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Mots et maux de la politique Correspondant du Devoir à l'Assemblée nationale, le journaliste Antoine Robitaille s'intéresse aux mots qui sortent de la bouche des acteurs de la classe politique. Il est aussi à l'origine du Devoir de philo, une série de textes inspirés des idées des grands philosophes qui trouve aussi son écho dans ce carnet.

Asselin à l'asile !

<br />

Vous estimez les débats agressifs au parlement? Vous trouvez les journalistes impolis lorsqu'ils questionnent les élus? Vous êtes troublé par les querelles entre les empires de presse? Rassurez-vous, il y a eu pire dans le passé.

Prenez Olivar Asselin, directeur d'un journal, Le Nationaliste. Le 18 mai 1909, il suivait les débats du haut de la Tribune. Des propos du ministre Louis-Alexandre Taschereau le rendirent furieux. Que fit-il? Il descendit pour régler son cas au ministre à coups de poing. Voici le riche récit qu'en tira Le Soleil. Suit l'éditorial non moins coloré du même journal, à l'époque «organe du Parti libéral». (Remarquez aussi la devise se trouvant en tête du Soleil quelques mois avant la fondation du Devoir, pour lequel Asselin travaillera brièvement!)

Le Soleil - Mercredi 19 mai 1909
Agression inqualifiable – L’enceinte parlementaire est le théâtre d’une scène d’assaut. Olivar Asselin frappe à la figure l’honorable L. A. Taschereau.

Une esclandre nationaliste

L’enceinte parlementaire de Québec a été le théâtre hier soir de l’une des scènes les plus déplorables qui ait encore eu lieu à Québec. L’incident regrettable s’est déroulé au moment où les députés quittaient l’enceinte de la Chambre d’assemblée après l’ajournement. Monsieur Olivar Asselin, ci-devant directeur du Nationaliste et maintenant attaché à la rédaction de La Patrie a frappé à la figure l’honorable L. A. Taschereau, ministre des Travaux publics et du Travail dans le gouvernement provincial.

Asselin arrivait en ville, hier soir, venant de Montréal et bientôt après se rendait au Palais législatif où il occupa un siège dans la tribune des journalistes. Il resta là toute la soirée écoutant attentivement le discours de M. Bourassa sur la question de l’Abitibi.

Asselin prétend qu’en réponse à M. Bourassa, l’honorable M. Taschereau aurait déclaré que lui (Asselin) était pensionnaire dans la maison de la rue Saint-Denis à Montréal où un câblogramme arriva à l’adresse du Premier ministre, en réponse à un autre message portant le nom de l’honorable Sir Lomer Gouin, mais qui a été prouvé faux devant la Commission royale.

Aussitôt que l’honorable M. Taschereau eut terminé son discours, Asselin invita M. A. Fauteux, le représentant de La Patrie dans la tribune des journalistes à descendre sur le parquet de la Chambre parce qu’il désirait parler à M. Taschereau et qu’il voulait avoir un témoin. 

La Chambre, dans l’intervalle, s’était ajournée et l’honorable M. Taschereau portant des livres dans chacun de ses bras se préparait à passer dans la chambre de l’Orateur à la Chambre d’assemblée.

« Taschereau, j’ai quelque chose à vous dire », cria Asselin au ministre.

« Pourquoi avez-vous dit, continua Asselin, que j’étais chez Mme Tremblay lorsque le câblogramme est arrivé ».

« Je n’ai jamais rien dit de tel », répliqua M. Taschereau.

« Vous avez tort, rétorqua Asselin, et vous avez dit une fausseté, comme vous en avez dit beaucoup d’autres ce soir ».

S’avançant alors vers le ministre, il le frappa à la bouche, la main ouverte. Le coup fit venir du sang aux lèvres de M. Taschereau.

« Défendez vous, si vous le voulez », cria Asselin, pendant que l’honorable M. Taschereau, surpris de l’agression, semblait hésiter quelques instants sur ce qu’il devait faire.

« Non, je ne vous frapperai point », répliqua le ministre, qui appela un constable debout près de la porte.

Dans l’intervalle, les honorables MM. Weir et Devlin arrivèrent sur la scène et l’honorable M. Taschereau, se tournant leur raconta l’agression inqualifiable dont il venait d’être victime.

Le constable arrivait alors sur les lieux et l’honorable M. Taschereau, lui désignant son assaillant dit : « Arrêtez cet homme ».

Cet ordre fut promptement exécuté et le constable, sur instruction reçue, conduisit son prisonnier au sous-sol, où sont situés les quartiers de la police provinciale et le logea dans un cachot.

L’arrestation fut opérée sur l’ordre de l’Orateur, l’honorable M. Pelletier, l’assaut ayant été commis sur le parquet de la Chambre.

Des instructions sévères furent données par le procureur général que pour aucune considération on ne laissât Asselin sortir sous caution.


***

Aliénation mentale

Il n’y a qu’un mot pour qualifier l’acte de M. Olivar Asselin, assaillant aux petites heures du matin le ministre des Travaux Publics, comme il quittait la salle de la Législature. C’est l’acte d’un énergumène.

Le cas de M. Olivar Asselin relève des médecins aliénistes et en bonne justice nous croyons que la première chose à faire, serait de le soumettre à l’examen de spécialistes des maladies mentales, afin d’établir jusqu’à quel point l’auteur de cette esclandre est responsable de ses actes.

On ne saurait tolérer plus longtemps l’introduction dans nos mœurs de ces procédés d’agression et de voies de fait mis en honneur par le clan nationaliste, procédés qui rappellent ceux des Apaches ou des anarchistes et qui, publiés à sou de trompe par la presse fait une triste réputation à notre province.

Il n’est pas de vilenies, d’injures, de calomnies dont les tenants du nationalisme ne se soient rendus coupables par la plume et par la parole, à l’endroit de tous ceux qui avaient le malheur de leur déplaire, et cependant ces mêmes individus, qui insultent à pleine colonnes et à pleine bouche, sont les mêmes qui, dès qu’on se permet de critiquer leur conduite ou leurs actes, comme des chiens enragés se jettent sur leurs censeurs.

Il y a là un déséquilibrement mental qui devient dangereux pour la société, et il semble que le moment soit venu de mettre un terme à cette danse de Saint-Guy nationaliste.

Un bon séjour de quelques mois à l’asile, pourra peut-être sauver ces malheureux et les guérir de leur névrose.

Nous n’avons pas de place parmi nous pour ces nouveaux derviches hurleurs : cette forme d’épilepsie politique est dangereuse, étant évidemment contagieuse.

Ce qui convient à M. Olivar Asselin, ce n’est pas le cachot, c’est le cabanon.

 
 
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  • Ibus - Inscrit
    22 novembre 2011 17 h 33
    Jouissif !
    Autre temps autres moeurs. Mais pour qualifier cette savoureuse anecdote, j'utiliserai le titre du blogue de votre collègue Dion:
    "C'était bien mieux dans le temps".
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  •  
  • jocelync - Inscrit
    22 novembre 2011 19 h 09
    Le Soleil n'a pas toujours brillé.
    La maladie mentale pour une claque sur la gueule à une époque pas très lointaine.
    La maladie mentale aujourd'hui pour avoir prétendu que la nomination partisane des juges ça existe.
    La maladie mentale comme substitut à certains actes criminels.
    La psychiatrie, une discipline qui se veut relativement universelle et fort accommodante pour certains.
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  • Geoffroi - Abonné
    22 novembre 2011 23 h 16
    Asselin en prison !
    « Ce qui convient à M. Olivar Asselin, ce n’est pas le cachot, c’est le cabanon. »

    Et bien ce voeu fut presque aussitôt exaucé:

    «1909 - Il est une seconde fois emprisonné pour avoir giflé le ministre des Travaux publics et du Travail, Louis-Alexandre Taschereau, sur le parquet de l'Assemblée législative»

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Olivar_Asselin

    N.B.: Le Soleil est toujours aujourd'hui comme hier un "organe" du Pari libéral.
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  • Suzanne Chabot - Inscrite
    23 novembre 2011 05 h 28
    Wow!

    Wow, quel commentaire !

    On n'y va pas dans la dentelle !
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  • Marcel Bourget - Abonné
    23 novembre 2011 18 h 05
    Un débat agressif
    Le rédacteur du Soleil croyait qu'Olivar Asselin méritait d'être interné suite à son geste, qu'aurait il demandé s'il avait pu assister à cette mêlée générale au parlement ukrainien le 27 avril 2010?

    http://youtu.be/LXCSdJivHzU
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  • Monique Thibault - Inscrite
    24 novembre 2011 11 h 29
    «à sou de trompe»
    Quelqu'un peut-il me dire d'où vient cette curieuse expression employée dans l'éditorial cité plus haut?
    M. Robitaille, vous le spécialiste des mots et des maux?
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  • Dominique Rochon - Abonné
    24 novembre 2011 12 h 47
    publiés à sou de trompe
    Vraiment, je dois admettre mon ignorance! Qu'est-ce que ça veut dire?
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  • Gaston Deschênes - Abonné
    24 novembre 2011 17 h 58
    coquille
    Le Soleil était déjà libéral et il y avait ausi des coquilles...
    Il faudrait lire "à SON de trompe".
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  • Gaston Deschênes - Abonné
    24 novembre 2011 18 h 01
    Coquille (suite)
    Larousse encycl.: "Vieux. À son de trompe, à grand bruit, en attirant bruyamment l'attention."
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  •  
  • Van Basten - Inscrit
    24 novembre 2011 21 h 23
    À sou de trompe
    Cela signifierait propager une information pour qu'elle soit divulguée au plus grand nombre de gens possible.

    http://books.google.ca/books?id=iEVDAAAAYAAJ
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  • Duncan Robertson - Inscrit
    25 novembre 2011 00 h 13
    vos correspondants me consolent
    J'ai paniqué quand j'ai vue cette savoreuse expresession québécoise « publiés à sou de trompe ». Une autre que ce Québécois d'origine canadienne n'a jamais rencontrée. Mais je ne suis pas seule !

    Avec l'aide du « Glossaire du parler français au Canada » (GPFC) je hasarde le sens suivant : « publiés à sou » puisque le prix de vente est bas la valeur du contenu ne vaut pas grand chose non plus, contenu qui est davantage dénigré par « de trompe » ç.v.d. « d'erreur » (GPFC).

    Que ceux qui connaissent la langue disent si je suis dans le « trompe » !
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  •  
  • Hugue Asselin - Abonné
    25 novembre 2011 10 h 05
    «à son de trompe» / «à sou de trompe»
    Une première incursion sur le web jointe à une interrogation du logiciel Antidote me mène à croire qu'un glissement entre ces deux formes peut avoir été opéré...

    Nouveau dictionnaire de la langue française
    Par François Noël,Chapsal (Charles Pierre, M.)

    TROMPETER, v. a. tron—, publier, crier à sou de trompe. j| Divulguer. — v. u. se dit du cri de l'aigle.


    Féraud, J.F., 1788. Dictionnaire critique de la langue française ...,

    TROMPE, s. f. [ Troupe: irt: Ion. ze e muet. ] i°. II se dit pour trompette dans ces deux locutions; publier ou crier à son de trompe , par autorité des Magistrats. » Il fit crier à Rome à son de trompe que chacun eut à se trouver sans armes, etc. Conjurât, de RieniJ. FiG. Publier une chose à sou de trompe, la raconter à beaucoup de gens, afin qu'elle se divulgue. :x . P.irtie du museau de l'éléphant , quis'alongc
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  • Paul Castonguay - Inscrit
    25 novembre 2011 12 h 36
    « à sou de trompe » Quid ?
    Il me semble que le rédacteur (ou le typographe) du Soleil de l'époque a confondu « à son de trompe » et « à sou de trompe ». Coquille ou mauvais usage d'une expression ? il y a sans doute erreur sur la trompe ! Vieille expression qui renvoie aux sonneries de trompe précédant les proclamations royales de naguère. À son de trompe signifiait encore au siècle dernier « à grand fracas. » Ah ! la trompe, ça trompe énormément !
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  • Monique Thibault - Inscrite
    25 novembre 2011 16 h 24
    Merci!
    Que de références intéressantes!
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  • Gilles Théberge - Abonné
    3 décembre 2011 12 h 56
    Hé ben!
    «Il n’est pas de vilenies, d’injures, de calomnies dont les tenants du nationalisme ne se soient rendus coupables par la plume et par la parole...» ; «Il y a là un déséquilibrement mental qui devient dangereux pour la société»

    Mais voyons donc, ce sont de propos qui dans leur genre sont repris régulièrement auourd'hui sur certains blogues. Serait-ce la version ancienne du point de Godwin?

    Heureusement que vous avez la mémoire longue Antoine.
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