
Je croyais cette mode du langage politicien dépassée : affirmer qu'une déclaration est «
claire» alors qu'en réalité, tout est opaque. Il y a un je-ne-sais-quoi de
1984 d'Orwell dans ce procédé. Vous vous souvenez : le ministère de la Paix qui, en fait, fomente des guerres... Prenez la ministre de la Condition féminine Christine St-Pierre, hier. Enjointe par les deux oppositions de prendre position sur le port du voile dans la fonction publique, elle s'en est tenue à une non-réponse, comme si on ne s'en apercevait pas. Puis, elle a eu ces mots : «
La question de l'égalité entre les hommes et les femmes, c'est une valeur fondamentale, et le message est clair. On ne peut pas avoir de message plus clair que ça.»
La Presse, qui a eu la chance de lui parler..., lui a permis de «
préciser sa pensée». Justement parce que ce n'était pas «
clair». L'ancienne journaliste serait plutôt d'accord avec la Fédération des femmes du Québec et Québec solidaire. Et plutôt opposée à l'avis du Conseil du statut de la femme, favorable à l'interdiction des signes religieux. Les libéraux croyaient qu'avec la crise, il était «
clair» que les questions identitaires étaient dépassées et que le Rapport Bouchard-Taylor, oublié. Vivons-nous un retour du refoulé? Ce dernier rapport, qui a coûté quelques millions à l'État, aurait d'ailleurs pu fournir
une vraie réponse claire à la ministre. (Photo Clément Allard)