, pour sa part, que rien ne sert de courir, qu’il faut partir à temps, nous rappelant ainsi que bien des organisations lancent en trombe l’exercice menant à la confection d’un plan de continuité des affaires, mais qu’elles se lassent avec le temps, lambinent en chemin et étirent l’exercice tant et si bien qu’à la fin l’ouvrage tombe dans l’oubli. À mon avis, c’est probablement avec Le laboureur et ses enfants que Jean de La Fontaine nous donne la plus belle leçon : le travail est un trésor ! Une organisation qui ne ménage pas ses efforts pour débusquer ses risques et prévoir des mesures pour les atténuer, sinon les faire disparaître, se donnera une position de choix par rapport à ses compétiteurs. Cette position lui permettra de mieux servir ses clients et d’attraper au vol les opportunités qui se présenteront. C’est à cette forme d’excellence que nous sommes invités.»
 
 
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